Wednesday , 28 October 2026

Dr Anjum Heera Durgahee, psychologue : «Le cancer ne doit jamais être l’unique chapitre de votre vie»

« Le cancer peut changer le cours d’une vie, mais il ne doit jamais priver quiconque du droit à la joie, à l’espoir, à la dignité et au sentiment d’appartenance. » Cette conviction anime la Dr Anjum Heera Durgahee, psychologue à Link to Life, qui a organisé, la semaine dernière, un événement de bien-être destiné aux patientes atteintes de cancer, dans le cadre d’Octobre rose.

Parrainée par AfrAsia Foundation et organisée en collaboration avec le Conseil municipal de Curepipe, l’initiative a voulu dépasser la sensibilisation traditionnelle. Plutôt que de se centrer sur la maladie, elle a célébré celles qui la traversent : leur courage, leurs talents et leur capacité à trouver des instants de bonheur malgré les épreuves.

Soigner au-delà des traitements

Un diagnostic de cancer bouleverse. Peur, anxiété, incertitude, changement de l’image de soi, inquiétudes pour l’avenir : ces épreuves touchent les patientes, mais aussi leurs familles et leurs proches. « Si le traitement médical reste essentiel, le soutien psychologique est tout aussi important pour traverser cette période », indique Dr Anjum Heera Durgahee.

Pour la psychologue, la prise en charge ne doit pas se limiter aux rendez-vous médicaux. Elle doit aussi offrir des occasions d’expression, de lien social, de découverte de soi et de joie. « Le but de cette journée était de rappeler à chaque femme qu’elle est bien plus que son diagnostic. »

Talent, courage et solidarité

Les participantes, qui ont affronté ou affrontent encore la maladie, ont pu montrer leurs talents en tai-chi, en yoga, en danse et en chant. Chaque prestation exprimait courage, résilience et volonté de continuer à vivre pleinement. Une pièce de théâtre sur la sensibilisation au cancer a aussi porté un message de compréhension, de compassion et de soutien.

« Voir ces femmes se produire et partager des moments de bonheur a montré la force des expériences collectives : elles ont tissé des liens et éprouvé ce que représente une communauté solidaire. La guérison se trouve aussi dans le rire, le mouvement, la musique, l’amitié et le simple fait d’être comprise », souligne notre interlocutrice.

La thérapie hors les murs

Dr Anjum Heera Durgahee estime que le soutien psychologique n’a pas à se limiter à un cabinet. Certaines séances se déroulent en plein air, notamment en bord de mer. « L’une des expériences les plus singulières de cette année s’est tenue à bord d’un bateau semi-submersible : grâce à des techniques de respiration guidée et au contact avec le milieu naturel, les participantes ont été invitées à ralentir, à s’ancrer dans le présent et à goûter un moment de calme », confie-t-elle et de préciser que es activités ne remplacent ni les traitements médicaux ni le suivi psychologique structuré ; elles les complètent par des moments de détente, d’expression et de partage.

Enfin, la psychologue lance un message d’espoir aux femmes : « Pour celle qui vient d’apprendre son diagnostic, l’espoir peut être de trouver la force d’affronter demain. Pour celle qui a terminé ses traitements, de se redécouvrir et d’aborder un nouveau chapitre. Pour une autre, simplement rire entre amies, chanter sa chanson préférée ou sentir la chaleur du soleil au bord de la mer. »

Elle conclut : « Le cancer peut faire partie de l’histoire d’une personne, mais il n’en est jamais l’unique chapitre. En ce mois d’Octobre rose, remplaçons le silence par la compréhension, l’isolement par le lien et la peur par la compassion. »

Près de 100 patientes en thérapie de groupe

Au-delà d’Octobre rose, la Dr Anjum Heera Durgahee anime des séances de thérapie de groupe à Link to Life, à Pamplemousses et à Vacoas, où elle accompagne environ 100 patientes. Certaines viennent de recevoir leur diagnostic, d’autres ont terminé leurs traitements et font face aux ajustements émotionnels et pratiques qui suivent.

Chaque parcours est unique : certaines apprennent à vivre avec l’incertitude, d’autres reconstruisent leur confiance, se réapproprient leur corps ou cherchent leur place après la maladie. « Le groupe leur offre un espace pour partager, exprimer leurs émotions et comprendre qu’elles n’ont pas à porter seules leur fardeau. Rencontrer des personnes qui comprennent crée de la solidarité et réduit l’isolement », fait ressortir la psychologue.

Sa philosophie va pourtant au-delà de la maladie et des peurs : aider les patientes à célébrer la vie, même dans ses chapitres les plus difficiles. Ainsi, Dr Anjum Heera Durgahee fête les anniversaires des « guerrières » qu’elle accompagne. Un geste simple, mais d’une grande portée émotionnelle.

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