Wednesday , 7 October 2026
Même à son âge, Bhye Munsoor se faisait un devoir d’aller chaque jour dans son champ pour cultiver la terre.

BhYE Munsoor, 70 ans, fauché sur la route : une vie de sacrifices, un départ brutal

Il avait consacré sa vie au travail, à sa famille et à sa foi. À 70 ans, Bhye Munsoor Ramzan continuait de se lever tôt pour travailler, faire ses livraisons, s’occuper de ses plantations et aider les siens.

ÀAvenue des Corbijeaux à Mont-Ida, la maison des Ramzan est désormais plongée dans le silence. Là où résonnaient encore les habitudes d’un homme toujours en mouvement, il ne reste aujourd’hui que les souvenirs. Bhye Munsoor Ramzan, 70 ans, a perdu la vie, lundi 28 septembre, dans une violente collision entre la camionnette qu’il conduisait et un autobus, sur la route principale de L’Aventure, à proximité du terrain de football. Il est mort sur le coup.

À bord de l’autobus se trouvaient notamment des élèves. Plusieurs personnes ont été blessées et transportées à l’hôpital SAJ par le SAMU. Le chauffeur de l’autobus a, pour sa part, été grièvement blessé. Mais pour sa famille, le défunt n’est pas seulement le conducteur d’un van impliqué dans un accident. Il était « Bhye Munsoor », un homme dont les journées commençaient tôt et se terminaient souvent tard, toujours avec quelque chose à faire.

Son fils Ziad raconte qu’il était difficile de croire que cet homme avait 70 ans. « So la force ti kouma enn dimoun 25 ans. Li ti bien droit et discipliné. » À la maison, il laisse une veuve, âgée de 68 ans, ainsi que ses deux fils, Ziad, 41 ans et Aziim, 30 ans. La famille vit à Mont-Ida et partageait avec lui cette vie faite de travail, de sacrifices et de projets.

Une vie de labeur

Bhye Munsoor était chauffeur, notamment de voitures privées et d’une camionnette. Mais conduire n’était qu’une partie de ses activités. Il travaillait également comme livreur pour une boulangerie familiale, où il commençait sa journée vers 6 heures du matin et terminait vers 11h. Il faisait des livraisons de sandwichs, burgers en d’autres à travers l’île.

Puis il y avait la terre. La famille possède des plantations de canne à sucre et de légumes. Bhye Munsoor avait aussi développé une vision autour de l’agriculture sous serre et de l’hydroponie, notamment pour la culture de tomates. Lorsque les autorités avaient encouragé la transformation de certaines terres vers d’autres cultures, il avait vu dans cette évolution une possibilité.

« Papa ti ena ene vision. Li ti anvi mo devlop kote agricol et pendan covid, li ti koz ar mwa et dir mwa devlop sa travay la. Pou mo ti frer, li ti ankouraz li pou persevere dan sport et mo frer finn fer papa honneur grace a son ban medaille d’or dan plizir tournoi Brazilian Jiu-Jitsu, MMA et Muay-Thai », raconte Ziad. Son fils a progressivement pris le relais. Il a choisi de développer davantage la culture hydroponique. Ensemble, ils ont travaillé pour concrétiser ce rêve familial.

La première récolte avait été une réussite. Les produits avaient trouvé un bon prix sur le marché. Et surtout, Munsoor était fier. « Papa ti bien kontan trouv nou pe travay ek trouv so rev pe realiser. Li ti felisit nou pou sa. »

Abnégation et sacrifices

Son fils se souvient également de son père comme d’un homme qui ne connaissait pas vraiment le repos. Même lorsqu’il sortait vers le Nord pour effectuer quelques livraisons, il revenait ensuite s’occuper des plantations. Toute la journée, il pouvait passer d’une activité à une autre. Le travail était pour lui une façon de construire l’avenir de ses enfants.

« Papa ti enn dimoun bien modeste. Li ti fer boukou sacrifis pou so bann zanfan. Nou finn grandi avek tou seki li finn donn nou et zordi grace a li, nou lavi finn sanze ek finn ameliorer », disent ses fils, émus.

La famille n’oublie pas non plus l’homme de foi qu’il était. Bhye Munsoor accomplissait ses cinq salâts quotidiennes. Il s’était rendu à deux reprises à La Mecque pour accomplir l’Umrah. À l’Eid, il était également très actif à la mosquée Quwwat ul Islam. Il aimait s’occuper de sa communauté et rendre service.

La solidarité faisait partie de son quotidien et il était également impliqué dans des activités sociales et communautaires. Ziad évoque notamment son propre engagement au sein de l’Union musulmane dont il est le vice-président, ainsi que son travail dans le domaine de la vente pour une agence spécialisée dans la peinture. Une autre manière, pour la famille, de perpétuer cette volonté de travailler et de contribuer à la société.

Mais derrière toutes ces responsabilités, il y avait surtout un père. Un père qui voulait voir ses enfants avancer. Un père qui croyait en la valeur du travail. Un père qui, malgré son âge, continuait de prendre le volant, de faire ses livraisons, de travailler dans les champs et de s’occuper de ses plantations. « Nou papa finn donn nou enn valeur moral, disiplinn et ousi ledikation akademik et deen. Li ti ena gran rev pou mwa et mo frer, Alhamdulillah nou finn realise so frer », conclut Ziad.

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