Wednesday , 7 October 2026

Du riz à la STC, un manque dans les commerces : pourquoi le Pakistan a-t-il été mis en cause ?

Pourquoi chercher au Pakistan l’explication de rayons dégarnis à Maurice alors que la STC annonçait encore 1 038 tonnes de riz ration en stock  ? Michaël Sik Yuen a invoqué un «  lockdown » pakistanais. Le Haut-Commissariat du Pakistan affirme, lui, que les exportations fonctionnent normalement. Cette contradiction exige mieux qu’une déclaration rassurante sur les réserves  : une explication sur le riz qui n’arrivait pas jusqu’aux consommateurs.

Le problème serait-il au Pakistan ou entre les entrepôts de la STC et les commerces mauriciens ? C’est la question à laquelle le ministre du Commerce et de la Protection des consommateurs doit répondre. Car annoncer du riz en stock ne remplit pas les rayons. Et désigner un pays étranger ne dispense pas d’expliquer ce qui se passe chez nous.

Le 24 septembre, Michaël Sik Yuen avance une explication : une cargaison provenant du Pakistan n’est pas arrivée à temps. Il déclare : « Ena enn problem bato depi Pakistan… Pakistan an lockdown. Zot pe fer sa pou limit konsomasion bann prodwi petrolie. »

Le mot est lâché : « lockdown ». Une explication qui fait porter sur la situation pakistanaise la responsabilité des difficultés d’approvisionnement à Maurice. Encore faut-il qu’elle repose sur des faits vérifiés.

Or, sollicité par la presse, le Haut-Commissariat du Pakistan décrit une tout autre réalité. Aucun confinement national n’affecte le commerce, la production commerciale ou les exportations agricoles, affirme-t-il. Les activités industrielles, agricoles, portuaires et d’exportation restent pleinement opérationnelles.

La représentation diplomatique reconnaît des mesures d’économie d’énergie, dont des modifications des horaires d’ouverture des commerces. Mais réduire des horaires n’équivaut pas à fermer les ports. Et économiser du carburant ne signifie pas suspendre les exportations de riz.

Elle précise également n’avoir reçu aucune notification concernant une cargaison de riz destinée à Maurice qui aurait été bloquée ou retardée par des restrictions administratives ou opérationnelles au Pakistan. Cela ne permet pas d’exclure tout retard maritime. En revanche, cela laisse sans preuve présentée le lien établi par le ministre entre un « lockdown » et la cargaison concernée.

Des réserves, mais pour quels rayons ?

Par la suite, Michaël Sik Yuen assure que la STC dispose encore de riz ration. Au 25 septembre, le stock annoncé atteint 1 038 tonnes, soit, selon les chiffres avancés, 26 jours de consommation.

Ce chiffre déplace le débat. Si du riz était disponible dans les entrepôts, pourquoi manquait-il dans les commerces  ? Quels volumes ont été livrés aux distributeurs  ? À quelles dates ? Où la chaîne d’approvisionnement a-t-elle ralenti ou cessé de fonctionner normalement ?

Ces réserves ne prouvent pas, à elles seules, une pénurie artificielle. Elles rendent toutefois incontournable l’examen de la distribution locale. Les consommateurs n’achètent pas leur riz dans un communiqué sur les stocks de la STC. Ils l’achètent chez leur commerçant — lorsqu’ils en trouvent.

Une parole ministérielle à justifier

Mettre publiquement en cause un pays partenaire n’est pas anodin. Le terme « lockdown  » donne l’image d’une économie à l’arrêt, alors que sa représentation diplomatique affirme précisément le contraire. Une telle déclaration mérite des vérifications avant d’être livrée au public.

Qui a fourni cette information au ministre ? A-t-elle été recoupée auprès du fournisseur, de la compagnie maritime ou des autorités pakistanaises  ? Quel document établit que les mesures évoquées ont effectivement retardé cette cargaison ?

Il serait prématuré de conclure que le Pakistan a été délibérément choisi comme bouc émissaire. Mais les autorités mauriciennes doivent désormais étayer leur explication et rendre compte de la distribution du stock disponible.

Le Pakistan a répondu sur ses exportations. Au ministre de répondre sur nos rayons.

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

LGBT : Aadil Ameer Meea répond à Joanna Bérenger : «Je n’ai jamais caché mes convictions»

Aadil Ameer Meea récuse les propos de Joanna Bérenger selon lesquels il aurait dissimulé ses …