Dis : « Ô Mon Dieu, Maître Absolu de l’autorité, Tu donnes l’autorité à qui Tu veux, et Tu arraches l’autorité à qui Tu veux ; et Tu donnes la puissance à qui Tu veux, et Tu humilies qui Tu veux. Le bien est en Ta main et Tu es sur toute chose Capable. » (Le Coran 3 :26)
Dégout
Étrange quand même comment l’humain peut montrer un certain dégout pour ceux qui sont au pouvoir. Certes, il y a ceux qui idolâtrent ces derniers, particulièrement s’ils ont à gagner quelque chose en retour. Quitte à adorer aujourd’hui ceux qu’ils haïssaient hier, et vice-versa. Mais en ces temps, nous voyons plus qu’un rejet, plus qu’une indignation et bien plus qu’un désaveu aveugle, un dégout même vis-à-vis des gens au pouvoir. Même s’il leur arrive de bien agir ou d’annoncer de bonnes nouvelles, les critiques les plus virulentes, parfois très vulgaires et violentes, ne disparaissent pas.
Une certaine liberté d’expression sur les réseaux sociaux aidant, à force d’entendre et de laisser dire des propos plus que cyniques sur ceux qui incarnent l’autorité, la moindre contestation est amplifiée par un effet de résonance. Une vague se lève naturellement lorsque certaines critiques sont bien fondées. Et lorsqu’elles ne le sont pas, le mépris que certains ont pour les institutions font l’affaire. Surtout si les responsables communiquent mal et d’autres, opportunistes ou non, ne manquent pas une occasion pour semer la zizanie. Finalement, jamais n’a-t-on peut être témoigné autant de dégout se créer envers ceux qui sont au pouvoir en si peu de temps. Il y a davantage là qu’une simple déception par rapport aux attentes d’un changement que beaucoup espéraient.
Goût
Dans le même souffle, ceux qui avaient disparu de l’avant de la scène politique reprennent goût au pouvoir. L’humiliation n’aurait-elle été que trop brève ou serait-ce l’envie d’être de nouveau aux commandes qui serait trop difficile à contrôler ? Kissinger disait que le pouvoir est l’aphrodisiaque suprême. Il le prouvait par son exemple tant dans son emprise sur des starlettes hollywoodiennes que dans son influence sur pas moins de dix Présidents des USA, des deux bords. Pendant un demi-siècle, il aurait ainsi joui d’une domination sans pareille, directe ou non, sur la politique étrangère américaine.
La masse a une relation d’attraction-répulsion vis-à-vis des hommes puissants, la force exercée par ces derniers dépendant des contextes. Cela n’empêche que ceux-ci, au masculin évidemment, peuvent eux-mêmes devenir accros à l’exercice du pouvoir. Notamment à ses bénéfices, privilèges et gloires. Chassés, ils oublient vite leurs déconvenues et rêvent encore plus vite de reprendre les rênes. Y aurait-il aussi un élément génétique, si ce n’était, plus objectivement, environnemental par rapport à l’entourage où ces politiciens ont grandi ? Historiquement et sociologiquement, le pouvoir compense tant d’attributs qui font défaut chez les gens. Et devient irrésistible pour certains. Il attire les chatwas, hier comme aujourd’hui, créant une bulle artificielle de validation permanente autour du puissant qui prend goût au pouvoir pour ne jamais s’en lasser.
Vox populi, vox Dei ?
Nous disons que nous avons les dirigeants que nous méritons. Pas si sûr, comme aussi nous pouvons nous douter que la voix du peuple soit vraiment la voix de Dieu. À l’origine, vox populi vox dei contrastait avec tumultus vulgi, le tumulte populaire perçu comme une menace à l’autorité établie, divine inclue. Avec l’internet, de nos jours, l’opinion publique devient manipulable comme jamais auparavant. Et lorsque ceux qui ont le pouvoir ne font pas preuve d’humilité, de proximité et d’empathie, il n’est pas drôle de voir une étrange réhabilitation de ceux qui jusqu’à tout récemment étaient infréquentables politiquement, dans carreau canne. La mémoire collective d’un l’électorat est courte, ici comme ailleurs comme il a été parfaitement établi par des études sérieuses. Certains l’appellent l’amnésie ou la myopie du votant. Il y a un « recency bias » qui fait que seulement les événements mis de l’avant durant les 6 derniers mois demeurent pertinents. Comme si même un scandale aurait donc une date d’expiration…
Au début de ce texte, une parole descendue de Dieu à l’intention de celui qui a la foi. Elle nous rappelle l’essentiel sur tout ce que nous venons de voir plus haut. L’autorité, à qui elle appartient dans l’absolu, qui le donne, qui l’enlève, l’arrache même, à qui ? L’honneur, la dignité et le respect, aussi, qui décide de le donner, ou de le prendre ? Jusqu’à ce qu’il arrive que les hommes dégoutent un jour ceux qu’ils ont auparavant encensés. Soyons conscients intimement, alors, tout le temps, que Dieu est Capable sur toute chose. Infiniment Capable sur toute chose.
Par PROF. KHALIL ELAHEE
Star Journal d'information en ligne