Friday , 28 August 2026

Cisjordanie : le courage des citoyens, la démission des États arabes

Honte aux dirigeants arabes qui, face au calvaire des Palestiniens de Cisjordanie, opposent des communiqués sans conséquence à la violence des colons.

Pendant que des volontaires étrangers risquent leur vie pour accompagner les bergers, protéger les récoltes et soutenir les familles assiégées, des États puissants se réfugient derrière leurs condamnations rituelles. Entre la guerre et les mots, pourtant, existent des sanctions, des pressions économiques et une protection civile qu’ils refusent toujours de mobiliser.

Il existe des images qui accusent davantage que tous les discours. En Cisjordanie occupée, des volontaires venus d’Europe, des États-Unis et d’ailleurs accompagnent des bergers palestiniens, protègent des récoltes d’olives, filment les agressions et passent la nuit auprès de familles menacées par des colons israéliens. Sans armes, sans mandat officiel et sans garantie de sécurité, ces citoyens placent leur corps entre les agresseurs et leurs victimes.

Pendant ce temps, que font les gouvernements arabes ? Ils condamnent.

Ils condamnent « avec la plus grande fermeté ». Ils dénoncent une « violation flagrante du droit international ». Ils appellent la « communauté internationale » à assumer ses responsabilités. Puis ils attendent l’attaque suivante pour publier un communiqué presque identique.

Les moins puissants prennent les plus grands risques

Ce contraste est moralement insoutenable. Les individus les moins puissants prennent les risques les plus importants, tandis que les États disposant d’ambassades, de milliards de dollars, de relations avec Washington et, pour certains, de liens directs avec Israël, se réfugient dans une indignation sans conséquence.

Certes, personne ne peut raisonnablement réclamer l’envoi précipité d’armées arabes en Cisjordanie. Une intervention militaire provoquerait une confrontation régionale aux conséquences incalculables. Mais entre la guerre et le communiqué, il existe tout un arsenal diplomatique, économique, juridique et humanitaire. Or, cet arsenal reste largement inutilisé.

Où sont les sanctions arabes ciblées contre les colons violents et les organisations qui les financent ? Où est l’interdiction collective des produits provenant des colonies ? Où sont les restrictions imposées aux entreprises qui participent à leur expansion ? Où est le fonds arabe permanent destiné aux communautés palestiniennes menacées de déplacement ? Où sont les missions régulières d’observation, les équipes juridiques et les délégations diplomatiques déployées dans les villages attaqués ?

La Palestine sacrée dans les discours, négociable dans les faits

Les gouvernements arabes demandent au monde de protéger les Palestiniens, comme si eux-mêmes n’appartenaient pas à ce monde. Ils interpellent l’ONU, l’Europe et surtout les États-Unis. Autrement dit, ils confient le sort de la Palestine aux puissances dont ils dénoncent parallèlement l’inaction ou la partialité.
Cette impuissance n’est pas seulement subie. Elle est aussi organisée par le choix des priorités. Plusieurs États arabes ont placé leur sécurité, leurs investissements, leurs contrats militaires, leurs relations avec Washington et leur coopération avec Israël au-dessus de toute stratégie coercitive en faveur des Palestiniens. La Palestine demeure sacrée dans les discours, mais négociable dans les politiques étrangères.

Les pays ayant normalisé leurs relations avec Israël illustrent cruellement cette contradiction. Ils parlent de « ligne rouge » devant l’annexion, tout en maintenant leurs échanges économiques et stratégiques. Mais une ligne rouge que sa violation n’accompagne d’aucune conséquence n’est pas une ligne rouge. C’est un élément de langage.

Financer les conséquences sans combattre les causes

L’Égypte et la Jordanie invoqueront leurs traités de paix et les exigences de leur sécurité nationale. Les États du Golfe rappelleront leur aide financière et leurs démarches diplomatiques. Ces arguments ne sont pas sans fondement. L’aide humanitaire soulage des souffrances réelles. Le soutien à l’Autorité palestinienne évite un effondrement supplémentaire. Mais financer les conséquences d’une politique sans agir sur ses causes revient à administrer indéfiniment la dépossession.

Le plus accablant est que les habitants des villages palestiniens ne réclament pas des déclarations historiques. Ils veulent pouvoir atteindre une source d’eau, conduire leurs troupeaux, récolter leurs olives et rester dans leurs maisons. Ils veulent qu’une attaque entraîne une enquête, qu’une destruction soit réparée et qu’un agresseur soit poursuivi. En l’absence de protection institutionnelle, leur sécurité dépend parfois d’un militant étranger tenant un téléphone portable.

Cette situation constitue une faillite collective. Des volontaires internationaux accomplissent, avec des moyens dérisoires, ce que les États arabes n’ont même pas tenté d’organiser à une échelle crédible : une présence civile permanente, visible et coordonnée auprès des communautés menacées.

Les divisions palestiniennes comme alibi

Il est aussi trop facile d’invoquer les divisions palestiniennes. Ces divisions sont profondes et destructrices, mais elles ne justifient ni l’incendie d’une maison, ni la confiscation d’une terre, ni l’agression d’un berger. La protection des civils ne devrait pas dépendre de l’affiliation politique de leurs dirigeants.

Les peuples arabes, eux, n’ont pas cessé de ressentir la Palestine comme une blessure commune. Ils manifestent, donnent, boycottent et protestent. Le fossé s’élargit ainsi entre les sociétés, dont l’indignation reste vive, et des gouvernements qui transforment cette indignation en rituels diplomatiques inoffensifs.

Ibn Hassenjee

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