Saheed Thupsee, fondateur de l’Aaleemee Society, veut profiter du Malaysia International Halal Showcase (MIHAS) 2026 pour relancer l’intérêt des entreprises mauriciennes et leur ouvrir de nouveaux débouchés.
Du 14 au 22 septembre 2026, Saheed Thupsee se rendra en Malaisie pour participer au MIHAS 2026, l’un des plus importants salons internationaux consacrés aux produits et services halal. Représentant à Maurice de la Malaysia External Trade Development Corporation depuis 22 ans, il entend faciliter les rencontres entre opérateurs mauriciens, acheteurs étrangers et entreprises malaisiennes.
Son objectif est de convaincre davantage d’entrepreneurs locaux d’explorer un secteur qui s’est profondément transformé au cours des deux dernières décennies.
« Le halal est aujourd’hui un marché mondial, pas uniquement religieux. Beaucoup de pays ont compris son potentiel économique et ont développé des stratégies nationales pour attirer les investissements et conquérir de nouveaux marchés », affirme Saheed Thupsee.
Bien au-delà de l’alimentation
Longtemps, le halal a été essentiellement associé à l’abattage des animaux, aux produits alimentaires et aux pratiques religieuses musulmanes. Cette perception est aujourd’hui dépassée.
L’industrie englobe désormais les cosmétiques, les produits pharmaceutiques, le tourisme, la logistique, la finance, l’habillement, les technologies de l’information, l’emballage et les équipements industriels.
La certification ne porte pas uniquement sur le produit final. Elle concerne aussi l’origine des ingrédients, les procédés de fabrication, le stockage, le transport et l’ensemble de la chaîne logistique. « Beaucoup pensaient que le halal concernait uniquement une communauté. Or, il s’agit aujourd’hui d’un concept beaucoup plus large », souligne Saheed Thupsee.
Selon lui, les entreprises mauriciennes actives dans l’agriculture, la transformation alimentaire, les cosmétiques ou encore les services disposent déjà d’un savoir-faire susceptible d’intéresser ce marché.
Elles restent toutefois limitées par l’absence d’une stratégie nationale clairement définie et d’un mécanisme de certification reconnu à l’échelle internationale.
Un projet resté sans suite
Maurice avait pourtant commencé à s’intéresser à cette industrie dès le début des années 2000.
En 2005, alors que Saheed Thupsee travaillait à la Small and Medium Enterprise Development Authority (SMEDA), une réflexion avait été engagée autour de la création d’une structure nationale consacrée à la certification et à la promotion du halal. Le ministère du Commerce envisageait même la mise sur pied d’une Halal Authority. Un comité regroupant notamment le ministère du Commerce, celui de l’Environnement, la SMEDA et le Mauritius Standards Bureau avait été constitué pour étudier la faisabilité du projet.
L’initiative n’a toutefois jamais abouti. « Le projet était sur la table. Il y avait des discussions et une volonté d’avancer. Malheureusement, il n’y a jamais eu de suite concrète », regrette Saheed Thupsee.
Il estime que Maurice aurait pu prendre une longueur d’avance si le pays avait poursuivi cette démarche et développé, dès cette époque, un cadre de certification répondant aux normes internationales.
Le modèle malaisien
Saheed Thupsee cite la Malaisie comme un exemple de pays ayant transformé l’industrie halal en véritable levier économique.
La Malaisie a mis en place une stratégie reposant sur la certification, la recherche, l’innovation, la formation et la promotion internationale. Le pays s’est ainsi imposé comme l’un des principaux centres halal de l’Asie du Sud-Est.
« Son modèle inspire aujourd’hui plusieurs pays, y compris en Europe », indique-t-il.
Le MIHAS est l’une des vitrines de cette stratégie. Le salon réunit des producteurs, des acheteurs, des investisseurs et des prestataires de services issus de nombreux pays.
Il couvre désormais des secteurs aussi divers que l’agroalimentaire, les boissons, le textile, l’éducation, les franchises, les services financiers islamiques, la logistique et les nouvelles technologies.
« L’un des temps forts du salon sera le programme INSP MIHAS. Celui-ci permet aux entreprises et aux acheteurs internationaux de participer à des rendez-vous d’affaires organisés à l’avance », indique notre interlocuteur.
Ces rencontres doivent faciliter la conclusion de contrats, la création de partenariats et l’accès à de nouveaux marchés.
Une vitrine pour les produits mauriciens
Pour Saheed Thupsee, le Malaysia International Halal Showcase (MIHAS) pourrait servir de porte d’entrée aux entreprises mauriciennes qui souhaitent tester leurs produits sur le marché international.
« Maurice possède un savoir-faire dans plusieurs domaines. Nous avons des produits agricoles, des produits transformés, des entreprises dans les cosmétiques et d’autres secteurs qui pourraient trouver leur place sur le marché halal mondial », soutient-il.
Il estime que les petites et moyennes entreprises pourraient être les premières bénéficiaires d’une politique nationale mieux structurée.
Une certification crédible et reconnue permettrait, selon lui, de renforcer la confiance des acheteurs étrangers et de faciliter les exportations vers l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient.
Mais au-delà de la participation à des salons, il plaide pour une réflexion plus large sur la place que Maurice souhaite occuper dans cette industrie.
« Il s’agirait notamment de mieux informer les entreprises, d’améliorer leur accès aux normes internationales, d’encourager la formation et de créer des passerelles avec les principaux marchés halal », ambitionne le président de l’Aaleemee Society.
Un retard encore rattrapable
Ancien enseignant, puis cadre à la National Handicraft Promotional Authority et à la SMEDA, Saheed Thupsee a consacré une grande partie de sa carrière à l’accompagnement des entrepreneurs et des petites entreprises.
À travers ses activités avec The Aaleemee Society et MATRADE, il a participé à l’organisation de missions commerciales, de rencontres entre entreprises et de partenariats entre Maurice et la Malaisie.
Il a également contribué à promouvoir les investissements malaisiens à Maurice, notamment dans les secteurs de la technologie, de la santé, des énergies renouvelables, de l’agroalimentaire et des cosmétiques.
À ses yeux, le marché halal représente aujourd’hui une occasion économique que Maurice ne peut plus continuer à observer à distance.
« Le MIHAS 2026 doit donc être plus qu’une simple participation à un salon. Cela doit être le point de départ d’une nouvelle mobilisation des entreprises mauriciennes. Le pays a pris du retard mais la course n’est pas encore perdue », conclut-il.
Le tourisme également concerné
Le potentiel ne se limite pas aux exportations. Saheed Thupsee estime que Maurice pourrait également renforcer son offre dans le tourisme halal.
Plusieurs destinations ont déjà adapté une partie de leurs services afin d’attirer une clientèle musulmane internationale.
Il cite notamment les Maldives, l’Afrique du Sud et l’Australie.
« Cela ne signifie pas exclure les autres visiteurs, mais simplement proposer des services adaptés », explique-t-il.
Cette adaptation pourrait concerner l’offre alimentaire certifiée, certains équipements, les services hôteliers et la communication destinée aux voyageurs.
Maurice dispose, selon lui, de plusieurs atouts pour développer ce créneau : sa diversité culturelle, sa réputation touristique et sa situation entre l’Asie et l’Afrique.
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