Il avait 17 ans, une bicyclette, des amis et toute la vie devant lui. Quelques heures plus tard, Mahamode Shahir Ali Samcooaree ne rentrera jamais chez lui. À la cascade Pilas, une sortie ordinaire entre adolescents a viré au drame, samedi dernier 1er août, laissant derrière elle une famille dévastée et des mots qui ne s’effaceront plus : « Mama, mo pe alé… »
Ce samedi-là, Farzinah n’a aucune raison de retenir son fils. Shahir a 17 ans. Il prend une bicyclette et s’apprête simplement à retrouver ses amis. Avant de partir, il lance ces quelques mots à sa mère, comme tant d’adolescents le font chaque jour avant de quitter la maison. Elle le voit s’éloigner. De dos. Elle ne sait pas encore que cette image deviendra la dernière qu’elle gardera de son fils vivant. Elle ne sait pas davantage que ces trois mots, prononcés presque machinalement, reviendront désormais sans cesse dans son esprit. « Mama, mo pe alé… »
Shahir ne reviendra pas. Quelques heures plus tard, Shahir perd la vie par noyade à la cascade Pilas, à Camp-Diable. Une sortie entre amis, après un match de football, vient d’emporter un adolescent de 17 ans au moment même où sa vie ne faisait que commencer. À Camp-Diable, derrière ce fait divers, il reste aujourd’hui une famille brisée : un père qui tente de tenir grâce à sa foi, une mère hantée par cette dernière image et un petit frère de 14 ans qui vient de perdre celui qu’il considérait comme son modèle.
À 17 ans, il avait encore tout à vivre
Dans la maison familiale des Samcooaree, les affaires de Shahir sont toujours à leur place. Ses chaussures. Ses cahiers d’école. Son lit. Ces objets ordinaires ont désormais une autre signification. Ils racontent une présence qui s’est arrêtée brutalement.
Shahir était en Form V au collège Doha de Souillac. À 17 ans, son quotidien était celui d’un jeune de son âge : l’école, les amis, le football, la famille.
Mais son père, Shaffick Samcooaree, 43 ans, retient surtout de lui un fils respectueux et profondément attaché à sa foi. « C’était un enfant exemplaire. Il ne manquait jamais une seule prière. Pendant le mois de Ramadan, il jeûnait tous les jours. Il respectait tout le monde. Dès qu’on lui demandait un service, il répondait toujours présent. Nous étions fiers de lui. »
Quelques secondes et tout bascule
Selon le récit fait à la famille, le drame survient peu après l’arrivée du groupe à la cascade. Shahir entre dans le bassin. Puis il disparaît.
Dans un premier temps, ses amis pensent qu’il plaisante. Ils attendent. Mais les secondes passent et Shahir ne refait pas surface. Les rires s’arrêtent. L’inquiétude monte. Ses camarades plongent à plusieurs reprises pour tenter de le retrouver. La tâche est difficile : l’eau est trouble et la visibilité presque inexistante.
L’alerte est finalement donnée. Des habitants accourent. La police est prévenue. Parmi ceux qui interviennent se trouve le sergent Issa Luchmun, membre du Quick Response Group de la National Coast Guard. Bien qu’il soit hors service, il n’hésite pas à participer aux recherches.
Après plusieurs minutes, Shahir est retrouvé. Mais il est déjà trop tard. Transporté à l’hôpital Jawaharlal Nehru, l’adolescent est déclaré mort. L’autopsie conclura à une asphyxie provoquée par noyade. Une journée qui avait commencé avec les préparatifs d’un mariage, un match de football et une sortie entre jeunes vient de s’achever par l’annonce qu’aucun parent n’est préparé à recevoir.
« Je pensais qu’il s’était blessé au football »
Ce jour-là, Shaffick est au travail. Ce père de deux garçons exerce dans la publicité, notamment dans la sérigraphie et la typographie. Lorsque son téléphone sonne, sa première pensée est presque rassurante. Son fils jouait au football. Il s’est peut-être blessé. « Je pensais qu’il s’était blessé pendant son match de football. Jamais je n’aurais imaginé que mon fils ne reviendrait plus vivant. Cette pensée ne m’avait même pas traversé l’esprit. »
Puis vient la réalité. Brutale. Le garçon qu’il avait vu grandir pendant dix-sept années ne rentrerait plus à la maison. Depuis, Shaffick s’accroche à sa foi. « Allah nous a donné beaucoup de sabr. Sans cette patience qu’Il nous accorde, je ne sais pas comment nous aurions pu traverser cette épreuve. Tout appartient à Allah et c’est Lui qui décide de toute chose. Nous devons accepter Sa volonté, même si notre cœur est brisé. »
Une acceptation dictée par la foi, mais qui n’efface évidemment pas le manque. Car lorsque les visiteurs repartent, lorsque les conversations s’éteignent et que la maison retrouve son calme, l’absence demeure.
« Il faut sécuriser cette cascade »
Dans sa douleur, Shaffick veut désormais que la disparition de son fils ne soit pas simplement ajoutée à la liste des drames oubliés. Il affirme avoir vécu à Camp-Diable pendant vingt-six ans sans connaître l’existence de ce bassin ni mesurer le danger qu’il pouvait représenter. Ce n’est qu’après le décès de Shahir qu’il dit avoir appris que plusieurs personnes auraient déjà perdu la vie à cet endroit. « L’accès est difficile. Il faut descendre une falaise avant d’atteindre l’eau. »
Pour lui, les autorités doivent agir. « J’en appelle aux autorités. Il faut absolument sécuriser cette cascade. Si plusieurs personnes y ont déjà perdu la vie, il est temps d’agir. Pour que demain il n’y ait pas d’autre victime et que cela ne se termine pas par des funérailles. »
Un grand frère qui veillait sur Zaheer
Dans cette maison désormais silencieuse, il y en a un pour qui l’absence est particulièrement difficile à comprendre. Zaheer, 14 ans, le petit frère de Shahir.
Trois années les séparaient, mais les deux garçons étaient très proches. Pour Zaheer, Shahir n’était pas seulement l’aîné. Il était celui qui veillait sur lui, qui le conseillait et qu’il regardait avec admiration. « Ils étaient inséparables. Shahir veillait toujours sur lui. Aujourd’hui, Zaheer est complètement perdu. Il souffre énormément », confie leur père.
Un épisode survenu quelques minutes avant le drame dit beaucoup de cette relation. Après avoir rejoint ses amis, Shahir dispute avec eux un match de football sur un terrain synthétique de la région. La chaleur est forte. À la fin de la rencontre, le groupe décide d’aller se rafraîchir à la cascade Pilas, située non loin de là. Zaheer et d’autres plus jeunes souhaitent les accompagner.
Shahir les met alors en garde. « Li finn dir zot pa vin kot delo, res loin ek get zot », raconte li père. « Il voulait éviter qu’il leur arrive quelque chose. Jusqu’au bout, il pensait à protéger les plus jeunes. »
Star Journal d'information en ligne