Tuesday , 11 August 2026

Bibi Kathoon Peerbaccus, 91 ans, fauchée sur la route : mère protectrice jusqu’au bout

Bibi Kathoon Peerbaccus, 91 ans, a perdu la vie dans un accident de la route, mercredi 5 août, à la rue Louis Pasteur, Port-Louis.

Derrière ce drame se dessine surtout le parcours d’une mère qui aura passé son existence à protéger les siens. Veuve à 48 ans, éprouvée par la mort de deux de ses fils, elle s’était consacrée pendant plus d’un demi-siècle à Mohamad Ateem, son fils atteint d’un handicap mental, qu’elle refusait de laisser seul malgré son âge et une santé devenue fragile. Le jeudi 6 août, elle aurait dû célébrer ses 92 ans. Sa fille avait prévu un petit gâteau. Il ne sera jamais partagé.

Pendant des décennies, Bibi Kathoon Peerbaccus avait organisé sa vie autour de ses enfants. Et surtout autour de l’un d’eux : Mohamad Ateem Mungly, aujourd’hui âgé de 52 ans et souffrant d’un handicap mental. Il avait grandi. Elle avait vieilli. Mais, aux yeux de cette mère, une chose n’avait jamais changé : son fils avait besoin d’elle.

Alors elle était restée. Même lorsque ses jambes devenaient moins sûres. Même lorsque les chutes s’étaient multipliées. Même lorsqu’on lui disait qu’il serait préférable qu’elle vive chez sa fille Parveen. Nani Kathoon refusait. « Mama ti dir li pa kapav laisse so garson tousel », confie sa fille.

Elle voulait toujours rentrer vers lui

Il y a environ deux ans, une première chute avait affaibli la vieille dame. Parveen l’avait prise chez elle le temps de sa convalescence. Mais, sitôt remise, nani Kathoon avait voulu retrouver son domicile.

En novembre 2025, une nouvelle chute avait provoqué une grave fracture de l’épaule. Une opération, une plaque, des mois de récupération. Encore une fois, sa fille l’avait accueillie. Encore une fois, Kathoon était repartie.

Puis était survenue une troisième chute. Les médecins avaient recommandé une hospitalisation suivie de séances de physiothérapie. Elle n’avait tenu qu’un jour. « Li ti per es pense mo frer », raconte Parveen. Il fallait rentrer.

Toujours rentrer. Parce que derrière chaque porte d’hôpital, chaque séjour chez sa fille, chaque période de convalescence, il y avait ce même fils qu’elle imaginait seul à la maison.

Une femme qui connaissait l’absence

Peut-être Kathoon savait-elle mieux que beaucoup ce que signifie se sentir seul. Elle-même avait grandi sans ses parents. Avec son frère et sa sœur, elle avait été recueillie au Yateem Khanna de la rue Labourdonnais, à Port-Louis. Sa sœur y est décédée alors qu’elle était encore pensionnaire. Nani Kathoon n’était encore qu’une enfant lorsqu’elle avait appris que certaines absences ne se comblent jamais.

À 15 ans, son futur époux avait entrepris des démarches pour l’épouser. Après leur mariage, le couple avait accueilli le jeune frère de nani Kathoon sous son toit. Celui qui avait grandi sans véritable foyer en avait enfin un. Et Nani Kathoon allait consacrer sa vie à empêcher les siens de connaître l’abandon qu’elle avait elle-même vécu.

Les deuils, les uns après les autres

La vie ne lui avait pourtant accordé aucun répit. Mère de six enfants, cinq garçons et une fille, elle en avait perdu deux. L’un avait 32 ans. L’autre, 36 ans. Tous deux étaient décédés après une longue maladie.

En 1984, son époux s’en était allé à son tour, à seulement 58 ans. Nani Kathoon avait 48 ans. Elle aurait pu s’effondrer. Il fallait pourtant continuer à vivre, élever les enfants, tenir la maison, avancer malgré tout. « Nou ti ase gran sa lepok-la mé nou ti bizin kontiy viv. Mo finn bizin aret lekol pou ale travay pou ed lafami », raconte Parveen.

« Ki tonn kwi ? »

Le dernier échange entre la mère et la fille n’avait rien d’exceptionnel. Et c’est peut-être ce qui le rend aujourd’hui si douloureux. Vers 7h30, mercredi matin, nani Kathoon avait téléphoné à Parveen. Elle lui avait demandé de venir le samedi récupérer la pension de son frère. Elle voulait également sa carte d’identité pour se faire une nouvelle paire de lunettes.

Puis elle avait posé cette question si ordinaire : « ki tonn kwi ? » Nani Kathoon aimait l’alouda et les baja. Quelques mots échangés entre une mère et sa fille. Aucun adieu. Aucun pressentiment. « Sa zour la, mama pa’nn dir mwa si li pe sorti. Si li ti dir mwa, mo ti pou dir li atann, pa aller », regrette Parveen.

Vers 13 heures, un autre appel est arrivé. Cette fois, la vie de Parveen basculait. Sa mère a eu un grave accident à la rue Louis Pasteur et a été retrouvée inconsciente sous un autobus, près de la roue avant.

Le jeudi 6 août, Bibi Kathoon aurait eu 92 ans. Elle n’était pas particulièrement attachée aux anniversaires. Sa fille, elle, avait tout de même prévu quelque chose. Un petit gâteau. « Mo ena sa regre la ki mo pann resi fer mama koup so gato ek met enn sourir lor so figir. »

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