Ma confiance est en Dieu. Cette lettre peut-elle mener à ma révocation là où je suis responsable d’une institution parapublique ? Qu’importe car, devant Dieu, je ne peux rester impassible face à la situation actuelle.
En novembre 2024, avec tant de compatriotes, nous avons cru qu’un changement serait possible. Et même aujourd’hui, je suis convaincu qu’il n’est pas trop tard. Mon espoir n’a jamais été dans les hommes, mais en la miséricorde divine qui permettra d’améliorer notre sort à condition que nous fassions l’effort de nous changer nous-mêmes.
Contrairement à ceux qui spéculent qu’il suffit de remplacer untel par untel, sinon qu’il faut s’attaquer au « système », ma foi est que rien n’arrive si nous n’avons pas l’intention propre et nous ne nous engageons pas activement à la mesure de nos moyens. Dieu aide vraiment ceux qui font de leur mieux, réellement. Agir avec humilité, intelligence, patience et persévérance, ensemble, pour le bien commun, pour le plaisir de Dieu seulement si je puisse ajouter…ainsi est la seule voie que je connais. Au lendemain des dernières élections, je crois que beaucoup ont rêvé qu’il ce serait possible de construire une île Maurice meilleure, une nouvelle République et un nouveau monde même.
Evidemment le défi est monumental. En connaissance de cause, je suis témoin de ce que représente, par exemple, le retard à attraper dans le secteur énergétique. La crise au Moyen-Orient ne fait que nous rappeler, non pas notre vulnérabilité, mais en vérité ce que nous coûte notre inaction pendant plus d’une décennie. Il serait malhonnête de dire que rien ne bouge depuis. Ce n’est pas un hasard que, Dieu merci, il n’y a pas eu de délestage comme prévu par certains, et non les moindres. Les derniers chiffres confirment la progression de l’énergie solaire. La gestion sobre de la demande avec l’efficacité énergétique et les économies d’énergie porte ses fruits. Presque tout reste pratiquement à faire, mais il y a eu un premier pas décisif. Cependant, notre problème fondamental est bien ailleurs.
Aujourd’hui, la conjoncture externe, comme interne, nous pose de sérieux soucis. Si certains blâment des fois la lourde bureaucratie qui perdure, d’autres pointent du doigt les gaspillages et dysfonctionnements qui sont observés un peu partout. Beaucoup dénoncent le manque de cohérence dans certaines mesures. Voire l’absence de décisions, tout court. Et il est si facile aux opposants du pouvoir, anciens et nouveaux, d’évoquer les promesses non-tenues. Toutefois, ce qui me dérange ces temps-ci est infiniment plus grave que tout cela.
Ce qui me bouleverse au plus haut degré est une disparition de cette confiance en soi-même qui est indispensable si nous voulons surmonter les obstacles devant nous. Je me permets, respectueusement, de souligner que les interventions franches prônant un « langage de vérité » ont trop effrayé certains, poussant d’autres au désespoir même. Il y en a qui sont vite passés du diagnostic inquiétant de notre condition à un constat d’incompétence et échec de la part du gouvernement, souvent à tort. D’autres encore se laissent berner par les opportunistes qui profitent du désenchantement de nombreux qui avaient cru au changement.
Placer notre confiance en Dieu est, de mon point de vue personnel, absolument vital mais cela ne veut nullement impliquer que les gens ne doivent pas, ensuite, se faire confiance humainement. Cela commence par croire en leurs propres capacités, celles que Dieu leur a accordées. À défaut d’un « discours de confiance » accompagnant le « langage de vérité », le doute s’installe, si ce n’est une fracture entre le gouvernement élu et ceux qui l’ont choisi. Naturellement, il ne faut pas s’attendre à des changements à coups de baguette magique, mais il faut également ne pas démolir les aspirations, voire les rêves de la population, particulièrement ceux de la jeune génération. Ne jamais mentir ou cacher les faits, certes, mais dans le même souffle, il faut rassurer beaucoup ceux qui sont les plus affligés par la cruelle réalité. La sérénité, la paix et la force de rebondir pour construire le progrès à venir en dépendent.
L’heure est d’une gravité critique, en somme, parce que les gens ne savent pas sur qui compter ici-bas. Ils ne peuvent s’en remettre aux loups qui sont aux aguets, parfois les mêmes qui sont coupables de notre état. Les gens ont besoin d’un pilier sur qui s’appuyer pour qu’ils ressentent qu’ils ne sont pas seuls. Cela n’a rien à faire au fait d’adorer ou de dépendre sur autre que Dieu. Il faut leur donner cette intime conviction qu’ils peuvent faire une différence constructive, chacune et chacun. Collectivement, le peuple a aussi besoin d’une espérance que le monde peut changer pour le mieux parce qu’il est bien à la hauteur, bien guidé, béni, et non maudit.
Le Prophète (bénédiction et paix sur lui) affirma une fois : « J’aime le bon augure ». Ce qui étonna peut-être ses compagnons, car les présages, superstitions et autres prédictions irrationnelles sont interdits. Alors, ils lui demandèrent : « Qu’est-ce que le bon augure ? ». Il répondit : « Une bonne parole ». Entendre une parole convenable, juste et positive face à n’importe quelle épreuve motive une personne à espérer et à agir de la plus belle des manières. C’est une attitude d’optimisme fondée sur la confiance. C’est le « Khudi », le Soi, auquel fait référence le penseur Muhammad Iqbal, que nous ne devons continuellementraviver, raffermir et revaloriser. Et comme il le dit : Elève ton Soi à tel point, qu’avant chaque destinée, Dieu Lui-même demande à Son serviteur : « Dis-moi quel est ton avis ? »
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