À des milliers de kilomètres de Maurice, la Coupe du monde 2026 prend pour eux une saveur très particulière. Dawood Auckbaraullee, installé en Géorgie, et Razack Issany, établi au Canada, vivent le Mondial de l’intérieur, chacun à sa manière. Entre souvenirs de jeunesse, passion familiale, stades en fusion et drapeau mauricien brandi avec fierté, ces deux Mauriciens de la diaspora racontent comment le football peut, le temps d’un tournoi, rapprocher les continents et réveiller les racines.
De Cité Martial à Atlanta : le Mondial a un parfum mauricien pour Dawood Auckbaraullee
Originaire de Cité Martial, à Port-Louis, Dawood Auckbaraullee vit aujourd’hui en Géorgie, aux États-Unis. Pour ce Mauricien, la Coupe du monde 2026 dépasse largement le cadre du football. Entre souvenirs des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, fierté familiale et immersion au cœur du Mercedes-Benz Stadium, il raconte une aventure humaine, sportive et profondément mauricienne.
Installé en Géorgie, Dawood dirige SDS Inc., une entreprise spécialisée dans la logistique. Il est marié depuis 1998 à Sabanah Boodoo. Ensemble, ils ont deux enfants : Fardeen, ingénieur à Atlanta, et Zareen, actuellement en stage « en plein cœur de l’action au Mercedes-Benz Stadium ». Pour lui, l’événement a une résonance intime. « Vivre la Coupe du monde ici, en Géorgie, a été phénoménal, surtout en raison du lien historique de ma famille avec le sport à Atlanta », confie-t-il.
Atlanta et les JO de 1996
En effet, la famille Auckbaraullee n’en est pas à son premier grand rendez-vous avec le sport mondial à Atlanta. En 1996, la ville accueillait les Jeux olympiques. À l’époque, le beau-frère de Dawood, Chef Joonas, et sa sœur, Shirin Hyath, tenaient un restaurant appelé La Bonne Cuisine. C’est là qu’ils avaient accueilli et servi les équipes olympiques mauriciennes.
« Aujourd’hui, trente ans plus tard, le monde du sport est de retour. C’est extraordinaire de voir la ville reprendre vie, et notre famille s’est pleinement plongée dans les célébrations », raconte Dawood.
Trente ans après les JO, la Coupe du monde vient ainsi écrire un nouveau chapitre dans la relation entre cette famille mauricienne et la grande histoire sportive d’Atlanta.
Une Coupe du monde vécue en famille
Chez les Auckbaraullee, cette Coupe du monde se vit aussi comme une aventure familiale. « L’atmosphère du Mondial, là où nous vivons, est absolument électrique et profondément personnelle pour nous. Ma fille Zareen vit directement cette effervescence grâce à son stage au Mercedes-Benz Stadium, tandis que mon frère Rashid, son épouse Koreisha et leur fille Tasneem étaient au cœur de l’événement, absorbant l’incroyable énergie du FIFA Fan Fest pendant le match à élimination directe de l’Angleterre. »
Pour Dawood, cette Coupe du monde n’est donc pas observée à distance. Elle entre dans la maison, dans les conversations, dans les souvenirs de famille. Elle devient un moment partagé entre générations.
Atlanta, capitale cosmopolite du ballon rond
Au-delà du cercle familial, Dawood retient surtout la formidable énergie qui traverse Atlanta. La ville, déjà marquée par son histoire sportive, devient le théâtre d’un grand rassemblement populaire. Dans les rues, les supporters venus de plusieurs continents se croisent, chantent, célèbrent et transforment la ville en carrefour mondial du football.
« Voir des supporters venus de tant de nationalités différentes se rassembler à Atlanta crée une atmosphère unique, accueillante et pleine d’énergie, comme nulle part ailleurs », dit-il.
Une part mauricienne…
Le parcours de Dawood Auckbaraullee raconte aussi celui de nombreux Mauriciens de la diaspora. Des hommes et des femmes partis construire leur vie ailleurs, mais qui gardent Maurice au cœur. Ses parents, Cassam Auckbaraullee et Khatijia Bibi, vivent dans la région depuis le milieu des années 1980. Cette présence familiale ancienne donne encore plus de profondeur à l’événement.
Ainsi, dans les tribunes, dans les fan zones, dans l’ambiance du Mercedes-Benz Stadium, il y a les couleurs du monde. Et, quelque part, dans cette immense fête planétaire, il y a aussi un peu de Port-Louis, un peu de Cité Martial, un peu de cette île que l’on emporte avec soi, même à des milliers de kilomètres.
De Port-Louis à Toronto : Razack Issany réalise enfin son rêve
Installé à Mississauga, au Canada, depuis 39 ans, Razack Issany vit enfin sa première Coupe du monde depuis les tribunes. Pour ce Mauricien originaire de Port-Louis, le Mondial 2026 est l’aboutissement d’une passion née sur les terrains de Maurice, entretenue en Amérique du Nord et portée aujourd’hui par une fierté intacte : celle de brandir le drapeau mauricien au cœur de la plus grande fête du football.
À la retraite, Razack savoure cette nouvelle liberté. Les années de travail ont laissé place aux voyages, aux stades, aux moments en famille et aux grandes émotions sportives. « Je profite de ma retraite », confie-t-il. « La vie est courte, il faut tirer le meilleur de chaque jour. » Cette philosophie, il l’applique pleinement avec ce Mondial nord-américain.
Pour la première fois, il assiste à des matchs de Coupe du monde. Il ne les regarde plus seulement à la télévision. Il les vit dans les tribunes, au milieu des supporters venus de partout. « C’était un réel plaisir de pouvoir assister au match Irak-Sénégal à Toronto », raconte-t-il.
Le quadricolore dans les tribunes
Dans le stade, l’émotion est immédiate. Razack n’est pas venu seulement en amateur de football. Il est venu aussi en Mauricien. Avec ses proches, il apporte le drapeau national. Un geste simple, mais symbolique pour cet homme de la diaspora, parti depuis longtemps mais toujours attaché à ses racines.
« L’atmosphère était électrique. Nous avions apporté le drapeau mauricien avec nous au stade et nous l’avons fièrement agité. Nous avons été surpris de voir que certaines personnes reconnaissaient notre drapeau mauricien », dit-il.
Dans cette foule immense, où chaque maillot et chaque drapeau racontent une appartenance, Maurice avait aussi sa place. Ce détail l’a marqué. Voir des inconnus reconnaître le quadricolore mauricien, au milieu d’un événement aussi mondial, donne à son expérience une dimension encore plus personnelle.
Son aventure ne s’est pas arrêtée à Toronto. Razack a également assisté au match France-Sénégal dans le New Jersey. « C’était très bien organisé et le match était excellent », souligne-t-il. Puis, le week-end suivant, il a pris la route depuis Mississauga jusqu’à Philadelphie, aux États-Unis, pour assister à France-Paraguay.
Une passion née à Mont-Choisy
Avant Toronto, New Jersey ou Philadelphie, il y a eu Maurice. Et surtout Mont-Choisy. C’est là, dans sa jeunesse, que Razack a découvert le plaisir du football. « Quand j’étais jeune, je jouais au football à Mont-Choisy chaque samedi. C’était beaucoup de plaisir », se souvient-il.
Ces samedis sur le terrain ont allumé une passion qui ne l’a jamais quitté. À l’époque, il suit aussi le football anglais et soutient Arsenal. « C’est cela qui m’a donné le goût du football », confie-t-il.
Le départ pour le Canada n’a rien effacé. Au contraire, il a donné une nouvelle forme à cette passion. « Quand je suis arrivé au Canada, j’ai pris un abonnement pour le Toronto FC. C’était le premier match de football auquel j’assistais ici et cela reste une expérience mémorable. Depuis, ma famille et moi allons régulièrement au BMO Field pour voir notre équipe préférée de la Major League Soccer », explique-t-il.
L’Amérique du Nord sous le charme du Mondial
Pour Razack, l’organisation du Mondial en Amérique du Nord a transformé l’atmosphère des villes. Le football ne se limite pas aux stades. Il déborde dans les rues, les quartiers, les fan zones et même devant les maisons. « Il y a des fan zones partout, où les supporters se réunissent pour regarder les matchs, célébrer ensemble et profiter de l’atmosphère de la Coupe du monde », observe-t-il.
Ce qui l’impressionne particulièrement, c’est la visibilité des appartenances nationales. Là où il vit, les drapeaux apparaissent sur les voitures, devant les maisons, dans les rues. Le tournoi donne au quotidien des airs de fête mondiale. « L’expérience ici est différente de celle de Maurice. Les gens affichent fièrement leurs drapeaux nationaux devant leurs maisons et sur leurs voitures », explique-t-il.
Dans sa rue, les couleurs du monde se côtoient. « On peut voir des drapeaux portugais, français, allemands et beaucoup d’autres drapeaux nationaux fièrement affichés. Partout où l’on regarde, les gens montrent leur soutien à leurs équipes », ajoute-t-il.
Le cœur avec la France
S’il a grandi avec Arsenal, Razack soutient la France sur la scène internationale. Il admire la qualité des joueurs français et croit aux chances des Bleus. « Personnellement, je soutiens les Bleus, car ils ont les meilleurs joueurs, à mon avis », affirme-t-il et de lancer : « Cela ne me surprendrait pas si la France gagne le Mondial ! »
Sa confiance repose notamment sur les talents offensifs de l’équipe. « Mbappé et Dembélé sont des joueurs fantastiques, parmi beaucoup d’autres. Je soutiendrai la France jusqu’à la finale », dit-il.
Pour Razack Issany, cette Coupe du monde est bien plus qu’une série de matchs. C’est un rêve de jeunesse devenu réalité à l’âge de la retraite. C’est aussi un voyage personnel entre les souvenirs de Maurice et la vie construite au Canada.
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