Alors que le Conseil des Commissaires des Waqfs s’apprête à recevoir de nouveaux pouvoirs de surveillance, de discipline et de sanction, le débat public se cristallise. Mais il dépasse largement la seule question législative : il interroge notre rapport collectif à la confiance, à la foi et à la responsabilité.
De temps en temps, un débat public révèle quelque chose de bien plus grand que la question qui l’a déclenché. La discussion entourant les amendements proposés à la loi Waqf est l’un de ces moments. Il ne s’agit plus seulement de législation. C’est devenu une conversation sur la confiance.
En écoutant les différents points de vue, je me suis retrouvé à poser une question simple : depuis quand la responsabilité est-elle devenue quelque chose à craindre ?
Je comprends pourquoi de nombreux membres de la communauté musulmane ont réagi avec inquiétude. Chaque fois qu’une institution religieuse fait l’objet de nouvelles obligations légales, il est naturel de se demander si elle est injustement distinguée. Ces préoccupations ne devraient jamais être rejetées. Elles méritent d’être entendues — et examinées dans le cadre du paysage juridique et réglementaire plus large dans lequel Maurice, et le reste du monde, opère aujourd’hui.
Codifier une pratique vieille de 84 ans
La loi de 1941 permet déjà qu’un non-musulman préside le Conseil des Commissaires des Waqfs. Pourtant, depuis 1941 — peut-être une seule fois en quatre-vingt-quatre ans, et avant l’indépendance — un gouvernement mauricien a nommé un président non-musulman à ce Conseil.
Maintenant que ce Conseil acquiert de nouveaux pouvoirs significatifs de surveillance, de discipline et de sanction, après le vote du projet de loi financier, le moment est venu de codifier dans la loi ce qui a toujours été la pratique.
Ce n’est pas créer une discrimination — c’est protéger une pratique. Singapour le fait. La Malaisie le fait. Les Émirats arabes unis le font. La Constitution mauricienne le permet : les articles 11 et 16(4) protègent expressément les questions religieuses de la règle générale de non-discrimination. Il n’y a aucun obstacle constitutionnel à cet amendement.
Le waqf mérite d’être protégé — pas soustrait
Un waqf est l’un des plus beaux concepts de l’Islam. C’est un acte de générosité qui survit au donateur. Un cadeau fait non pour la reconnaissance, mais pour la récompense dans l’au-delà. L’intention est toujours la même : servir la communauté, laisser derrière soi quelque chose de mieux que ce que l’on a trouvé.
C’est précisément pourquoi le waqf mérite une protection. Pas parce qu’il serait suspect. Mais parce que tout ce qui est construit sur la confiance mérite de rester digne de cette confiance.
Un point semble manquer à la conversation publique : la gouvernance n’est pas quelque chose de nouveau introduit pour le waqf. Les entreprises fonctionnent dans des cadres de gouvernance. Les fiducies, les fondations, les associations, les organismes caritatifs aussi. De nombreux secteurs sont déjà soumis à des exigences en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération, parce qu’ils gèrent des fonds, des actifs ou la confiance du public. La conversation évolue depuis des années. Le waqf en fait désormais partie.
Cela ne signifie pas qu’il doit être traité comme une entreprise — il ne devrait pas l’être. Sa signification religieuse exige sensibilité et respect. Mais être différent ne devrait pas signifier être au-delà de la responsabilité.
Ce que la foi nous enseigne
L’Islam n’a jamais séparé la foi de la responsabilité. Notre foi enseigne l’honnêteté. Elle enseigne la justice. Elle enseigne l’amanah — la confiance sacrée placée en quiconque se voit confier les affaires ou la propriété d’autrui. Protéger un waqf est en soi un acte d’amanah.
Le regard au-delà de Maurice
Les Émirats arabes unis ont renforcé la surveillance des organismes de bienfaisance et des dotations. Le Qatar a fait la même chose. L’Arabie Saoudite, la Malaisie et Singapour ont fait de même. Singapour, où les musulmans sont minoritaires comme à Maurice, encadre ses waqfs via le MUIS depuis 1968.
Un détail mérite d’être souligné : dans chacun de ces pays — qu’il s’agisse du MUIS à Singapour, des Conseils religieux islamiques d’État (MAIN) en Malaisie, ou de l’Awqaf aux Émirats — c’est une autorité officielle, instituée par la loi, qui exerce la surveillance des waqfs. Pas la communauté seule. Pas une autorégulation informelle. C’est précisément ce dont il est question ici.
Si les juridictions où les valeurs islamiques sont au cœur de la vie publique ont adopté une gouvernance plus forte, la question n’est plus de savoir si la gouvernance a sa place aux côtés du waqf. La meilleure conversation porte sur ce à quoi devrait ressembler une bonne gouvernance.
Un monde qui a changé
La criminalité financière ne se limite plus au blanchiment. Les pays doivent identifier et combattre le financement du terrorisme et celui de la prolifération — ce dernier rarement à la une, pourtant devenu l’une des priorités internationales à la croissance la plus rapide, parce que les institutions légitimes peuvent être exploitées par ceux qui agissent de mauvaise foi.
Aucun pays ne peut supposer que « cela ne pourrait jamais arriver ici ». Maurice ne le peut pas. Aucune institution ne devrait s’appuyer uniquement sur la noblesse de sa mission. Pas les banques. Pas les entreprises. Pas les organismes caritatifs. Pas les waqfs.
Gouvernance n’est pas contrôle
Soyons clairs : tout cadre affectant les institutions religieuses doit être proportionné, respecter l’autonomie religieuse, éviter la bureaucratie inutile, et être mis en œuvre avec équité et sensibilité. Ce sont des attentes légitimes. Elles méritent une discussion sérieuse.
Mais nous devrions faire attention à ne pas encadrer ce débat comme un choix entre la foi et la responsabilité. Ce n’en est pas un. La vraie question est de savoir comment nous protégeons l’une des institutions les plus chères de l’Islam dans un monde devenu plus interconnecté, plus complexe et, malheureusement, plus vulnérable aux abus.
La transparence ne diminue pas la foi. La responsabilité ne porte pas atteinte à la religion. Les deux renforcent la confiance.
Le plus grand héritage que nous puissions laisser aux générations futures n’est pas simplement les actifs détenus dans un waqf. C’est la confiance que ces actifs seront toujours gérés avec intégrité, transparence et le même sens des responsabilités qui a inspiré le don du donateur.
Parce que chaque waqf commence par la confiance. Notre responsabilité est de faire en sorte qu’elle ne s’arrête jamais là.
Shakeel Mohamed
Ministre du Logement et des Terres
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