Pour Abdallah Goolamallee, la montée des violences commises par des colons israéliens en Cisjordanie ne peut être interprétée comme une simple dérive sécuritaire ou comme une succession d’actes isolés. À ses yeux, ces violences s’inscrivent dans une dynamique beaucoup plus large, celle d’un projet d’expansion territoriale poursuivi depuis plusieurs décennies.
Interrogé sur la question de savoir si la pression exercée sur les Palestiniens vise progressivement à modifier la réalité démographique et politique sur le terrain, il répond sans ambiguïté. « Oui, effectivement. C’est plus qu’une logique d’expansion territoriale. Il est clair que c’est un agenda qui dure depuis des décennies et qui a pour objectif l’établissement du Grand Israël », affirme-t-il.
La « Pax Judaica »
Selon lui, le débat ne relève plus du discours théorique ou de la lecture marginale. Il estime que les événements observés aujourd’hui en Cisjordanie, mais aussi à Gaza, donnent corps à une réalité géopolitique désormais visible. « On n’est plus dans le discours complotiste, mais dans la réalité », soutient-il.
Abdallah Goolamallee inscrit cette analyse dans une lecture plus large des rapports de puissance internationaux. Il considère que le monde traverse une nouvelle phase, marquée par l’affaiblissement de l’ordre dominé par les États-Unis et l’émergence d’un nouvel équilibre régional et mondial. Il parle, dans ce contexte, de « Pax Judaica », qu’il présente comme une possible succession à la « Pax Americana ». Pour lui, de la même manière que la « Pax Britannica », dominée par l’Empire britannique, avait été remplacée après la Seconde Guerre mondiale par la « Pax Americana », l’ordre mondial actuel pourrait connaître une nouvelle mutation, avec un rôle de plus en plus central accordé à Israël.
Le « Grand Israël »
Cette lecture, dit-il, permet de mieux comprendre la situation sur le terrain palestinien. À ses yeux, la violence des colons, l’expansion des colonies, les déplacements forcés, la pression militaire et les restrictions imposées aux Palestiniens ne sont pas des phénomènes séparés. Ils participent, selon lui, à un même processus : affaiblir la présence palestinienne, fragmenter le territoire et imposer une nouvelle réalité politique.
Pour appuyer son propos, Abdallah Goolamallee rappelle également un épisode remontant à 1990. Cette année-là, lors d’un discours devant le Conseil de sécurité des Nations unies, exceptionnellement réuni à Genève, Yasser Arafat avait évoqué la question du « Grand Israël ». Le dirigeant palestinien affirmait alors que l’avers d’une pièce israélienne de dix agorot représentait, selon lui, une carte symbolisant les objectifs expansionnistes du sionisme.
Pour Abdallah Goolamallee, cette référence historique trouve aujourd’hui un écho dans la réalité du terrain. Il estime que les développements en Cisjordanie et à Gaza illustrent une volonté d’expansion progressive, menée en violation du droit international.
« Nous témoignons chaque jour du plan expansionniste d’Israël en Palestine, surtout à Gaza et en Cisjordanie, en violation du droit international », affirme-t-il.
Un instrument de pression
Dans cette perspective, les violences de colons prennent une dimension hautement politique. Elles ne seraient pas seulement des actes de brutalité contre des civils palestiniens, mais un instrument de pression destiné à provoquer la peur, à accélérer le départ de certaines populations et à modifier durablement la carte de la Palestine occupée.
Pour Abdallah Goolamallee, l’enjeu dépasse donc la seule question sécuritaire. Il touche à la démographie, au contrôle de la terre, à la souveraineté palestinienne et à l’avenir même d’une solution politique. La Cisjordanie, selon lui, est aujourd’hui au cœur d’une bataille territoriale où chaque colonie, chaque route, chaque déplacement forcé et chaque acte de violence contribue à transformer les faits accomplis en réalité permanente.
Les sanctions des pays occidentaux face aux colons
Les dernières mesures (gel des avoirs, interdiction de territoire…) varient d’un pays à l’autre. Londres a annoncé des sanctions contre « six entités et une personne impliquées dans le financement, la facilitation et la perpétration de violences de colons en Cisjordanie occupée ».
Le gouvernement irlandais a présenté cette semaine une législation interdisant le commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie, une première pour un État membre de l’Union européenne.
Les sanctions canadiennes visent « deux personnes et cinq entités », tandis que la France sanctionne « quatre responsables d’organisations de colons et 21 colons violents », sans préciser lesquels.
Paris a aussi décidé d’interdire son territoire au ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, après une mesure similaire prise fin mai contre le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, autre figure de l’extrême droite.
De son côté, la Norvège a décidé de s’aligner sur les sanctions adoptées fin mai par l’UE contre trois personnes et quatre entités en raison « d’abus sérieux et systématiques » en Cisjordanie.
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