Monday , 1 June 2026

Dérives autour du Qurbani : Zayd Imamane met en garde contre une réglementation stricte

Lors de son sermon de l’Eid-ul-Adha à Vallée-Pitot, Zayd Imamane a lancé un avertissement clair : les dérives entourant le Qurbani — tapage nocturne, motos bruyantes, camions transformés en cortège, débarquement des bœufs filmé comme un spectacle — risquent de coûter cher à toute la communauté. Selon lui, si ces pratiques perdurent, les autorités pourraient être amenées à durcir les règles. Et ce jour-là, prévient-il, il ne faudra pas crier trop vite au « Muslim bashing ».

Le sermon de l’Eid-ul-Adha à Vallée-Pitot a pris une tournure de mise en garde, jeudi matin, sur le terrain de l’école Surtee Soonee. Zayd Imamane n’a pas seulement dénoncé certaines mauvaises pratiques qui entourent le Qurbani. Il a surtout attiré l’attention sur leurs conséquences possibles : à force d’abus, de tapage et de comportements irresponsables, la communauté pourrait s’exposer elle-même à de nouvelles restrictions.

Pour l’Amir de la mosquée Al Waadi, le danger est réel. Lorsqu’une pratique religieuse est accompagnée de désordre, de nuisance et de mise en scène inutile, elle finit par attirer le regard des autorités. Et lorsque les autorités interviennent, les règles deviennent souvent plus strictes pour tout le monde, y compris pour ceux qui respectent déjà le cadre.

« Attention que ce soit notre tour l’année prochaine »

Zayd Imamane a rappelé que d’autres communautés ont déjà vu certaines de leurs pratiques encadrées par des règlements, notamment concernant la dimension des structures religieuses lors d’une fête. Il y voit un signal à ne pas prendre à la légère. « Attention que ce soit notre tour l’année prochaine », a-t-il prévenu.

Son avertissement est direct : selon ses renseignements, si les abus continuent, les autorités pourraient demain imposer de nouvelles conditions autour du Qurbani. Il évoque, par exemple, la possibilité que certains camions soient déclarés inaptes au transport des bœufs, que des livraisons après 22 heures soient interdites, ou que d’autres règles viennent encadrer plus sévèrement l’organisation.

Le message est simple : lorsque la discipline ne vient pas de l’intérieur, elle peut être imposée de l’extérieur.

Le tapage nocturne dans le viseur

L’un des points les plus sensibles concerne la pollution sonore. Zayd Imamane a particulièrement visé certains motocyclistes qui, pendant cette période, klaxonnent de manière excessive ou circulent avec des pots d’échappement modifiés.

Pour lui, ces comportements ne sont pas de simples débordements festifs. Ils dérangent les habitants, les personnes âgées, les malades, les enfants et tous ceux qui subissent ce vacarme, parfois en pleine nuit.

« Sa lanné-la, pa koner si zot finn revolté avek sa kalite tapaz-la », a-t-il lancé, en évoquant l’exaspération que ces pratiques peuvent provoquer.

Il a insisté sur l’heure à laquelle ces nuisances se produisent : « Imazinn ou, 2h dimatin tapaze. Zot pa mazinn bann vye dimoun ? »

Pour l’imam, cette absence de considération est contraire à l’esprit de l’Islam. Il rappelle ainsi cette parole du Prophète Muhammad (SAW) : « Ils ne sont pas parmi nous ceux qui n’ont pas pitié pour les personnes âgées. »

Puis il a posé une série de questions qui sonnent comme un reproche  : « Combien de gens incommodent-ils ?

Où sont leurs parents ? Ces jeunes n’ont-ils pas de conscience ? »

Quand quelques-uns exposent toute une communauté

Le fond de son message est là : les excès de quelques-uns peuvent finir par retomber sur tous. Ceux qui font du bruit, ceux qui transforment les camions en parade, ceux qui filment les bœufs pour les réseaux sociaux, ceux qui confondent fête religieuse et démonstration de rue ne mesurent pas toujours l’impact de leurs actes.

Mais ces images circulent. Ces bruits dérangent. Ces scènes marquent les esprits. Et, à la fin, c’est toute la communauté musulmane qui risque d’être jugée à travers ces comportements.

Zayd Imamane refuse donc que l’Eid-ul-Adha soit associé au désordre. Selon lui, la fête du sacrifice ne doit pas devenir une fête du vacarme, de l’exhibition ou de la provocation.

Le transport des bestiaux

L’imam s’est également arrêté sur le transport des animaux. Il a critiqué ces scènes où des camions transportant des bœufs deviennent presque des cortèges, avec plusieurs personnes à bord, dans une ambiance parfois bruyante.

« Met enn paké dimounn lor kamion bef… pou montrer kwa ? » a-t-il demandé.

Derrière cette phrase, il y a une critique de la mise en scène. Pour Zayd Imamane, le Qurbani est un acte religieux, pas un spectacle. Le transport d’un animal destiné au sacrifice devrait se faire avec sérieux, pudeur et respect. Pas dans une logique de démonstration publique.

Il a aussi dénoncé le débarquement des bœufs transformé en événement filmé. Certains, dit-il, font des Lives sur TikTok. Pour l’imam, cela est « très grave ».

« Quelle image de l’Islam projettent-ils ? Ale get komenterr lor video apré », a-t-il lancé.

« Pa vinn krier Muslim bashing »

Pour renforcer son avertissement, Zayd Imamane a cité le verset 53 de la sourate 8. Il a rappelé qu’Allah peut retirer à un peuple les faveurs dont il bénéficie lorsque ces faveurs sont mal utilisées.

Dans ce contexte, son message est limpide : la liberté de pratiquer le Qurbani dans de bonnes conditions est une faveur. Mais aucune faveur ne doit être traitée avec négligence.

Le passage le plus fort du sermon concerne sans doute la réaction que pourrait avoir la communauté si des restrictions venaient à être imposées.

Zayd Imamane a été très clair : si les autorités interviennent à cause des abus, il ne faudra pas immédiatement crier au « Muslim bashing ».

« Si sa vini, pas vinn krier Muslim bashing », a-t-il averti.

Pour lui, l’Islam ne demande ni tapage nocturne, ni arrogance, ni désordre, ni exhibition. « Dan deen Islam, pa finn dir fer sa kalite tapaz-la », a-t-il rappelé.

Il a même prévenu que les imams ne se mobiliseront pas pour défendre des pratiques qui n’ont rien d’islamique.

Le respect de l’animal oublié

Zayd Imamane a aussi rappelé que l’animal destiné au Qurbani ne doit jamais être humilié, stressé ou traité comme un objet de divertissement. Le sacrifice est un acte d’adoration, pas une scène à filmer pour attirer des vues.

Il a formulé un avertissement spirituel fort : « Ne se rendent-ils pas compte que le Jour du Jugement dernier, ces animaux viendront témoigner contre eux ? » Cette phrase donne une autre dimension au débat. Il ne s’agit pas seulement de l’image de la communauté ou du risque de restrictions. Il s’agit aussi de responsabilité devant Allah. Le croyant ne peut pas célébrer une fête religieuse en oubliant la compassion, la retenue et le respect dus à une créature d’Allah.

Un appel à l’autodiscipline

Au fond, Zayd Imamane appelle la communauté à se corriger elle-même avant que d’autres ne le fassent à sa place. Son message n’est pas seulement une critique. C’est un appel à l’autodiscipline, à la responsabilité et à la lucidité.

L’Eid-ul-Adha, rappelle-t-il en substance, doit rester une fête de sacrifice, de piété, de respect et de dignité. Elle ne doit pas être abîmée par des comportements qui donnent des arguments à ceux qui voudraient davantage l’encadrer.

Son avertissement tient en une idée : si la communauté veut préserver ses acquis, elle doit aussi préserver l’image, l’esprit et la dignité de ses pratiques. Car les restrictions ne naissent pas toujours d’une hostilité extérieure. Elles peuvent aussi naître des excès que l’on refuse de corriger à temps.

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