Monday , 4 May 2026

Hadj 2026, l’appel d’une vie : ils ont attendu, prié, économisé… et partent enfin

Ils s’appellent Mohammad Nadeemuddin, Mazhar, Salmabee, Yasmin et Abdool Khalid. Dans quelques jours, ils quitteront Maurice pour accomplir le Hadj, cinquième pilier de l’islam. Mais derrière ces départs vers La Mecque, il y a bien plus que des billets d’avion, des valises et des formalités. Il y a des années d’attente, des prières silencieuses, des sacrifices financiers, des deuils, des promesses familiales et cette conviction intime que le Hadj n’est jamais un simple voyage, mais une invitation divine.

Mohammad Nadeemuddin Khan Emambokus : Après dix ans d’attente, il répond aujourd’hui à l’appel sacré

À38 ans, Mohammad Nadeemuddin Khan Emambokus s’apprête à vivre l’un des moments les plus importants de sa vie. Habitant de Quatre-Bornes, travailleur indépendant, célibataire, il prendra l’avion le 10 mai pour accomplir, pour la première fois, le Hadj. Un départ qu’il attend depuis plus de dix ans. Un départ qu’il ne considère pas comme un simple voyage, mais comme une invitation venue d’En-Haut.

En effet, dans quelques jours, Nadeemuddin laissera derrière lui sa maison, son quotidien, ses habitudes et ses occupations professionnelles pour prendre la direction de La Mecque. Mais dans son esprit, ce départ a commencé depuis longtemps. Depuis plus d’une décennie, en réalité. Depuis le jour où il avait inscrit son nom à l’ICC pour accomplir le cinquième pilier de l’islam.

À l’époque, il était marié. Il avait fait les démarches avec son épouse, avec l’espoir de partir à deux pour ce voyage d’une vie. Mais les années ont passé. L’attente s’est prolongée. La vie, elle, a pris un autre chemin. Le couple s’est séparé. Pourtant, son désir d’accomplir le Hadj n’a jamais quitté son cœur.

« Mo krwar sa finn pran plis letan encore… kan mo ti inscrire, ti ena 11 an déza, mo ti lors 16000 dimounn. Kan mo aprann zot kapav laisse batch 20000 dimounn, monn fer demars auprès ICC », raconte-t-il avec émotion.

Cette démarche a fini par aboutir. Cette année, son tour est enfin arrivé. Et pour lui, ce n’est pas une coïncidence. C’est un signe. « C’est une bénédiction… mo krwar vraiment ki c’est une invitation divine », confie-t-il.

Un départ seul, mais le cœur rempli

Nadeemuddin partira seul. Mais il ne se sent pas abandonné. Au contraire. Il y voit une forme de destin. Habitué à voyager pour son activité professionnelle, il aborde ce déplacement avec calme. Il sait prendre l’avion seul. Il sait se débrouiller. Mais le Hadj n’est pas un voyage comme les autres.

« Mo habitué voyaz tou sel, surtou pou mo business. Si mo ti habitué voyaz en famille, peut-être sa ti pou plus difficile », dit-il.

Derrière cette phrase simple, il y a une forme de pudeur. Celle d’un homme qui a connu l’attente, les changements de vie, les déceptions peut-être, mais qui n’a jamais rompu le fil de son espérance. Son Hadj, il le vivra avec son histoire, ses blessures, ses prières et ses silences.

Avant ce grand départ, il avait déjà accompli l’Umrah en octobre 2025. Cette expérience l’a profondément marqué. Elle lui a donné un avant-goût de ce que représente la rencontre avec les lieux saints. « Sa voyage-la finn sanz mwa… li finn donn mwa encore plis envie ale Hadj », explique-t-il.

Depuis, il se prépare avec sérieux. Examens médicaux, vitamines, fortifiants, organisation des documents, préparation physique et mentale : rien n’est laissé au hasard. Car, il sait que le Hadj exige de l’endurance, de la discipline, de la patience, mais surtout une grande disposition du cœur.

« Allah finn invite mwa »

À quelques jours du départ, l’émotion est visible. Nadeemuddin parle peu, mais ses mots portent le poids de dix années d’attente. Il ne parle pas de tourisme. Il ne parle pas d’un simple déplacement. Il parle d’un appel.
« Mo extra content… Allah fine invite mwa. Mo krwar Li finn accepte mo dua », lâche-t-il.

Dans cette phrase, tout est dit. La joie. L’humilité. La reconnaissance. Et cette conviction profonde, partagée par tant de pèlerins, que personne ne part au Hadj par ses propres moyens seulement. On prépare les documents, on paie le voyage, on fait les démarches. Mais, au fond, le croyant estime qu’il ne part que lorsqu’il est appelé.

Après dix longues années d’attente, Mohammad Nadeemuddin Khan Emambokus s’apprête donc à répondre à cet appel. Seul en apparence. Mais accompagné par ses prières, par son parcours, par sa foi et par cette certitude intime : ce voyage changera sa vie.

Yasmin et Abdool Khalid Mirzane : Huit ans d’attente, des sacrifices et un appel enfin entendu

ÀPlaine-des-Papayes, Yasmin et Abdool Khalid Mirzane vivent ces jours-ci avec une émotion particulière. Après huit ans d’attente, de prières, d’économies et de sacrifices, le couple s’envolera le 6 mai pour accomplir le Hadj. Pour eux, ce voyage n’est pas seulement un départ vers La Mecque. C’est l’aboutissement d’un rêve familial, spirituel et profondément intime.

Dans la maison des Mirzane, les préparatifs ont pris une dimension presque solennelle. Les valises sont prêtes ou presque. Les proches passent. Les discussions tournent autour du voyage, des rites, des conseils pratiques et des prières. Mais derrière cette effervescence, il y a surtout une immense gratitude.

Yasmin, 49 ans, vendeuse, et son époux Abdool Khalid, 54 ans, employé au CEB, s’apprêtent à vivre l’un des moments les plus marquants de leur existence. Ce Hadj, ils l’ont attendu. Ils l’ont espéré. Ils l’ont préparé dans la patience.

Tout commence en 2018. Cette année-là, le couple accomplit l’Umrah en famille. Le voyage les marque profondément. À leur retour, une décision s’impose naturellement : ils s’inscrivent pour accomplir le Hadj.

« En 2018, nou ti ale Umrah en fami… ti enn gran moment. Et kouma nou’nn retourner, nou finn ale inskrir nou nom, mwa ek mo missier pou nou ale fer Hadj », confie Yasmin. Mais le chemin ne sera pas immédiat. Comme souvent, la vie impose son propre calendrier.

Mariages, responsabilités et patience

Les années passent. Les responsabilités familiales se multiplient. Leurs deux enfants, aujourd’hui âgés de 27 et 28 ans, se marient presque coup sur coup, durant la même période. Il faut organiser, soutenir, assumer, accompagner.

Le Hajj doit alors attendre. « Ban mariaz zenfan, ti enn gran responsabilite pou nou… nou pa ti kapav alle. Nou ti bizin reporte date la. Nou ti dir  : ‘Incha’Allah, nou pou reussi pli tar’. »

Ce « pli tar » est enfin arrivé. Pour Yasmin et Abdool Khalid, cette attente n’a pas été vide. Elle a été remplie de prières, d’efforts, d’économies et de confiance. Le couple a avancé doucement, sans perdre espoir.

Rs 600 000 pour deux, et beaucoup de sacrifices

Accomplir le Hadj représente aussi une lourde charge financière. Le couple ne le cache pas. Il a fallu économiser, se priver, organiser chaque dépense.

« Nou finn ekonomise boukou. Ena boukou sacrifice deryer sa voyaz la. Zordi zour, enn Hadj, li coute. Pou nou dé, li tourne autour de Rs 600 000. »

Mais derrière ce montant, il y a une histoire familiale. Les Mirzane n’ont pas marché seuls vers ce projet. Les frères, les enfants, les proches ont apporté leur soutien. Chacun, à sa manière, a contribué à rendre ce départ possible.

« Mo bann frere, la fami, ban zenfan, zot tou inn aide nou. Saken inn aporte so soutien. San zot, kit fwa nou pa ti pou ariv la. »

Dans cette aventure, il y a aussi une présence invisible mais très forte : celle de la belle-mère de Yasmin, aujourd’hui décédée. Elle priait pour que le couple puisse accomplir le Hadj.

« Mo belmer ti touzour fer dua pou nou. Li ti bien malad et li finn intekal depi 1 an. Mo ti dire li : fer ene seul dua pou mwa et mo missier nou reussi ale fer Hadj. Mo krwar so bann dua inn akompagne nou. »

Un silence suit ces mots. Puis Yasmin reprend, avec une phrase simple, mais chargée de foi : « Kan Allah invit ou… ou bizin zis reponn. »

Un couple face à l’appel sacré

Le 6 mai, Yasmin et Abdool Khalid quitteront Maurice pour La Mecque. Pour eux, ce départ a quelque chose d’irréel. Après tant d’années, le rêve devient concret. Les noms sont retenus. Les documents sont prêts. Le jour approche.

« Mo extra konten, vremen konten. Li difisil pou expliker. C’est comme si Allah inn choisir nou. »

Cette impression d’avoir été « choisis » revient souvent dans les paroles des futurs pèlerins. Car, le Hadj n’est jamais vécu comme un simple voyage que l’on achète. Il est vécu comme une invitation. Une grâce. Une réponse à des années de prières.

Pour les Mirzane, l’objectif est clair. Ils ne partent pas pour voir seulement. Ils partent pour accomplir un devoir religieux. Ils partent avec humilité, avec espoir, avec la volonté de faire les choses correctement.

« Nou ena enn seule dua : ki Allah aksepte nou Hadj. Ki nou kapav akomplir nou faraz korek dan bon fason. »

Après huit ans d’attente, le rêve de Yasmin et Abdool Khalid Mirzane prend enfin la forme d’un voyage. Mais pour eux, ce voyage est bien plus qu’un déplacement. C’est une rencontre. Une promesse tenue. Une page sacrée qui s’ouvre.

Mazhar Agowun et sa mère Salmabee : Après la mort du père, le fils accompagne sa mère au Hadj

Cela devait être le voyage d’un couple. Il sera finalement celui d’une mère et de son fils. À 32 ans, Mazhar Agowun s’apprête à accompagner sa mère, Salmabee, 62 ans, pour accomplir le Hadj. Un pèlerinage que son défunt père, Nizame Agowun, avait rêvé d’accomplir avec son épouse. La Covid-19 l’a emporté en 2021. Mais son rêve, lui, n’est pas mort.

À Plaine-des-Papayes, la maison familiale vit ces jours-ci au rythme des préparatifs, des visites, des conseils et des prières. Les valises se remplissent. Les documents sont vérifiés. Les proches passent saluer la famille. Mais derrière cette agitation douce des grands départs se cache une histoire profondément émouvante.

Car, ce Hadj n’était pas, au départ, celui de Mazhar. C’était celui de ses parents. Il y a environ neuf ans, Nizame Agowun avait inscrit son nom avec celui de son épouse, Salmabee. Comme beaucoup de couples musulmans, ils rêvaient de partir ensemble à La Mecque. Ils avaient porté ce projet dans le silence des années, avec patience et espoir.

Puis la pandémie est arrivée. En 2021, Nizame Agowun meurt de la Covid-19, à l’âge de 63 ans. Pour la famille, c’est un choc immense. Pour Salmabee, c’est aussi un rêve qui semble s’éloigner. « Mo papa ti bizin ale avec mo mama », confie Mazhar, la voix chargée d’émotion. Mais parfois, les promesses continuent de vivre autrement.

Le fils devient le mahram de sa mère

Lorsque Salmabee apprend que son nom figure parmi les personnes retenues pour le Hadj 2026, la nouvelle provoque une émotion immense. Mais elle soulève aussi une question douloureuse : comment partir sans celui avec qui elle avait rêvé ce voyage ?

C’est alors que Mazhar prend une décision naturelle, presque évidente. Il accompagnera sa mère. Il deviendra son mahram. Ce rôle qui devait être assumé par son père, il le prendra sur ses épaules.

Storekeeper de profession, Mazhar ne présente pas son choix comme un sacrifice. Il le vit comme une mission. Une responsabilité de fils. Une manière d’honorer son père. Une manière d’accompagner sa mère dans l’un des moments les plus sacrés de son existence.

« Par la grâce d’Allah, mo pou réussi réalise ene grand rêve ki mo mama ti ena… Si Allah fine decide pour prend mo papa, c’est aussi Li-même ki fine décide pou invite moi ek mo mama ensam pou ale accomplir Hadj sa l’année la, incha’Allah. »

Dans ses mots, il n’y a pas de révolte. Il n’y a pas de plainte. Il y a une acceptation, une foi profonde, et cette pudeur propre aux grandes douleurs familiales.

Un premier voyage pour tous les deux

Ce départ sera aussi une grande première. Ni Mazhar ni sa mère n’ont déjà pris l’avion. Ils n’ont jamais accompli l’Umrah aussi. Leur tout premier voyage à l’étranger sera donc un voyage vers La Mecque. « Zamé nou ti krwar nou premier voyage pou enn voyaz aussi gran », dit-il.

Les visas sont prêts. Les examens médicaux ont été effectués. Les démarches administratives sont complétées. Sur le plan pratique, tout est en ordre. Mais dans la maison, ce ne sont pas seulement les documents qui comptent. Ce sont les souvenirs. Les silences. Le nom du père absent. Les regards de la mère. Les visites des proches.

« Mo mama extra konten mé li ti ena enn rev ale avec mo papa. Malheureusement pa fine posib. Aster, mwa kom so garson, mo pe fer mo mama akomplir sa rev-la. »

Ces mots donnent à ce Hadj une dimension particulière. Mazhar ne part pas seulement comme pèlerin. Il part comme fils. Comme protecteur. Comme soutien. Comme héritier d’une promesse familiale.

Une maison entre absence et bénédiction

À Plaine-des-Papayes, chaque visite vient rappeler l’importance de ce moment. Voisins, amis, parents, proches : chacun apporte une parole, une recommandation, une bénédiction. La maison est remplie d’émotion.

Mazhar vit avec sa mère depuis toujours. Son frère aîné est marié et mène sa vie de son côté. Lui est resté auprès d’elle. « Mo res avek mo mama… mo veille lor li et li aussi veille lor mwa. »

Aujourd’hui, ce lien prend une autre dimension. Le fils qui veillait sur sa mère à la maison va désormais l’accompagner vers les lieux saints. Là où son père aurait voulu être. Là où la famille portait depuis des années une prière silencieuse.

« Zamé mo ti krwar sa pou arrive aussi vite… mé kan lokazion finn vini, mo pa finn hesite. »

Dans cette histoire, il y a plus qu’un départ pour le Hadj. Il y a une transmission. Un père qui avait rêvé. Une mère qui part enfin. Un fils qui prend le relais. Une promesse qui traverse le deuil.

Et une leçon simple, mais bouleversante : parfois, même après la perte, les rêves continuent leur chemin. Parfois, ce sont les enfants qui deviennent les gardiens des promesses de leurs parents.

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