Tuesday , 22 September 2026

Fayez Meshel Altemyat, ambassadeur d’Arabie saoudite : «J’ai été touché par la douceur du Ramadan mauricien»

Ramadan n’a pas de frontière. C’est, à la fois, une expérience spirituelle universelle et un fait social profondément ancré dans les réalités de chaque pays.

C’est précisément ce que souligne S.E. Fayez Meshel Altemyat, ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite à Maurice, en comparant, avec finesse, « l’essence spirituelle » du mois béni et ses multiples expressions culturelles. Pour lui, « Ramadan est un mois exceptionnel qui transcende la géographie ». Et si « son essence reste universelle », son vécu, lui, « reflète le caractère de chaque nation ». Autrement dit : la même foi, mais des paysages humains différents.

L’ambassadeur parle d’un double apprentissage. Celui de son propre pays, où Ramadan « est tissé dans le rythme national »  ; et celui de Maurice, où il découvre une observance plus intime, plus centrée sur les liens de proximité. « Ayant vécu Ramadan à la fois en Arabie saoudite et maintenant à Maurice, j’ai appris à apprécier à quel point la foi s’adapte magnifiquement à des paysages sociaux différents tout en préservant ses valeurs fondamentales », affirme-t-il, posant d’emblée le cadre : il ne s’agit pas d’opposer, mais de comprendre.

Deux atmosphères, une même ferveur

Ce qui frappe d’abord l’ambassadeur, c’est le contraste d’atmosphère. En Arabie saoudite, explique-t-il, Ramadan déborde dans l’espace public : « les horaires de travail changent, les villes s’éveillent la nuit et l’atmosphère se transforme collectivement ». L’expression est forte : « collectivement transformée ». Dans ce tableau, le mois béni devient une pulsation nationale, une réorganisation complète du quotidien.

À Maurice, le choc est d’une autre nature, presque à l’opposé, mais pas moins admirable : « ce qui m’a le plus frappé en observant Ramadan à Maurice, c’est la chaleur de son intimité ». Le mot « intimité » n’est pas anodin : il dit une pratique moins spectaculaire, mais plus proche, plus familiale, plus communautaire. Il ajoute : « j’ai été touché par le caractère profondément personnel et centré sur la communauté de l’observance ».

Et c’est là qu’il introduit un élément essentiel du contexte mauricien : la pluralité religieuse. Dans une société multi-confessionnelle, S.E. Fayez Meshel Altemyat dit avoir constaté « un respect et une compréhension remarquables envers ceux qui jeûnent ». Il insiste : « l’esprit de Ramadan ne prospère pas par l’ampleur, mais par la sincérité ». C’est une phrase-pivot, presque une maxime : à Maurice, selon lui, le mois sacré « vit » moins par le volume et plus par l’authenticité.

Une société entière en mouvement

Au-delà des impressions, le diplomate décrit deux mécaniques sociales. En Arabie saoudite, « Ramadan est une expérience nationale ». Il détaille une scène familière du Golfe : « les rues se remplissent après le coucher du soleil, les mosquées débordent, et des quartiers entiers résonnent d’une dévotion partagée ». Le Ramadan saoudien, dans son récit, est une vibration collective : la ville devient une grande communauté nocturne.

L’hospitalité est une valeur chérie dans les deux pays»

À Maurice, l’ambiance lui paraît « plus douce, mais tout aussi profonde ». Il note une ferveur musulmane bien présente — « la communauté musulmane célèbre avec dévotion » — mais replacée dans un cadre plus large, celui d’une harmonie civique : « la société dans son ensemble démontre harmonie et coexistence ». Il en tire une conclusion importante : « cela crée un Ramadan à la fois spirituellement centré et socialement inclusif ».

Puis il résume, en une formule limpide, la différence réelle : « ce qui change, ce n’est pas la foi, mais le contexte ». Et il précise : « en Arabie saoudite, le mois façonne les routines nationales ; à Maurice, il façonne les liens communautaires au sein d’une société magnifiquement diverse ». Ramadan comme régime national d’un côté ; Ramadan comme ciment communautaire dans une mosaïque sociale de l’autre.

Iftar, la chaleur des foyers

Le registre de l’iftar permet à l’ambassadeur de parler d’un langage commun aux deux pays : l’hospitalité. « L’hospitalité est une valeur chérie dans les deux pays », rappelle-t-il. Mais là encore, l’échelle diffère.

En Arabie saoudite, il décrit « des iftars de grande ampleur » : « des mosquées et des organisations caritatives servent quotidiennement des repas à des centaines, parfois des milliers de personnes ». Il donne des marqueurs sensoriels très parlants : « dattes, café arabe, soupes et plats traditionnels » — un imaginaire culinaire immédiatement reconnaissable, associé au geste collectif et à l’organisation communautaire massive.

À Maurice, l’iftar lui paraît « plus intime et davantage orienté vers la famille ». Il met en avant un trait identitaire mauricien : le mélange, la rencontre des influences. Il parle « d’un mélange culinaire unique influencé par la diversité culturelle » et note que « les saveurs reflètent la riche tapisserie culturelle de l’île ». Dans son regard, l’assiette devient un résumé du pays : multiculturel, métissé, enraciné.

Mais au cœur de tout, l’ambassadeur retrouve un même réflexe, presque instinctif : « ce qui m’est le plus familier, c’est la générosité — l’instinct d’inviter les autres à rompre le pain ensemble, de s’assurer que personne ne reste seul au coucher du soleil ». Cette phrase, très forte, dit l’esprit de Ramadan tel qu’il le voit : un mois où l’on veille à l’autre. Il souligne : « l’essence reste la même : gratitude, partage et compassion ».

Les nuits de Ramadan

Ramadan, c’est aussi la nuit, la prière, le temps étiré après l’iftar. S.E. Fayez Meshel Altemyat évoque « la tranquillité particulière des nuits de Ramadan » dans les deux pays. Mais là encore, la mise en scène change.
En Arabie saoudite, il peint un paysage sonore  : « le son des prières de Taraweeh résonne à travers les villes ».

Puis il place un repère spirituel majeur : « les Deux Saintes Mosquées, en particulier, incarnent une énergie spirituelle qui attire des millions ». Le Ramadan saoudien, dans son récit, porte une dimension de centralité religieuse unique, liée aux lieux saints.

À Maurice, il raconte une expérience plus silencieuse, plus proche : « j’ai vécu une dévotion sereine dans les mosquées locales ». Il reconnaît : « les congrégations peuvent être plus petites ». Mais immédiatement il ajoute l’essentiel : « la sincérité est profondément émouvante ».

Il insiste sur la qualité intérieure de la prière : « les prières nocturnes portent une proximité et une réflexion calme », rappelant « l’humilité universelle de l’adoration ».

Et il tranche, en une phrase simple : « le contraste est dans l’échelle, jamais dans la foi ».

Dans sa conclusion, S.E. Fayez Meshel Altemyat revient à l’idée de départ : la géographie ne définit pas la spiritualité. « Vivre Ramadan à Maurice m’a renforcé dans l’idée que l’essence de ce mois sacré n’est pas définie par la géographie », affirme-t-il. Il élargit l’image : « qu’on soit au cœur de la péninsule arabique ou sur une île de l’océan Indien, Ramadan nous appelle à la réflexion, la discipline, la générosité et l’unité ».

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