Depuis plusieurs mois, le gouvernement mauricien négocie avec le Qatar surtout pour trouver une solution à notre crise énergétique. Port-Louis souhaite un accord avec Doha dans l’approvisionnement du gaz naturel liquéfié. En contrepartie, Doha souhaite avoir le droit d’atterrissage pour Qatar Airways.
Ouvrir des négociations franches avec Doha n’a rien d’une formalité. Pendant deux décennies, les différents gouvernements mauriciens ont joué au chat et à la souris avec l’émirat : reports, conditions mouvantes autour du ciel mauricien ont installé une méfiance tenace. Dans les couloirs du pouvoir qatari, Maurice n’était plus perçue comme un partenaire fiable, mais comme un interlocuteur hésitant.
Or, face à une crise énergétique bien réelle — menaces de délestage, centrales vieillissantes, flambée des coûts du fuel lourd —, l’option qatarie apparaît aujourd’hui comme une bouée de sauvetage stratégique. Craignant que la voie diplomatique classique ne suffise pas, le gouvernement a dépêché discrètement des envoyés spéciaux disposant de contacts de haut niveau à Doha. Selon nos informations, ces émissaires sont rentrés à la mi-octobre avec des signaux positifs : le Qatar se dit prêt à aider Maurice.
Depuis, la diplomatie mauricienne a repris la main pour transformer ce dégel en partenariat concret. Les discussions portent sur l’importation de gaz naturel liquéfié (Liquefied Natural Gas – LNG), d’éventuels investissements qataris dans les infrastructures énergétiques et le droit d’atterrissage à Qatar Airways. Tout indique qu’une importante délégation mauricienne se rendra à Doha en novembre pour parapher plusieurs Memoranda of Understanding (MoU) susceptibles de redéfinir les rapports entre les deux pays.
L’équation stratégique : du gaz contre le ciel mauricien
Derrière les échanges feutrés et les formules diplomatiques, c’est un véritable troc géostratégique qui se profile : du gaz contre le ciel mauricien. Le Qatar, qui voit dans l’océan Indien un espace d’influence énergétique et aérien à conquérir, souhaite ancrer Qatar Airways dans la région. Pour Doha, un droit d’atterrissage à Plaisance ne serait pas un simple privilège commercial : ce serait un jalon symbolique de sa diplomatie économique, à l’image de ce qu’il a obtenu aux Maldives ou au Rwanda. En échange, Maurice bénéficierait d’un approvisionnement stable en LNG et d’un investissement direct dans ses infrastructures énergétiques, ouvrant la voie à la modernisation du réseau électrique national.
Ce possible partenariat illustre le changement d’époque. Longtemps, Maurice a privilégié les acteurs énergétiques traditionnels au détriment des puissances du Golfe. Mais aujourd’hui, la réalité impose une révision stratégique : les centrales thermiques sont à bout de souffle, les projets solaires tardent, et les pannes à répétition ont fragilisé la crédibilité du CEB. Le pays a besoin d’un allié capable de livrer rapidement du gaz, de financer un terminal de regazéification et de transférer son savoir-faire industriel. Sur ces trois volets, le Qatar coche toutes les cases.
Capacités et atouts du Qatar
Il faut rappeler ce que le Qatar possède comme atouts :
- Le Qatar est l’un des plus grands producteurs/exportateurs de LNG
- Il dispose d’une infrastructure de liquéfaction, de transport maritime de LNG, et d’un réseau de clients diversifiés à l’international.
- Il a déjà des accords de longue durée de fourniture de LNG avec divers pays.
- Cela lui donne une marge de manœuvre pour diversifier ses marchés ou accorder des clauses favorables (prix, volumes, financement) à un partenaire comme Maurice.
- Donc, en théorie, le Qatar pourrait jouer un rôle important dans la sécurisation d’un approvisionnement énergétique pour Maurice, au bénéfice du CEB.
Pour Maurice, les gains seraient considérables :
- Une réduction du coût de production électrique.
- Une baisse immédiate du risque de blackout.
- Une transition plus fluide vers les renouvelables.
- Et la création d’une infrastructure stratégique régionale dans l’océan Indien.
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