dimanche , 25 juillet 2021

Violence et crime : Covid-19, alcool et drogue parmi les principales causes

Il ne se passe pas de jour sans que ne soient rapportés des cas d’agressions physiques et de crimes crapuleux. Les législations plus sévères et les lourdes condamnations semblent peu dissuasives. Quels sont les facteurs qui entraînent la violence physique et quelles en sont les conséquences ? Éléments de réponse.

La fréquence des agressions physiques ces derniers temps provoquent un sentiment de frayeur parmi la population. Du meurtre commis par un homme et qui a enterré ses victimes dans un verger, en passant par les cas de violence presque au quotidien sur des personnes âgées, la situation est devenue alarmante. Qu’est-ce qui explique ce déchaînement de violence dans la société mauricienne ?

Deena Bhoyroo.

Selon le sociologue Pavi Ramhota, la criminalité est définitivement en hausse dans le pays. « En raison du taux de chômage élevé, la situation s’est aggravée. C’est un des effets dévastateurs de la Covid-19. Plus d’accent a été mis sur la crise sanitaire et moins sur la crise sociale. Il n’est donc pas étonnant que ces comportements antisociaux aient des répercussions négatives sur nos citoyens. En plus de cela, il y a aussi un jeu politique qui se met en place pour déstabiliser le système. Ce type de maux sociaux continuera d’augmenter de jour en jour. De nouvelles formes de vengeance surgiront et il y aura une tournure politique », nous dit le sociologue.

De son côté, l’avocate Deena Bhoyroo soutient qu’il faut plutôt se fier aux statistiques. « À première vue, oui le crime et la violence ont augmenté dans le pays. Il est vrai aussi que le nombre de ‘faits divers’, crimes, entre autres, sont en hausse. Il me semble aussi que les crimes deviennent de plus en plus atroces et se banalisent », avance-t-elle. Selon l’avocate, les crimes qui ont lieu même en plein jour démontrent que certains ne se soucient guère de la loi. « Les criminels n’ont aucun sentiment de responsabilité. Ils n’ont aucune crainte de la loi et ne pensent pas aux conséquences de leurs actes », ajoute-t-elle.

Facteurs contributeurs

Pavi Ramhota.

Pour le sociologue Pavi Ramhota, les facteurs qui contribuent à l’augmentation de la violence et du crime ont leurs racines dans les maux de notre société. « Tous ces crimes sont liés à la violence domestique, aux affaires de cœur, à l’argent, entre autres. C’est devenu une mode de tuer comme au cinéma. Les films, les jeux vidéo, les réseaux sociaux et d’autres formes de médias sociaux ont une forte influence sur les jeunes. De plus, la drogue continue de faire rapidement son chemin dans notre société et perturbe le tissu social de la société mauricienne. L’alcoolisme contribue également à la violence. Les Mauriciens pensent qu’ils ont pu contrôler la pandémie mais ils se suicident en fait en consommant de l’alcool et toutes sortes des drogues telles que les drogues synthétiques. C’est aussi le manque de compréhension et de respect de l’un envers l’autre qui gâche la relation qui ne peut être entretenue. Le meurtre semble donc pour certains le seul recours pour résoudre les problèmes », explique-t-il.

Me Deena Bhoyroo est aussi d’avis que certains maux sociaux sont les causes principales de la violence et du crime. « Les fléaux sociaux comme l’alcool et la drogue sont des facteurs contributeurs. Se sont ajoutées à cela les situations familiales troublantes, la précarité et la pauvreté ainsi que la délinquance. L’absence de débouchés économiques pour les jeunes et la frustration aussi sont des facteurs importants. Certaines personnes sont, elles, dans l’incapacité de gérer leurs émotions et de trouver d’autres solutions », avance-t-elle.

Contraintes financières

Les difficultés financières qui ont fait surface suite au confinement en raison de la Covid-19 ont-elles contribué à cette montée de violence? Oui et non, répondent nos intervenants. « En raison d’une recrudescence du chômage, les gens se retrouvent sans repère et comme un esprit vide est un ‘devil workshop’, toutes sortes de pensées traversent l’esprit telles que comment gagner facilement de l’argent pour satisfaire sa convoitise ou son désir. De nombreux hôtels et usines textiles ont fermé leurs portes et certaines femmes ont recours à d’autres moyens pour obtenir de l’argent. Encore une fois, les gens ont besoin d’argent pour survivre et les prix de tous les articles de consommation ont augmenté. Naturellement, ils auront recours au vol et à la prostitution », avance Pavi Ramhota.

Cependant pour l’avocate Deena Bhoyroo, il faut arrêter de tout mettre sur le dos de la pandémie. « C’est trop facile de faire porter le chapeau à la Covid-19 ! Il se peut que quelques crimes ont été commis à cause de la situation sans précédent causée par la Covid-19, mais je ne pense pas que c’est un des facteurs principaux de la hausse de la criminalité et de violence dans le pays. Je pense que c’est la mentalité, les valeurs et l’éducation des gens qui sont en nette détérioration. Il y a un grand travail à faire au niveau de la société et des institutions pour ramener de l’ordre et baisser le taux de criminalité », soutient-t-elle.

Conséquences dévastatrices

La violence et le crime, quelle que soit leur forme, ne sont pas sans conséquence pour la société dans son ensemble. Ajoutées à cela sont les situations familiales troublantes. « Les relations tendues entre les partis au pouvoir et les partis de l’opposition prennent beaucoup d’importance. Tous les ministres se préoccupent de ces problèmes et personne ne s’occupe de ce qui se passe dans leur ministère. En fait, il n’y a pas de projet de société. Alors comment voulez-vous que les problèmes auxquels nous sommes confrontés seront résolus? Tous les auteurs de délits criminels et d’actes de violence doivent comparaître devant les cours de justice qui ont des affaires en attente de jugement depuis longtemps. Il est vraiment très préoccupant que rien n’est entrepris par les associations religieuses, les ONG et les autres parties prenantes pour apporter la paix et l’harmonie dans le pays. Le multiculturalisme devient un mythe. L’avenir est très sombre et effrayant », déclare-t-il.

Pour Me Deena Bhoyroo, la violence et le crime ternissent l’image de notre pays et entraînent aussi diverses autres conséquences. « Il y a un sentiment général de peur et d’insécurité parmi les habitants du pays. Les agitations politiques dans le pays ne projettent pas une image rassurante à l’étranger. En outre, chacun sait que le maintien de l’ordre et la paix a un prix. Par exemple, augmenter le budget consacré à l’intervention policière, aux services juridiques et carcéraux, aux services de santé et aux suivis de ceux-ci. Finalement, ‘crime breeds crime’ et si rien n’est fait, le taux de criminalité ne fera qu’augmenter au point de devenir ingérable », dit-elle.

Inspecteur Shiva Coothen : «La ‘community policing’ aide à mieux combattre le crime»

Contrairement à ce qu’on peut le penser, le taux de criminalité est en baisse. C’est ce qu’affirme l’inspecteur Shiva Coothen de la Police Press Office. « En effet, le nombre total de crimes rapportés à la police en 2019 était de 4717 alors qu’en 2020, le nombre total de crimes rapportés est de 4471. Cela indique donc une baisse dans le taux de criminalité. Pour 2020, le couvre-feu sanitaire est un des facteurs qui explique cette baisse. Les mouvements étaient restreints et il y avait des contrôles rigoureux. Les malfrats n’ont pas eu le loisir d’opérer. Il y avait aussi beaucoup d’emphase sur la prévention contre le crime même après le confinement. La police a continué à effectuer des contrôles accrus à travers l’île », explique-t-il.

Il ajoute aussi que le commissaire de police a des objectifs très spécifiques en ce qu’il s’agit du contrôle de la criminalité dans le pays. « Les objectifs du commissaire sont énumérés dans l’Annual Police Plan de 2021. Parmi les objectifs sont la prévention contre la criminalité et aussi la ‘Community Policing’ qui encourage le dialogue entre la police et la communauté. La coopération entre ces deux parties aide à mieux combattre le crime et la violence », laisse-t-il entendre.

Sameeha Monaff, psychologue : «Les gens ont tendance à imiter et à modéliser ce qu’ils voient»

Sameeha Monaff, psychologue et chargée de cours en psychologie à la Middlesex University Mauritius, soutient qu’il y a divers facteurs psychologiques qui poussent les gens à commettre des actes de violence et des délits criminels. « Des traits de personnalité tels qu’un névrosisme élevé et une impulsivité élevée ont été associés à une violence accrue chez les personnes. De plus, les problèmes d’estime de soi, une faible intelligence émotionnelle et des expériences négatives dans l’enfance sont des facteurs qui peuvent également conduire les gens à adopter un comportement criminel. Certaines études suggèrent que les personnes souffrant de maladies psychiatriques telles que la schizophrénie, le trouble bipolaire et le trouble de la personnalité sont davantage sujettes aux actes de violence, » explique-t-elle.

Cependant, avance Sameeha Monaff, « la recherche montre également qu’une combinaison de facteurs biologiques, sociaux et psychologiques peut contribuer à un comportement agressif et criminel. L’abus de drogues et d’alcool est l’un de ces facteurs sociaux. Les drogues et l’alcool altèrent le jugement et réduisent les inhibitions des règles de comportement définies par la société, ce qui donne à une personne plus de courage pour commettre un crime. Les moyens de dissuasion tels que les longues peines de prison ont peu de sens lorsqu’une personne est ivre », laisse-t-elle entendre.

Selon la psychologue, ce qui pousse les gens à commettre des délits criminels même en plein jour s’explique par plusieurs facteurs tels que l’impulsion. « Le désir de contrôle, de vengeance ou de pouvoir peut conduire à des crimes violents tels que des meurtres, des agressions et des viols. Ces actes de violence se produisent généralement sur une impulsion ou sur l’impulsion du moment où les émotions sont vives. Il y a eu une désensibilisation aux actes de violence en raison d’une exposition répétée et prolongée à des médias de masse violents. Les gens ont tendance à imiter et à modéliser ce qu’ils voient dans les médias. En outre, les lois et sanctions liées à l’agression ne sont pas aussi strictes à Maurice, ce qui peut donc contribuer à la prévalence accrue de tels actes », dit-elle.

Les jeunes et la criminalité

Selon la psychologue, les jeunes sont principalement affectés par les effets psychologiques et émotionnels de la violence et du crime. « L’exposition des enfants et ses adolescents à la violence risque à long terme d’influer négativement sur leur comportement et leur santé mentale. Qu’ils soient victimes, témoins directs ou entendent parler du crime, les enfants exposés à la violence peuvent éprouver des problèmes de comportement et un trouble de stress post-traumatique. Les enfants exposés à la violence peuvent également montrer des signes accrus d’agression dès leur scolarisation. Plusieurs études de recherche montrent que les enfants exposés à plusieurs types de violence pendant de longues périodes sont plus susceptibles de souffrir d’anxiété, de dépression et de problèmes de comportement que ceux qui ne sont que modérément exposés à la violence », souligne-t-elle.

Les effets de l’exposition à la violence pendant l’enfance, explique-t-elle, peuvent être observés à l’âge adulte et peuvent entraîner un risque accru de consommation de substances, de comportements sexuels à risque et de comportements de conduite dangereux. « Les personnes exposées à la violence à tout âge sont plus susceptibles de s’engager dans la violence entre partenaires intimes et d’en subir. Les femmes exposées à la violence entre partenaires intimes ont un risque accru de problèmes de santé physique tels que des blessures et des troubles de santé mentale tels que les troubles de l’alimentation, la dépression et les idées suicidaires », affirme notre interlocutrice.

Enfin, la psychologue fait ressortir aussi que l’exposition au crime et à la violence a des effets graves à court et à long terme sur la santé de la communauté d’une personne. « Traiter l’exposition au crime et à la violence en tant que problème de santé publique peut aider à prévenir et à réduire le préjudice à la santé et au bien-être des individus et des communautés », déclare-t-elle.

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