mercredi , 20 novembre 2019
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Violence à la gare du nord : quand nos jeunes dérapent

Plusieurs vidéos de dérapage de collégiens ont circulé sur le net durant cette semaine. Ces actes de violence sans précédent ont choqué toute la population. Récemment, un collégien de 16 ans assenant plusieurs coups au visage d’un policier avec un casque intégral à la gare du Nord a fait la une des quotidiens. Cette scène est aussi vivement commentée sur les réseaux sociaux. Être récalcitrant, transgresser les règles et défier l’autorité.

La délinquance juvénile est un phénomène social en constante expansion ces dernières années. Plusieurs facteurs en sont responsables dans une société où l’autorité parentale est en déclin. Après les heures de classe, c’est le désarroi sur les gares qui sont bondées de dizaines de collégiens. Si certains s’empressent à rentrer chez eux, d’autres errent des heures sous les abris-bus. Qu’est-ce qui explique ces comportements désagréables chez les élèves ? Quelles sont leurs motivations ? Que faut-il faire pour résoudre à ce problème ? Eléments de réponses. Qu’attendent-ils ? éléments de réponse.

Irfan Mallam-Hassam : «Notre système éducatif est  responsable de la  délinquance juvénile»

Irfan Mallam-HassamIrfan Mallam-Hassam, classé 8ème cette année dans la filière économie, envisage de poursuivre ses études en droit. Il nous explique que le système éducatif à Maurice est une des raisons principales de délinquance juvénile. « Le gouvernement valorise trop l’éducation académique sans se soucier de ceux qui ne réussissent pas », dit-il. La frustration constante chez ces étudiants, poursuit-il, les incite à utiliser leur énergie de façon négative. Selon lui, ces derniers sont des « attention seekers» et peuvent aller jusqu’à causer des ennuis à tout le monde autour d’eux. Irfan propose que le gouvernement revoie le système éducatif en général  pour répondre aux besoins de tous les types d’apprenants. Il ajoute que si un enfant ne peut apprendre les mathématiques par exemple, il ne faut pas le juger sur sa faiblesse mais plutôt l’encourager dans les autres matières holistiques. D’autre part, il soutient que si un enfant a des problèmes familiaux, l’école doit prendre la responsabilité de bien l’encadrer car on ne peut se fier uniquement aux parents pour le guider sur la bonne voie. « Dans le cas contraire, l’enfant est plus enclin à adopter les mauvaises habitudes de ses parents, notamment si ces derniers sont accoutumés à la drogue ou s’adonnent à la prostitution », fait comprendre Irfan.

Pour lui, l’école demeure une institution suprême dans la vie d’un enfant. D’ailleurs, il conseille aux responsables des écoles de tenir des classes sur le civisme pour tous les groupes d’âge. « Ce sont les pédagogues, les psychologues d’expérience et autres experts qui devront diriger ces classes », dit-il.

La « peer pressure », pour lui, demeure un autre facteur de dérapage chez les étudiants. Irfan poursuit qu’il est difficile pour qu’un élève se comporte mal quand il est seul. C’est d’habitude en groupe qu’il trouve ses forces ou fait des bêtises dans le but d’impressionner ses amis. Il trouve inacceptable que des élèves frappent des policiers.

« Les policiers nous protègent et on ne peut se permettre de les frapper », soutient-il. Pour lui, c’est une bonne initiative que des policiers soient déployés sur les gares afin de décourager les élèves à « faire nique » après les heures de classe.

D’autre part, le jeune homme pense que certains politiciens donnent de mauvais exemples à travers leurs actions, voire même leur langage grossier au Parlement. Il estime qu’à maintes reprises, les médias ont évoqué des délits commis par des politiciens. « Comment le gouvernement compte-t-il instaurer la discipline dans le pays, si l’exemple ne vient pas d’en haut ? » se demande-t-il.

Syed Ammeer, officier à la Brigade de mineurs  : «Le retard des autobus est la cause principale de violence sur les gares»

Syed AmmeerLa principale cause de violence sur les gares selon Syed Ammeer, officier de la Brigade des mineurs, est le retard des autobus. « Le Stand Regulator devrait s’assurer que les autobus viennent à l’heure et que les policiers puissent  guider les élèves dans leurs bus respectifs, mais ce n’est pas le cas. Les élèves doivent attendre longtemps au quotidien. Cependant, il y a plus d’attroupements après les heures d’école et souvent les choses  dégénèrent », se désole-t-il.

Les policiers du poste de police de Trou-Fanfaron affirment qu’ils ont fait des requêtes à la NTA pour remédier à ce problème mais rien n’a été fait jusqu’ici. Quoique la situation se soit améliorée durant cette semaine avec le déploiement d’un plus grand nombre de policiers, l’officier Syed Ammeer craint néanmoins un autre incident si ce problème persiste. Il nous fait comprendre qu’en plus des élèves, d’autres jeunes se joignent également à la foule pour créer la pagaille à cause de leurs petits amis ou petites amies.

Frapper un policier est une offense très sérieuse au regard de la loi. Selon Syed Ammeer, un enfant risque des poursuites, voire des séances de réhabilitation au Criminal Youth Centre, s’il est trouvé coupable. « D’habitude si c’est une offense mineure, on emmène l’enfant au poste de police pour lui faire comprendre et le laisser partir sous avertissement avec ses parents », relate-t-il. Cependant cela ne signifie guère que les mineurs doivent manquer du respect envers la force policière. La présence policière sur les gares, précise-t-il, n’est pas pour effrayer les enfants mais pour assurer leur sécurité.

D’autre part, l’officier fait un appel aux parents de bien veiller sur leurs enfants à la maison pour qu’ils n’adoptent pas de mauvaises habitudes à cause de la pression de leurs pairs. Il estime que c’est la responsabilité des parents de vérifier les sacs de leurs enfants avant et après les heures de classe pour voir s’il y a des cigarettes, des choses illégales comme la drogue ou des armes. «Un laisser-aller de la part des parents pourra dans l’avenir, salir la moralité de leurs enfants si on ne se soucie pas de petits actes de délinquance », déclare-t-il. La vigilance des parents à la maison est primordiale.  Avoir la confiance en son enfant n’est pas une mauvaise chose selon Syed Ammeer, mais un excès de confiance pourrait nuire à l’ avenir de l’enfant.

Pour sensibiliser les élèves à l’école, la Brigade des mineurs organise chaque semaine des campagnes de sensibilisation sur la violence de la part des élèves. «Dans nos discours avec les enfants, on leur explique sur la Child Protection Act, la Juvenile Offender’s Act et la Dangerous Drugs Act pour leur faire comprendre sur les comportements qu’ils ne sont pas supposés avoir », dit-il. À la Brigade des mineurs, d’ailleurs, il œuvre sur la réhabilitation des enfants qu’il considère comme des « victimes de circonstance.»

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