Wednesday , 4 November 2026

Abdirahman A. Mohamud, de l’ICRA : «Maurice est un exemple réussi de coexistence religieuse»

En visite à Maurice, Abdirahman A. Mohamud, de l’Islam & Comparative Religion Academy (ICRA), plaide pour une coopération renforcée entre les institutions musulmanes et un dialogue interreligieux fondé sur la connaissance et le respect mutuel. Dans cet entretien à STAR, il évoque les activités de son organisation dans plus de vingt pays africains, les défis de la da’wah et les perspectives de collaboration avec les institutions mauriciennes.

Quel est l’objectif principal de votre visite à Maurice ?
Notre visite vise principalement à renforcer les relations avec les organisations musulmanes, les oulémas et les responsables communautaires mauriciens. Nous souhaitons également explorer les possibilités de collaboration dans les domaines de l’éducation islamique et de la da’wah. Nous espérons rencontrer les différents acteurs concernés, échanger nos expériences et examiner les moyens pratiques permettant de développer l’enseignement religieux et les activités de sensibilisation.

Cette visite représente aussi une occasion de mieux comprendre la communauté musulmane mauricienne, ses institutions, ses réalités et ses besoins. Notre démarche ne consiste pas uniquement à partager notre expérience, mais également à apprendre de celle des autres.

Votre organisation mène des activités dans plusieurs pays africains. Quels pays avez-vous visités et comment les populations accueillent-elles vos initiatives ?
À travers l’ICRA, nous sommes engagés dans des programmes d’éducation islamique, de da’wah et de formation dans plus de vingt pays africains, notamment au Kenya, en Zambie, au Zimbabwe, au Mozambique, au Congo, au Lesotho, en Namibie, au Botswana et en Afrique du Sud. Nos activités comprennent la formation des prédicateurs, la diffusion de littérature islamique et du Coran, ainsi que l’organisation de rencontres permettant de discuter ouvertement des questions religieuses. Nous accordons une importance particulière au dialogue respectueux avec les personnes d’autres confessions.

Les réactions sont encourageantes, notamment lorsque les participants peuvent poser librement leurs questions et découvrir l’islam au-delà des idées reçues. Notre ambition est de développer un réseau africain de da’wah mieux organisé et coordonné, capable de former des acteurs locaux qui pourront poursuivre durablement ce travail.

Quels sont les principaux défis auxquels les communautés musulmanes africaines sont confrontées aujourd’hui ?
L’un des défis majeurs demeure l’insuffisance d’un enseignement islamique structuré et le manque de prédicateurs convenablement formés, particulièrement dans les régions disposant de ressources limitées.
Nous devons également faire face à la désinformation concernant l’islam, aux barrières linguistiques et à la difficulté de mobiliser efficacement les jeunes générations. Un autre problème important réside dans le manque de coordination entre les organisations. Beaucoup travaillent indépendamment, parfois de manière isolée, alors qu’elles poursuivent des objectifs similaires.

Une coopération accrue, le partage des ressources et une meilleure formation pourraient considérablement renforcer notre efficacité collective.

La da’wah doit toujours reposer sur la connaissance, la sagesse et un comportement exemplaire. Notre objectif est de présenter clairement le message de l’islam, de répondre aux interrogations sincères et d’établir des relations constructives avec les personnes de toutes confessions.

Trop d’organisations musulmanes travaillent de manière isolée…»

Quelles sont vos premières impressions de la communauté musulmane mauricienne et de ses institutions religieuses ?
Ce qui m’a particulièrement impressionné jusqu’ici, c’est la diversité culturelle de Maurice, que l’on retrouve même dans sa gastronomie, ainsi que l’harmonie multiculturelle et la coexistence pacifique entre les différentes communautés. Cet environnement représente une occasion particulièrement intéressante de favoriser les échanges et une meilleure compréhension entre les communautés. Je suis venu à Maurice non seulement pour partager notre expérience, mais également pour découvrir l’histoire de sa communauté musulmane et le fonctionnement de ses institutions. Je m’intéresse particulièrement aux possibilités de renforcer l’enseignement islamique, de mieux préparer les jeunes par une formation religieuse solide et d’encourager les institutions à travailler ensemble pour développer la da’wah. Je suis convaincu qu’il existe un potentiel considérable de coopération mutuellement bénéfique.

Maurice est une société multireligieuse. Que pensez-vous de son modèle de coexistence et quelles leçons pourrait-il offrir aux autres pays ?
Maurice représente un exemple particulièrement réussi de coexistence entre différentes communautés religieuses au sein d’une identité nationale commune.

Du point de vue de la da’wah et du dialogue interreligieux, cette coexistence peut être davantage renforcée lorsque les personnes cherchent véritablement à comprendre les croyances des autres, plutôt que de se fier aux stéréotypes et aux préjugés. Toutefois, la coexistence ne signifie pas que nous devons renoncer à nos convictions religieuses. Nous pouvons demeurer profondément attachés à notre foi tout en traitant les autres avec dignité, justice et respect.

L’islam nous enseigne à inviter les autres vers la voie de notre Seigneur avec sagesse et par une belle exhortation.

Je considère que Maurice peut offrir de précieuses leçons à d’autres sociétés sur la manière de développer la compréhension mutuelle entre les personnes de religions et de cultures différentes.

Pouvez-vous nous présenter l’ICRA, ses principales activités et sa méthode d’enseignement de la religion comparée ?
L’Islam & Comparative Religion Academy (ICRA) promeut l’éducation islamique et la da’wah par la recherche, la formation et l’étude comparative des religions. Spécialisée dans l’analyse critique du Coran, de la Bible et des traditions théologiques juives et chrétiennes, elle associe étude des textes, contexte historique et argumentation raisonnée.

Présente dans plus de vingt pays, l’ICRA forme des prédicateurs, propose des programmes éducatifs, encourage le dialogue interreligieux et distribue des ouvrages. Avec The Guardian Dawah Institute et l’IPCI, elle développe un réseau international, notamment en Afrique, pour mutualiser connaissances, ressources et compétences.

Son ambition : former des ambassadeurs de l’islam capables d’expliquer leur foi et de répondre aux questions avec clarté, sagesse et intégrité.

Notre ambition est de former des ambassadeurs de l’islam compétents, responsables et capables de transmettre son message avec clarté, sagesse et intégrité.

Envisagez-vous une collaboration durable avec les institutions islamiques mauriciennes, notamment dans la formation et le dialogue interreligieux ?
En effet, nous souhaitons nouer des relations durables avec les institutions islamiques mauriciennes à travers des formations à la da’wah, des conférences, des ateliers et des projets éducatifs, notamment pour les jeunes.

Notre priorité est de réunir les oulémas, les responsables communautaires et les organisations de da’wah afin d’identifier les besoins de la communauté et d’y répondre ensemble. Nous espérons bâtir un partenariat à long terme, fondé sur l’apprentissage mutuel et le partage des ressources, au bénéfice de tous, in shaa Allah.

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