Wednesday , 4 November 2026

Sahara occidental : le Maroc avance, les Sahraouis attendent

Rabat consolide ses soutiens à son projet d’autonomie. Mais derrière les succès diplomatiques, une question demeure : comment les Sahraouis pourront-ils décider de leur avenir ? Décryptage d’un conflit qui dure depuis un demi-siècle.

Dans les camps proches de Tindouf, dans le sud-ouest algérien, des familles sahraouies dépendent toujours de l’aide humanitaire pour se nourrir. Des enfants y sont devenus parents sans connaître de règlement au conflit qui a poussé leurs proches à l’exil. À des milliers de kilomètres, dans les capitales et les enceintes internationales, leur avenir continue de se négocier.

Sur ce terrain diplomatique, le Maroc marque des points. Plusieurs pays africains et du Golfe ont récemment réaffirmé leur soutien au projet d’autonomie défendu par Rabat. Ces déclarations renforcent sa position mais elles ne signifient cependant pas que tous ces États viennent de changer de camp ou que le conflit est réglé.

Une décolonisation restée inachevée

Le Sahara occidental est un vaste territoire désertique bordant l’Atlantique, au sud du Maroc. Ancienne colonie espagnole, il est resté disputé après le départ de l’Espagne en 1975. Le Maroc, qui en contrôle aujourd’hui la majeure partie, le considère comme une composante de son territoire. Le Front Polisario (mouvement politico-militaire indépendantiste du Sahara occidental) revendique, lui, un État indépendant. L’ONU continue de le traiter comme un territoire non autonome.

Un cessez-le-feu conclu en 1991 devait ouvrir la voie à un référendum d’autodétermination. Celui-ci n’a jamais eu lieu, notamment en raison des désaccords sur les personnes autorisées à voter. En 2020, la rupture de la trêve a rappelé que ce conflit, souvent oublié, n’avait pas disparu.

Présenter l’affaire comme une simple querelle entre le Maroc et l’Algérie laisse donc de côté les premiers concernés. Alger soutient le Polisario et accueille les camps de réfugiés ; elle ne revendique pas le Sahara occidental pour elle-même. La rivalité entre les deux voisins pèse néanmoins lourdement sur toute perspective d’accord.

L’autonomie, mais sous quelle souveraineté ?

Présentée en 2007, la proposition marocaine prévoit des institutions locales disposant de compétences administratives, politiques et économiques. Rabat conserverait notamment la défense et les affaires étrangères. Autrement dit, les habitants géreraient une partie de leurs affaires, mais le territoire resterait sous souveraineté marocaine.

De son côté, le Polisario réclame un choix comprenant l’indépendance. Le désaccord porte donc sur l’essentiel : l’autonomie serait-elle une solution librement acceptée ou un cadre imposé avant même que les Sahraouis puissent se prononcer ?

Pourquoi Rabat gagne du terrain

Le Maroc présente son projet comme une issue praticable après des décennies de blocage. Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont, selon des formulations différentes, renforcé leur appui à sa position, ce qui donne davantage de poids à Rabat dans les négociations.

Et la diplomatie s’accompagne aussi d’une stratégie économique : ports, infrastructures et accès aux marchés africains rapprochent le royaume de nouveaux partenaires. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont ainsi soutenu son initiative visant à faciliter leur accès à l’Atlantique. Ces liens créent des intérêts communs, sans permettre de réduire chaque soutien diplomatique à une contrepartie commerciale. reuters.com

Le dernier mot reste à trouver

L’évolution est aussi visible à l’ONU. La résolution 2797, adoptée en octobre 2025, place la proposition marocaine au cœur des discussions et envisage une véritable autonomie comme une issue possible. Mais elle maintient l’objectif d’une solution mutuellement acceptable permettant l’autodétermination du peuple sahraoui. Elle ne règle donc pas, à elle seule, le statut définitif du territoire.

Pour les familles de Tindouf, ces nuances diplomatiques ont des conséquences très concrètes : pouvoir travailler, circuler, retrouver des proches et construire un avenir au-delà des distributions alimentaires. Un reportage du Programme alimentaire mondial publié en septembre décrit encore des ménages organisant leur quotidien autour de ressources limitées et de l’entraide.

Un désert qui suscite des convoitises

Le Sahara occidental ne se résume pas à une étendue de sable. Son littoral, ses ressources halieutiques, les phosphates de Boucraa et les possibilités offertes par les énergies renouvelables lui donnent une importance économique.

Ces activités expliquent aussi pourquoi le débat dépasse les chancelleries : entreprises, investisseurs et partenaires commerciaux ont des intérêts dans l’avenir du territoire.

Le groupe marocain OCP, dont la filiale Phosboucraa exploite les sites de Boucraa et de Laâyoune, affirme réinvestir les bénéfices de cette activité dans les régions concernées. Pour Rabat, le développement économique accompagne son projet politique. Mais construire des infrastructures et créer des emplois ne tranche pas la question de la souveraineté. Une interrogation demeure : qui décide de l’exploitation des ressources, et au nom de quelle population ?

Pourquoi le référendum n’a-t-il jamais eu lieu ?

La promesse semblait simple : permettre aux Sahraouis de choisir leur avenir. Sa mise en œuvre s’est heurtée à une question décisive : qui pourrait voter ?

Le recensement réalisé par l’Espagne en 1974 constituait un point de départ, mais les déplacements de population, les liens familiaux et les appartenances tribales ont alimenté les désaccords sur les personnes à inscrire.

L’ONU a engagé un long travail d’identification des électeurs, suivi de procédures de recours. Derrière ces discussions apparemment techniques se jouait déjà l’issue possible du scrutin. Le blocage est ensuite devenu plus profond : le Maroc rejette un référendum comprenant l’indépendance, tandis que le Polisario refuse que cette option soit écartée.

Ce n’est donc plus seulement l’organisation du vote qui divise, mais le choix qui serait proposé.

À Tindouf, l’attente a un coût quotidien

Dans les camps proches de Tindouf, le conflit se mesure aussi en rations alimentaires, en possibilités d’emploi et en perspectives pour les enfants. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés décrit une crise prolongée depuis plus de cinquante ans, marquée par des problèmes persistants de nutrition et des besoins humanitaires importants.

Le Programme alimentaire mondial apporte une assistance aux réfugiés sahraouis depuis 1986. En février 2026, il avertissait encore que les difficultés de financement menaçaient cette aide. Pour les familles, l’absence de règlement signifie une dépendance qui se prolonge, dans un environnement désertique où gagner sa vie reste difficile.

Connaître les acteurs de ce conflit

Le Maroc

Il contrôle la majeure partie du Sahara occidental et le considère comme une composante de son territoire. Il propose une autonomie sous souveraineté marocaine et exclut l’indépendance.

Le Front Polisario

Mouvement indépendantiste sahraoui, il revendique un référendum comprenant l’option de l’indépendance. Il a proclamé la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et administre les camps de réfugiés proches de Tindouf.

L’Algérie

Principal soutien politique, diplomatique et matériel du Polisario, elle accueille les camps de réfugiés sahraouis. Elle défend l’autodétermination et ne revendique pas le territoire pour elle-même.

L’ONU

Elle cherche une solution politique par la médiation de son envoyé personnel et à travers le Conseil de sécurité. Sa mission sur place, la Minurso, avait été créée pour préparer le référendum.

La Mauritanie

Initialement engagée dans le conflit, elle a renoncé à ses revendications territoriales en 1979. Voisine du Sahara occidental, elle reste concernée par la sécurité et les échanges régionaux.

Le saviez-vous ?

  • Un mur de sable de 2 700 kilomètres

Un immense dispositif de remparts de sable, appelé berm, a été construit par le Maroc pendant le conflit. Long d’environ 2 700 kilomètres, il sépare les zones sous contrôle marocain de celles tenues par le Polisario. Les mines présentes à ses abords constituent un danger durable.

  • Un conflit étendu aux…supermarchés

La question du Sahara occidental se retrouve jusque sur les étiquettes des fruits et légumes vendus en Europe. Le 4 octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que les melons et les tomates récoltés dans ce territoire devaient porter la mention « Sahara occidental », et non « Maroc », comme origine.

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