Thursday , 5 November 2026

Dr Rameez Hussain, chirurgien vitréorétinien : «L’optogénétique, une lueur d’espoir contre la cécité»

Utiliser la lumière pour redonner une perception visuelle à des personnes devenues aveugles : cette perspective prend forme grâce à l’optogénétique. Le Dr Rameez Hussain, chirurgien vitréorétinien chez C-Care, explique les promesses et les limites de cette technologie

Pour les personnes atteintes de certaines maladies dégénératives de la rétine, perdre la vue signifie aussi perdre une part de leur autonomie. L’optogénétique ouvre aujourd’hui une piste pour retrouver certaines perceptions visuelles. « En tant que chirurgien ophtalmologiste, j’ai reçu d’innombrables patients confrontés à la réalité dévastatrice d’une cécité irréversible », souligne le Dr Rameez Hussain.

Le prix Nobel de physiologie ou médecine 2026, attribué à Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel, a placé cette technologie sous les projecteurs. Leurs travaux ont permis de développer une méthode qui utilise la lumière pour contrôler l’activité de cellules nerveuses. Une découverte majeure pour comprendre le cerveau, dont les applications pourraient également bénéficier à certains patients ayant perdu la vue.

Informations visuelles

Tout commence avec de minuscules algues vertes capables de réagir à la lumière. Les chercheurs y ont étudié des protéines particulières, les channelrhodopsines, qui fonctionnent comme de petites portes : sous l’effet de la lumière, elles s’ouvrent et modifient l’activité de la cellule. En introduisant les instructions génétiques de ces protéines dans des cellules nerveuses, les scientifiques ont appris à rendre celles-ci sensibles à la lumière.

Dans le cas de la rétinite pigmentaire, les photorécepteurs, ces cellules de la rétine chargées de capter la lumière, disparaissent progressivement. D’autres cellules peuvent toutefois survivre. L’objectif consiste alors à rendre ces cellules restantes photosensibles pour qu’elles participent à nouveau à la transmission d’informations visuelles.
Concrètement, un virus modifié sert de vecteur pour apporter dans l’œil le gène d’une protéine sensible à la lumière. Des lunettes spéciales captent ensuite la scène devant le patient et la transforment en stimulations lumineuses adaptées aux cellules ainsi modifiées.

Les premiers résultats sont encourageants. Une étude publiée en octobre 2026 dans le New England Journal of Medicine, portant sur dix personnes atteintes de rétinite pigmentaire avancée, rapporte une amélioration de la sensibilité lumineuse chez sept participants, dont six avec un gain jugé cliniquement significatif. Certains ont pu détecter des objets ou mieux les localiser. Ces résultats concernent toutefois un petit groupe de patients.

Recherches supplémentaires

Pour le Dr Hussain, l’un des principaux atouts de cette approche est qu’elle ne dépend pas d’une seule mutation génétique. « La rétinite pigmentaire pouvant être liée à de nombreux gènes, cette piste pourrait élargir les possibilités de traitement, à condition que les cellules ciblées soient encore vivantes  », dit-il.

Le spécialiste insiste néanmoins sur les limites actuelles. « Nous devons être honnêtes : l’optogénétique n’est pas encore un traitement qui restitue une vision parfaite mais c’est une lueur d’espoir », souligne-t-il. La perception retrouvée reste limitée et nécessite souvent des lunettes particulières. « Des recherches supplémentaires doivent améliorer sa précision et son accessibilité. »

L’espoir demeure réel, mais mesuré. « Pour les personnes vivant avec une cécité rétinienne irréversible, l’optogénétique n’est plus seulement un outil de laboratoire », avance le médecin. Elle pourrait devenir un moyen de renouer, même partiellement, avec le monde visuel.

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