Tuesday , 9 June 2026
Abdool Reza Deedar et Faizal Dowlut
Abdool Reza Deedar et Faizal Dowlut

Dans l’ombre des yeux, la lumière de la foi

À Caroline, Bel-Air-Rivière-Sèche, et à Sébastopol, deux hommes vivent avec une vision très limitée depuis l’enfance. Abdool Reza Deedar, devenu totalement aveugle à 45 ans, et Faizal Dowlut, qui ne voit que 10 % du monde qui l’entoure, partagent pourtant la même force intérieure : une foi profonde et une détermination à mener une vie digne et autonome. Entre travail, prière, Ramadan et défis du quotidien, leurs parcours témoignent d’un courage silencieux et d’une confiance inébranlable en Allah. Récit.

Abdool Reza Deedar : « Mo fer tou mo zafer par lord Allah »

ÀCaroline, un petit village de Bel-Air-Rivière-Sèche, Abdool Reza Deedar mène une vie qui inspire le respect. À 50 ans, cet homme à la voix posée a appris à transformer l’épreuve en force. Né malvoyant, il a perdu totalement la vue à l’âge de 45 ans. Pourtant, loin de se laisser abattre, il continue chaque jour à vivre de manière autonome, guidé par sa foi et une détermination remarquable.

« Allah donn mwa kouraz pou avanse », confie-t-il avec simplicité. Pour lui, la foi n’est pas seulement une croyance. C’est une véritable boussole qui éclaire son chemin.

La prière occupe une place centrale dans sa vie. Cinq fois par jour, il prend le temps de se recueillir. « Zamé mo pa rat mo namaz, sa li bien importan pou mwa sa », explique-t-il. Pendant le mois béni de Ramadan, cette discipline spirituelle prend encore plus de sens. Abdool Reza prépare lui-même son sehri et observe le roza avec une grande dévotion.

« Ramzan li enn mois beni ki amen boukou bienfai ek la paix interier », dit-il. Même sans la vue, il ressent profondément la spiritualité de cette période.

Etonnante autonomie

La vie quotidienne d’Abdool Reza pourrait sembler difficile pour beaucoup. Pourtant, il s’organise avec une étonnante autonomie. Il vit seul dans sa maison et parvient à accomplir la plupart des tâches domestiques. Il cuisine des plats simples, nettoie sa maison, se déplace dans son environnement familier et s’occupe de lui-même avec discipline. « Mo fer tou mo zafer par lord Allah », affirme-t-il.

Chaque geste est devenu une habitude, chaque espace de la maison est mémorisé. Dans cette obscurité permanente, il a développé d’autres repères, une autre manière de percevoir le monde.

Mais Abdool Reza ne se contente pas de gérer son quotidien. Il travaille aussi pour gagner sa vie. Il pratique le massage thérapeutique et reçoit de nombreux clients qui font appel à lui.

Cette activité lui tient particulièrement à cœur. Pour se professionnaliser, il a suivi une formation en massage thérapeutique au centre Loïs Lagesse à Beau-Bassin ainsi qu’auprès de la Global Rainbows Foundation.

Aujourd’hui, ses clients le sollicitent régulièrement pour des séances à domicile. Son toucher précis et son écoute attentive font de lui un thérapeute apprécié. « Je travaille pour gagner ma vie. Même si je ne vois pas, je veux rester actif », souligne-t-il avec dignité.

Présence divine

Son parcours est également marqué par des moments où il dit avoir ressenti la présence divine. À plusieurs reprises dans sa vie, il a vécu des situations dangereuses dont il est sorti indemne.

Il se souvient notamment d’un épisode qui l’a profondément marqué. Un jour, alors qu’il se trouvait sur le toit de sa maison, quelqu’un avait retiré l’échelle sans qu’il ne s’en rende compte. Pendant quelques instants, il s’est retrouvé à marcher près du rebord. « Enn dimoun pa ki pa trouv kler, li fer fas la mort plizir fois. Mé Allah guide mwa ek protez mwa », confie-t-il.

Pour lui, ces expériences sont des signes. Des rappels que, malgré l’obscurité physique, une autre lumière veille sur lui.

Des défis

La perte de ses parents a également été une épreuve difficile. Sa mère est décédée lorsqu’il avait 48 ans, un moment qui l’a profondément touché. Son père, lui, était déjà parti bien plus tôt. Aujourd’hui, son frère aîné lui rend visite de temps en temps. Cela dit, Abdool Reza a appris à compter sur lui-même et à cultiver son indépendance.

Le sport fait aussi partie de sa routine. Il s’efforce de garder son corps actif pour rester en bonne santé. Marcher, bouger, maintenir une discipline physique lui permet de conserver équilibre et énergie.

Il se rend également régulièrement à la mosquée, un lieu où il trouve réconfort et sérénité. Là-bas, entouré d’autres fidèles, il se sent en paix. « Mo amenn mo lavi normal », affirme-t-il.

Dans un monde où beaucoup se laissent décourager par les obstacles, lui continue d’avancer, pas à pas, guidé par une lumière intérieure. « Mo pa trouv avek mo lizier, Allah montrer mwa simé », conclut-il doucement.

Faizal Dowlut : « Allah finn akord mwa enn gran benediktion »

À Sébastopol, dans une maison simple où règne une atmosphère de sérénité, Faizal Dowlut mène une vie qui force l’admiration. Depuis sa naissance, cet homme de 59 ans vit avec seulement 10% de vision. Il distingue la lumière, les ombres, mais les visages lui échappent.

Pour reconnaître quelqu’un, il doit tendre l’oreille. « Mo rekonet dimoun par zot lavwa », explique-t-il. Mais pour Faizal, cette réalité n’a jamais été un handicap voire une « malédiction ». Au contraire, il considère sa vie comme une bénédiction : « Allah finn akord mwa enn gran benediktion. »

Valeurs spirituelles

Né dans une famille de huit enfants, Faizal est le septième. Ses parents ont toujours accordé une place importante à la religion et aux valeurs spirituelles. Dès son plus jeune âge, ils ont transmis à leurs enfants le respect de la prière, de la discipline et de la gratitude envers Dieu.

C’est à l’âge de sept ans que Faizal a commencé à observer le jeûne de Ramadan. Un souvenir qu’il garde précieusement dans son cœur. « Mes parents nous ont appris l’importance du Ramadan. Ils nous ont montré que ce mois est un moment pour remercier Allah et purifier son cœur », raconte-t-il.

Depuis, année après année, il observe ce mois sacré avec la même dévotion. Pour lui, le jeûne est bien plus qu’un simple sacrifice physique. C’est un acte de reconnaissance. « Mo garde roza pou ran grace a Allah », laisse-t-il entendre.

La prière est également un pilier essentiel de sa vie. Faizal ne rate jamais ses prières quotidiennes. Elles rythment ses journées et lui apportent une paix intérieure profonde.

Débrouillardise

Malgré sa vision très limitée, il a toujours refusé de se laisser définir par son handicap. Très jeune, il a montré une intelligence et une détermination remarquables. Après ses études à l’école des aveugles de Beau-Bassin, il a commencé à travailler à l’âge de 24 ans dans une usine de packing. Cette première expérience professionnelle lui a permis de gagner son indépendance et de se sentir utile.

« Je voulais travailler, gagner ma vie et montrer que je pouvais me débrouiller  », dit-il. Puis, il y a treize ans, une nouvelle opportunité s’est présentée à lui. Faizal a été recruté comme messenger à la State Trading Corporation. Depuis, il se rend chaque jour à Ébène pour accomplir son travail.

Le trajet pourrait sembler intimidant pour beaucoup. Pourtant, Faizal le fait avec une détermination impressionnante. Armé de sa canne blanche, il prend le bus pour rejoindre son lieu de travail. « Allah gran, Li protez mwa », affirme-t-il.

Sur son lieu de travail, il peut compter sur un entourage bienveillant. Ses collègues lui témoignent respect et solidarité. « J’ai des collègues formidables qui m’aident beaucoup », dit-il avec reconnaissance.

Rester autonome

Mais malgré ce soutien, Faizal tient à rester autonome. Il souhaite accomplir ses tâches par lui-même et prouver que la volonté peut dépasser les limites physiques.

Cette autonomie se retrouve aussi dans sa vie quotidienne. Chez lui, il sait s’organiser et gérer les tâches du quotidien. Même s’il partage sa maison avec son neveu de 32 ans, il tient à conserver son indépendance. Il connaît chaque recoin de la maison, chaque objet, chaque geste.

Avec le temps, il a appris à développer ses autres sens. L’ouïe, le toucher, la mémoire sont devenus ses meilleurs alliés. Mais au-delà du travail et des responsabilités, la foi reste le cœur de sa vie. Chaque prière est pour lui un moment de connexion profonde avec Allah. « Ibadat donn mwa la force », affirme Faizal.

Le mois Ramadan, lui, occupe une place toute particulière dans son cœur. C’est un moment de spiritualité intense, de réflexion et de gratitude. Malgré les défis liés à sa vision, il observe ce mois béni avec la même discipline depuis son enfance.

Un rêve…

Pour Faizal Dowlut, la vie est un cadeau qu’il faut accueillir avec humilité. « Même si je vois seulement 10%, je remercie Allah pour tout ce que j’ai », dit-il.

Aujourd’hui, il nourrit encore un rêve profond. Celui de pouvoir accomplir l’Umrah, le petit pèlerinage à La Mecque. Ce voyage spirituel représente pour lui bien plus qu’un déplacement. C’est une aspiration du cœur, un moment qu’il espère vivre un jour pour renforcer encore davantage sa foi.

En attendant, Faizal continue son chemin avec la même sérénité.

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