À l’Open University of Mauritius, Luqmaan Beeharry a foulé la scène de la remise des diplômes, vêtu d’une toge adaptée à sa taille, le sourire aux lèvres et ses parents rayonnants dans le public.
Pour ceux présents lors de la cérémonie, c’était un moment de triomphe, mais derrière cette marche se cachait un parcours façonné par la résilience, la foi et une détermination sans faille. Né avec l’achondroplasie – une maladie constitutionnelle de l’os donnant un nanisme –, Luqmaan Beeharry a toujours vu la vie différemment, et cette différence lui a donné une vision unique du succès, de la persévérance et des joies simples.
« J’ai eu une enfance assez normale jusqu’à l’âge de sept ou huit ans », se souvient-il. « C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je ne serais jamais ‘normal’. Je devais me concentrer sur les études pour réussir, car les métiers demandant un effort physique n’étaient pas une option pour moi. » Dès cet âge, il a compris que pour avancer, il lui faudrait créativité, adaptabilité et courage.
L’inspiration et les études
Son inspiration est venue de sources inattendues. Enfant, il regardait l’émission éducative française « C’est pas Sorcier ». Un épisode, où l’animateur Jamie expliquait comment vendre n’importe quoi ou lancer une entreprise, a marqué durablement son esprit. « Cela m’a inspiré tout au long de mes études secondaires », confie-t-il.
Lorsque l’opportunité de poursuivre un diplôme en gestion des affaires s’est présentée, il l’a saisie : « J’ai eu la chance de faire un diplôme en commerce, alors je l’ai fait. » Mais le poids de cette décision représentait un pas majeur vers la vie qu’il rêvait de construire.
La vie universitaire a été un mélange d’excitation, de nervosité et d’adaptation. « C’était un environnement nouveau, et j’étais un peu nerveux », admet-il. « Mais je me suis fait des amis et, peu à peu, je me suis adapté à la vie universitaire. » Face aux défis académiques, il a puisé dans sa foi et sa force intérieure : « Je me suis motivé en demandant à Allah de me donner force et courage, et en me répétant que les défis sont là pour être surmontés. »
Le soutien et l’inclusivité
Le soutien des autres a été déterminant. L’université, consciente de ses besoins particuliers, a mis en place des aménagements discrets. « Lors des examens, ma chaise était trop grande et instable. Ils l’ont remplacée. Pour ma toge, un mois avant la cérémonie, ils ont pris mes mesures et veillé à ce que je me sente à ma place le jour J. Ce n’étaient pas seulement les gestes, mais la façon dont ils ont été faits – avec empathie », raconte-t-il.
Ses camarades et professeurs ont également été présents. « C’était un vrai plaisir d’étudier avec eux. Ils ont toujours été là pour m’aider », confie Luqmaan.
Le jour de la remise des diplômes a ainsi été l’aboutissement de longues années de persévérance et de foi pour le jeune homme. « Mon cœur battait à tout rompre, et j’étais si heureux que mes parents soient là », laisse-t-il entendre. En effet, ses parents ont été un soutien indéfectible : « Ils sont tout pour moi. Si je pouvais exaucer un vœu demain, ce serait pour eux : une vie longue, en bonne santé, et l’abondance. » La joie familiale était palpable : ses sœurs le taquinaient et félicitaient en même temps, tandis que les proches envoyaient cadeaux et messages.
Au-delà des études
Pour l’avenir, Luqmaan envisage une carrière dans le monde des affaires, que ce soit en gravissant les échelons d’une entreprise ou en créant sa propre société. Son expérience universitaire, qu’il résume en trois mots – inspirante, enrichissante, sociale – lui a donné confiance et sens de l’objectif.
Il souhaite aussi encourager ceux qui font face à des défis similaires : « Ne perdez pas espoir. Si j’ai pu le faire, vous le pouvez aussi. » À l’attention des institutions, il insiste sur l’importance de l’inclusivité dans l’éducation, rappelant qu’elle « favorise l’empathie et contribue à rendre la société plus équitable. »
En dehors des études, Luqmaan trouve le bonheur dans les plaisirs simples : la pêche, les voyages à la plage, et son fruit préféré, l’ananas. Sa philosophie est simple : « Vous pouvez être le maître de votre destin, le capitaine de votre âme, mais vous devez comprendre que la vie vient de vous, et non contre vous. »
Une vision de la vie
Malgré l’admiration qu’il suscite, Luqmaan Beeharry reste humble. « Non, je ne me considère pas comme un modèle. Si quelqu’un pense que je le suis, je lui demande de ne pas le faire. »
Vivre avec l’achondroplasie a, de ce fait, façonné sa manière de voir le succès et le bonheur. « Cela m’a fait voir la vie autrement. Je consomme moins, j’économise plus, et les petites réussites prennent une grande valeur pour moi. »
L’histoire de Luqmaan Beeharry illustre la résilience, l’empathie et la force de vivre pleinement malgré les obstacles. De sa prise de conscience à sa marche fière sur scène, il incarne détermination, humilité et espoir, rappelant que la vie se construit par le courage, la constance et la persévérance.
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