mercredi , 20 novembre 2019
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Dadi Afroze

Handicapée des pieds : Dadi Afroze se déplace sur les mains

Elle n’a pas été gâtée par la vie et n’a jamais connu une vie heureuse. Malgré ses difficultés, elle sourit à la vie et s’en remet à Son Créateur.

Bibi Afroze Jafarally, 81 ans, une habitante de Plaine Verte  vit une histoire tragique qui ne laisse personne insensible. Dépuis une quinzaine d’années à la suite d’une bronchite qui a causé une forte fièvre, elle a perdu l’usage de ses deux pieds. Depuis cette tragique mésaventure, elle utilise la paume de ses deux mains pour se déplacer. Dadi Afroze vit seule dans une bicoque en tôle avec pour seuls meubles un sofa usé et un lit bien entretenu. Une petite chambre fait office de cuisine  où trônent quelques ustensiles fatigués. Malgré son handicap, Dadi Afroze ne laisse rien au hasard et veille à la propreté de sa maison. Son visage ridé et ses yeux cernés laissent deviner qu’elle a été bien ballottée par la vie et le travail. Malgré son âge avancé, elle n’a pas besoin de lunettes pour lire les livres religieux qu’elle garde à ses côtés.  Elle reste mentalement forte et garde un bon état d’esprit.

Ainsi, elle arrive à se déplacer en s’appuyant sur la paume de ses mains et c’est à quatre pattes qu’elle vaque à ses occupations quotidiennes.

Dadi Afroze a perdu son époux, il y a 33 ans, et depuis vit seule dans cette maison en bois et tôle qu’il avait construite. Devenue veuve, Dadi Afroze a  dû travailler dur pour grandir ses enfants. En 2002, à la suite d’une bronchite aiguë qui a provoqué une forte poussée de fièvre, Dadi Afroze a perdu l’usage de ses deux pieds.

Elle a beaucoup pleuré et sa famille l’a emmenée au cabinet médical de plusieurs médecins qui n’ont pu que constater qu’elle était paralysée et ne pourrait jamais remarcher. Dadi Afroze accepte sa maladie mais supplie Allah de ne pas la faire dépendre de qui que ce soit.

Petit à petit, elle commence à utiliser ses deux mains pour se déplacer dans sa maison. Dadi Afroze rampe sur ses mains pour se rendre à la cuisine où elle a fait installer un four sur le sol pour préparer son repas et faire bouillir l’eau. Elle raconte qu’elle prend son bain et se rend aux toilettes sans l’aide de personne. Une dame passe chaque jour quelques heures chez elle pour nettoyer sa chambre et faire la lessive.

Deux chats comme compagnons

Pour monter sur son lit, elle se met à quatre pattes et grimpe sur un sofa pour ensuite se laisser glisser dans son lit. Dadi Afroze est une figure très connue dans sa région. Des généreux bienfaiteurs viennent lui rendre visite durant le weekend et lui apportent à manger. «Kan gagne trop boucoup mo partage avec dimoune ki péna manger», assure-t-elle. Dadi a deux chats et quelques poules qui lui tiennent compagnie toute la journée.

Quand on lui demande si elle n’est pas fatiguée à se déplacer sur ses mains, elle sourit et répond par l’affirmative. « Oui li pas facile. Mo gagne boucoup douleurs mais mo accepter ceki Allah fine choisir pou moi », dit-elle.

Malgré sa situation, Dadi Afroze ne manque pas à ses obligations religieuses. « Mo lever 4 heures du matin mo faire wazou avec de l’eau frais et mo faire namaz tahajud», ajoute-t-elle. En effet ses proches racontent que dadi Afroze a observé les 29 jours de jeûne et a fait l’I’tikaf chez elle. Depuis des années elle jeûne chaque lundi pour faire plaisir au Créateur et mettre en pratique une sunna du Saint Prophète (pssl). « Mo garde roza tous les lundi parski le prophète muhammad (Pssl) ti reste roza chaque lundi. Mo pas manque aukaine namaz tous les jours », ajoute-t-elle. .

Dadi raconte qu’elle n’a jamais manqué de nourriture par la grâce d’Allah. « Mo pas alle fatigue société pou aide moi. Seki dimoune vinne donne moi mo content », laisse-t-elle entendre. N’ayant que sa pension de vieillesse comme seule source de revenus, elle indique qu’elle ne va pas à l’hôpital pour se faire soigner quand elle est malade. « Zotte donne moi panadol. Mo préféré garde mo cash pension pou acheter médicament la pharmacie », dit-elle encore.

Dadi Afroze passe sa journée assise sur son tapis de prière et parle avec ses chats. Souvent des visiteurs viennent lui tenir compagnie pour un brin de causette.

« Longtemps mo ti pé déplacer lors roche dans la cour pou alle assiser devant la porte. Aster mo nepli capave mo gagne difficulté  », confie-t-elle.

Une foi inébranlable

Dadi Afroze a bonne mémoire et se souvient de la date de la mort de son époux et celle de son anniversaire. Philosophe, elle prend la vie du bon côté. « Ceki Allah faire sa même plus bon. Ene pas bouzé sans so l’ordre », poursuit-elle. Digne et fière,  elle a horreur de  vivre de la pitié des autres. « Mo pas ouler ki personne chagrin moi. Mo heureuse dans le chemin d’Allah », insiste Dadi Afroze avec un sourire.

Alors que prenons congé d’elle, Dadi Afroze nous demande de rester encore quelques minutes. Elle nous invite à visiter sa cuisine et se déplace très vite sur ses genoux pour nous montrer comment elle soulève avec dextérité  ses ustensiles pour les mettre sur le four sans heurter aucun objet avant de retourner s’asseoir sur son tapis.

« Mo  souhaiter ki ou réussi dans la vie et Allah garde où en bonne santé », nous dit-elle.  Sur ce, nous prenons congé d’elle en promettant que nous allons faire connaître son histoire pour que les gens viennent lui rendre visite.

Dadi Afroze adore ses petits enfants qui lui rendent visite assez souvent. «Personne pas fine abandonne moi. Mais moi mo content vive mo la vie tout seul pou ki mo pas ène fardeau pou personne », conclut-t-elle.

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