jeudi , 28 mai 2020
Aquaponie

Culture vivrière – Aquaponie : perspective prometteuse pour les jeunes

Kreepaloo Sunghoon, de la Small Planters Association, est d’avis qu’il faut encourager les gens à se tourner vers la terre. Toutefois, Arvin Ramlugon concède que l’investissement initial est assez conséquent, mais on peut le récupérer dans moins de deux ans. Pour sa part, Cyril Fayolle estime que l’aquaponie commence à prendre de l’essor Maurice.

Encourager les Mauriciens à se mettre au vert en se tournant vers l’agriculture. C’est l’un des objectifs du gouvernement comme annoncés lors du dernier budget. Car, nombreux sont ceux qui possèdent des lopins de terre qui peuvent être exploités pour la culture vivrière ou à des fins commerciales.

Dans le but d’assurer la sécurité alimentaire du pays et de rendre les Mauriciens auto-suffisants en termes d’alimentation, le gouvernement compte encourager la population à se lancer dans des projets d’agriculture. Ainsi, plusieurs mesures ont été énoncées lors du dernier budget, il y a un mois. Beaucoup de personnes possèdent des terrains qui sont souvent abandonnés alors que ceux-ci auraient pu servir à des fins agricoles pour les besoins personnels. « Il faut encourager les gens à se tourner vers la terre. C’est essentiel car la plupart des aliments que nous consommons proviennent de la terre », rappelle Kreepalloo Sunghoon, président de la Small Planters’ Association (SPA).

C’est d’ailleurs dans cette optique que le gouvernement viendra de l’avant avec le « Mini Sheltered Farming Scheme » afin d’encourager les gens à lancer des micro-jardins, la culture verticale et la culture des plantes sur les toits de leurs maisons. Ainsi, une subvention de Rs 10,000 sera accordée aux familles éligibles. Dans la foulée, les petits planteurs pourront bénéficier de nouveaux plans d’aide visant à promouvoir l’agriculture et la production d’énergie simultanément. D’autres mesures concernent la contribution de Rs 30 millions par le gouvernement à un nouveau « Crop Insurance Scheme » et la hausse des subsides pour la production des semences d’oignon et de pomme de terre, entre autres.

Par ailleurs, d’autres méthodes de culture commencent à être vulgarisées parmi les agriculteurs-amateurs. Aujourd’hui, la culture hydroponique est devenue une importante source de revenus additionnels pour de nombreuses personnes. Si l’investissement est relativement coûteux, le retour est beaucoup plus attrayant. Parallèlement, l’aquaponie prend peu à peu de l’essor à Maurice. Le Premier ministre a annoncé que le GM mettra des fonds à disposition de ceux qui souhaitent se lancer dans la culture aquaponique. Par ailleurs, l’Albion Fisheries Research Centre offrira des alevins pour des projets d’aquaponie.

Kreepalloo Sunghoon, de la SPA : «Cultivons nous-mêmes ce que nous consommons»

Kreepalloo SunghoonLe président de la Small Planters’ Association(SPA), Kreepallo Sunghoon, est d’avis que tous les Mauriciens doivent « mettre la main à la terre. » Selon lui, c’est avant tout une façon de se connecter à la nature. « Aujourd’hui, dans cette société, dite moderne, où nous vivons, les gens n’ont plus le temps de cultiver eux-mêmes leurs propres légumes, fruits ou autres aromates. Mais il est important de le faire. Même si vous n’avez pas d’espace chez vous, il est possible de débuter par la culture de plusieurs types d’aromates comme la coriandre, la menthe ou l’échalote dans des pots. Ces pots ne sont pas chers aussi », dit-il. Il ajoute qu’il est essentiel de cultiver soi-même ce que l’on consomme car il n’y aura aucun risque de contamination par usage excessif de pesticides et autres fertilisants.

Par ailleurs, pour ceux qui ont de l’espace à l’arrière de leur maison ou même dans la cour, Kreepallo Sunghoon estime qu’il faut accorder au moins 4 heures par jour à l’entretien de la terre et des plantes. « Si vous avez de l’espace, vous pouvez produire en grande quantité et vendre ce que vous ne consommez pas. Cela vous fait des revenus en plus », avance-t-il. Il conseille d’opter pour les arbres fruitiers nains, des fleurs ou des crucifères.

« Nous avons aujourd’hui à Maurice des arbres nains qui produisent des fruits tels que les litchis, les mangues et les pruniers de Cythère (Ndlr : connu comme « fruitcythère » chez nous). Le gouvernement va offrir une subvention de Rs 10,000 aux Mauriciens qui souhaiteraient se lancer dans des projets agricoles. J’encourage mes concitoyens à aller de l’avant », souligne-t-il Parallèlement, notre interlocuteur conseille aux intéressés d’aller suivre des cours dispensés par le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) qui compte plusieurs branches à travers le pays.

Arvin Ramlugon, hydroculteur : «Assez facile de récupérer l’investissement»

Arvin RamlugonArvin Ramlugon, 34 ans, est enseignant. Il y a quelque temps, il s’est lancé dans la culture hydroponique afin d’avoir une deuxième source de revenus. « Je n’arrivais pas à joindre les deux bouts et c’est pour cette raison que j’ai décidé de me lancer dans l’hydroponie », nous dit-il. Il a débuté par la culture des tomates sur une superficie de 230 mètres carrés (m2) nécessitant un investissement de Rs 400,000. « L’investissement initial est coûteux mais il est facile de le recouvrir en l’espace d’un an et demi. Contrairement à la culture traditionnelle, l’hydroponie génère une meilleure récolte saut en été. Mais cela dépend aussi des plantes », souligne-t-il.

Selon Arvin, à Maurice, il est possible de faire pousser des aromates, des aubergines, des poivrons, des laitues, des concombres et des voèmes  sous culture hydroponique. Aujourd’hui, le jeune homme compte une deuxième serre hydroponique de 430m2. « J’ai opté pour un système automatisé mais il est possible d’acheter tous les matériels et de bâtir la structure »,
fait-il ressortir.


Cédric Fayolle, de Fish and Plants Mauritius Aquaponics : «Cette entreprise peut générer un important chiffre d’affaires»

Cédric Fayolle,Cédric Fayolle, directeur de Fish and Plants Mauritius Aquaponics, nous parle de l’aquaponie qui commence à prendre de l’essor à Maurice.

L’aquaponie est peu connu des Mauriciens. Comment vulgariser davantage ce concept ?
L’aquaponie et une méthode fantastique, aujourd’hui reconnue dans le monde comme étant la plus écologique qui soit permettant de cultiver des légumes sans produits toxiques et chimiques, et potentiellement aptes selon les normes de pratique à porter le libellé « Bio ». C’est un système qui est composé d’une symbiose harmonieuse de poisson, bactérie et plantes. Une balance fraîche, active et ruisselante, créant sur son passage, fertilité, abondance et pureté. C’est un petit bonheur pour des poissons, produisant de l’ammoniaque, traitée et réduite en nitrate par des bactéries bénéfiques. Le nitrate étant une source de nutriment de base pour nos plants, soit fruits et légumes. L’aquaponie mise aussi sur un système de recirculation permettant une économie de 95% de ressource d’eau et les plantes poussent 2 à 3 fois plus vite.

Pourquoi cette appréhension autour de l’aquaponie ?
Il y a un très faible pourcentage de personnes qui ont une certaine appréhension quant aux poissons en raison de la perception de mauvaise odeur ou des excréments. En vérité, c’est similaire au fumier des vaches, poules, cabris ou chevaux. Ça reste un fumier. Et pour l’odeur, il n’y en a pas, ni sur les légumes, ni dans les bassines de plantes, ni dans les mains ! Le système est gardé propre par la colonie de bactérie aérobies, bénéfique et une multitude micro-organismes. Tout y pousse, d’emblée, sans nécrose et de carence, pour celui qui comprend comment gérer le système. Tout ce qui en sort est enrichi au goût ou texture, le croustillant est au rendez-vous.

Peut-on la pratiquer à la maison?
Sans aucun problème. On peut faire un système de dimension divers et l’adapter et l’agencer selon notre environnement. Important toutefois : beaucoup de soleil et pas de pluie directe!

Y-a-t-il une ouverture dans ce domaine ?
Oui, il y a des ouvertures, mais l’encouragement incite beaucoup à croire que c’est chose simple.  Cela est trop beau pour être vrai. L’aquaponie est avant tout une façon de faire pousser des légumes, (et pour ceux qui veulent poissons et crevettes) de façon très agréable et efficace. N’empêche, cela demande une attention raisonnable – 10 à 20 minutes par jour pour un petit système résidentiel et un peu plus de temps pour la récolte ou la semence. Mais quelle thérapie ! Travailler au son de l’eau qui coule, autour d’un ensemble de vert abondant, je ne peux appeler cela une corvée.

Qu’en est-il de l’aspect commercial ?
En mode commercial, l’aquaponie a le potentiel de générer une production importante en peu de temps. C’est donc une entreprise qui peut générer un important chiffre d’affaires. Cela dit, il est impératif de se lancer sur un petit système avant de voir gros. L’aquaponie a de nombreux paramètres à respecter pour obtenir un system fonctionnel dans lequel ce qu’on y plante, pousse! Dans le cas contraire, il n’y rien qui va. Il est important de comprendre les volumes d’eau ainsi que le débit d’eau en déplacement, la température et la conductivité de l’eau, les nutriments et minerais, la variance des plantes et les systèmes adaptés. Ce n’est pas évident sans formation, et nombre de mes élèves le réalisent après mes stages de 2 jours sur l’aquaponie. C’est tout un écosystème à garder en harmonie. Une fois maîtrisé à petite ou moyenne échelle, on peut évoluer sur une plus grande base. La promesse et le potentiel sont là.

Quels sont les poissons et les légumes concernés ?
En général, c’est le Tilapia ou Berri Rouge, mais certains optent pour le Koi aussi. Dans ce cas, le bassin de poissons est souvent relevé pour être aussi esthétique que pratique. De l’autre côté, tout type de légumes pousse dans un système. De différents designs sont conçus pour favoriser la pousse des légumes. Par exemple, les « media beds », grandes cuves en bois recouvertes de liner et remplies avec du gravier ou des boulles d’argile, sont idéales pour différents légumes comme la tomate et l’aubergine entre autres. Les « raft beds », remplies d’eau, sont idéales pour des légumes fins. Les NFT’s ou « towers » sont adaptées pour d’autres variétés de légumes fin et les « wicking beds » pour ceux qui poussent sous terre.

L’aquaponie nécessite-elle un gros investissement ?
L’investissement n’est pas cher du point de vue que cela concerne notre santé, et la santé n’a pas de prix. Mais cela dépend des priorités d’une personne. En classe, j’utilise souvent une métaphore : acheter une voiture coûte cher contrairement à prendre l’autobus, mais la productivité et le bienfait que cela apporte en vaut bien la peine. De même, investir dans un système d’aquaponie coûte cher, mais les bienfaits sur notre corps en valent cet investissement. Et en général, de par la production abondante d’un système bien géré, on recouvre son investissement dans une période de 18 à 24 mois selon la taille d’un système aquaponique. Concernant les matériels, la liste se compose de : cuves, traitement UV, pompes, filtres, plomberie, kit de test pour eau, compresseur à air, entre autres. Beaucoup de paramètres sont à définir avant de s’y lancer pour éviter de mauvaises surprises. Mais en gros, l’aquaponie, c’est l’avenir. Mis à part son seul désavantage qui est le coût, les avantages sont nombreux pour ne pas s’y mettre!

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