Friday , 19 July 2024

Ce que les catastrophes nous enseignent

À peine avons-nous un peu ressenti l’ampleur de la catastrophe au Maroc suite au récent tremblement de terre, que nous découvrons un autre désastre, d’une autre nature et d’une autre dimension en Libye. Il n’y a pas lieu de comparer un malheur à un autre. Chaque être qui subit personnellement une calamité est souvent, finalement, seul face à son sort. Et pourtant, c’est au pluriel, ensemble, que nous affirmons, avec foi, qu’à Dieu, en vérité, nous appartenons tous, et à Lui est notre retour à tous.

Une communauté qui est vivante, comme un seul corps, est mieux préparée à prévenir les catastrophes, arrive mieux à les gérer et parvient plus facilement, collectivement, à se remettre debout juste après. Les plus vulnérables ont droit au soutien de moins vulnérables. Ainsi, le nombre d’individus qui souffrent sera beaucoup moindre lorsque, mutuellement, nous sommes consciencieux, responsables et utiles. C’est ce que toutes les catastrophes nous enseignent. Et les écritures saintes. Notre intelligence nous le confirme : le bilan des morts et des autres victimes doit nécessairement servir à quelque chose, à nous rappeler notre devoir de solidarité, non seulement pendant ou juste après les calamités, mais aussi bien avant celles-ci. Quel que soit l’endroit où nous soyons…

400 mm en 24 heures

À Maurice, lorsque nous avons 100 mm de pluie en 12 heures, un avis de pluies torrentielles est émis, suivant d’autres avertissements préalables comme ceux de vigilance et de fortes averses. C’est la réalité, urgente et grave, du dérèglement climatique qui nous frappe de plein fouet, un phénomène que nous avons provoqué nous-mêmes par notre abus des énergies fossiles très particulièrement. De l’Iran jusqu’en Nouvelle Zélande en passant par le Portugal, le Brésil et la Chine, de tels événements climatiques extrêmes ont été rapportés récemment et deviennent de plus en plus fréquents un peu partout sur la planète. Des fois, ce sont des vagues de chaleur, en d’autres occasions des cyclones monstrueux ou encore des fois, de sévères sècheresses, parmi tant d’autres impacts du bouleversement du climat, qui affligent surtout les communautés les plus fragiles de tous les pays.

En Libye, ce sont 400 mm de pluie qui leur tombent en 24 heures. Et il y a en face un pays qui est en conflit ouvert avec deux « gouvernements », l’un à Tripoli et l’autre à Tobrouk. Cela ne signifie pas que la gouvernance est deux fois meilleure, bien au contraire ! La Libye était déjà un « failed state », un état défaillant avant même la catastrophe qui a causé à ce jour plus de 11 000 disparus, plus de 3 000 morts et 43 000 personnes déplacées. Si nous ne pouvons que saluer la résilience du peuple libyen, comme celui du Maroc, il est indéniable que la crise politique dans ce pays n’a pas comme seuls coupables les belligérants locaux. La communauté internationale y a démissionné depuis longtemps et les puissances étrangères ont le sang sur leurs mains pour avoir mis la Libye à genoux, bien avant que n’arrivent les récentes calamités dites «  naturelles ».

Comme au Maroc, ce sont majoritairement ceux déjà très défavorisés qui sont les plus affectés. D’ailleurs, le nombre de victimes, par exemple dans des grandes villes comme Marrakech, est relativement moins élevé tandis que des villages perdus de l’Atlas se trouvent complètement décimés, avec quelques centaines de tués pour le millier d’habitants qui y vivaient dans chaque localité. Pendant des décennies, les gens de ces régions rurales ont été oubliés. Il ne faut pas s’attendre qu’il y existe des systèmes d’alerte et de protection civile qui soient efficaces en cas de catastrophes. Les bâtiments et autres infrastructures n’y connaissent presque aucune norme. Les secours et la gestion des risques ne sont nullement à la hauteur des dangers qui pèsent désormais sur ces populations avec le péril du dérèglement climatique.

La situation de conflit armé à l’instar du cas libyen, le manque d’outils technologiques comme pour la communication, le faible niveau d’autonomisation des communautés, le non-fonctionnement des institutions et la pauvreté en général rendent difficile tant la prévention que la sortie des situations de crise. En bref, à défaut d’une bonne gouvernance, tant au niveau central que local, le bilan ne peut qu’être effroyable et s’empirer dans les jours qui suivent une calamité. Somme toute, ce n’est pas la nature en soi qui tue, mais plutôt ce que les hommes édifient de leurs mains et ce qu’ils font, ou ne font pas afin que les plus vulnérables parmi eux soient à l’abri des catastrophes.

Au niveau personnel

Chacun doit être interpellé, en personne, quand frappe une catastrophe comme ce que nous voyons au Maroc ou en Libye. La distance physique comme l’éloignement culturel, notre train-train quotidien et nos propres soucis font que nous oublions assez vite, surtout lorsque les médias ne sont plus là pour nous rappeler les malheurs d’ailleurs. Les nouvelles changent à une si folle allure que les calamités au Maroc et en Libye ont, elles-mêmes, chassés des feux d’actualité d’autres catastrophes.

Que c’est vrai que la vie et la mort ne sont que des épreuves pour nous tester qui parmi nous sont meilleurs dans les bonnes actions. Ainsi est notre foi, et l’enseignement intime qui nous parvient quand nous apprenons qu’un malheur a frappé quelque part. Jusqu’à ce que l’épreuve se rapproche de nous, et nous atteint un jour ou l’autre. Qui pourra échapper à l’épreuve de la mort ? Nullement une fin, mais un début quand chacun aura des comptes à rendre. Qu’avons-nous fait de notre existence sur terre ?

À ceux qui pensent qu’il nous faut des idées, des moyens, des plans, des stratégies et des actions comme, dans ce cas, pour prévenir les catastrophes, les gérer et s’en remettre…reconnaissons qu’ils ont parfaitement raison. Il nous faut agir. Mais, à un niveau personnel, avec une conscience intime éveillée que nous appartenons à une société envers laquelle nous avons des responsabilités, ne faut-il pas aussi reconnaître qu’il n’y a pas de paroles plus justes, en matière de protection, que ce que nous affirme, pour prendre un exemple, ici le Coran :

Ceux qui disent : ‘Notre Seigneur est Dieu’, et qui se tiennent dans le droit chemin,les Anges descendent sur eux.

N’ayez pas peur et ne soyez pas affligés ;

mais ayez la bonne nouvelle du Paradis qui vous était promis.

Nous sommes vos protecteurs dans la vie présente et dans l’au- delà ;

et vous y aurez ce que vos âmes désireront et ce que vous réclamerez…

(Le Coran – 41 : 30-31).

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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