Sunday , 8 March 2026

Après avoir perçu la pension de veuve pendant 25 ans : la Sécu réclame Rs 1,7 million à Shenaz

Début janvier 2026, Shenaz, 58 ans, veuve depuis 2001, reçoit une lettre officielle l’informant que sa pension est « disallowed » et qu’elle doit rembourser environ Rs 1,7 million, correspondant, selon les autorités, à 25 années d’allocations perçues. Une somme qu’elle dit ne pas pouvoir payer. « Mo victime ene vrai l’injustice », lâche-t-elle, affirmant vivre désormais dans la peur d’un recouvrement.

Cette réclamation survient après la remise en cause tardive d’un élément central de son dossier : la validité administrative de son mariage religieux célébré en 1988. Shenaz soutient n’avoir jamais dissimulé sa situation, et affirme avoir fourni les pièces demandées dès 2001. Pour elle, si « erreur » il y a, elle ne peut relever que d’un traitement administratif initial.

Le premier signal d’alerte survient en septembre 2025. À la poste, on lui indique que son nom ne figure plus sur la liste des bénéficiaires. Elle se rend à la Sécurité sociale : on lui explique qu’un problème aurait été détecté, après 25 ans, concernant son mariage religieux, qui ne serait pas enregistré à l’État civil.

Son dossier est ensuite transmis au Muslim Family Council. Elle raconte qu’une vingtaine de jours plus tard, on la rassure verbalement  : «  Pa gagne traka, ou pou gagne ou pension. » Mais le 20 décembre, on lui dit qu’une décision est en attente. Le 5 janvier, la lettre officielle tombe : pension annulée, et demande de remboursement de Rs 1,7 million.

Une pension devenue vitale

Convertie à l’Islam à 18 ans, Maroodin Poospavadi, connue comme Shenaz, explique s’être mariée religieusement en juillet 1988, à l’âge de 19 ans, avec Siddick Marday (24 ans), « par un imam en présence de témoins ». Le couple aura trois enfants. Lorsque son mari décède en 2001 d’un infarctus à 38 ans, les enfants ont 12, 10 et 8 ans.

Veuve à 32 ans, elle se retrouve seule face aux charges familiales. « Zamé mo pa finn travay dan mo lavi, me la sitiasion pa ti fasil », confie-t-elle. Selon son récit, sa demande de pension est acceptée rapidement après seulement une semaine. Elle touche alors environ Rs 1900 mensuelles pour elle et ses enfants, un montant qui, avec les revalorisations, atteint aujourd’hui environ Rs 15 000. Pendant 25 ans, dit-elle, le versement s’est fait sans incident, par voie postale.

Avec le temps, son état de santé se dégrade : hypertension, goutte, cholestérol élevé, anémie. Elle affirme dépendre de la pension pour vivre et se soigner. « Mo fier zis sa kas-la. Mo pena lezot reveni. Allah temwin, mo pa kapav travay aster », dit-elle, la voix tremblante.

L’effet immédiat est humain et brutal. Shenaz dit vivre dans « une angoisse permanente », face à la perspective d’une dette qu’elle juge impossible à assumer. Elle insiste sur une revendication simple : retrouver sa pension, et ne pas être traitée comme une «  fraudeuse ». Elle ne demande pas la charité, mais justice, et refuse « d’être placée sur le banc des accusés pour une erreur qui ne lui appartient pas ».

Javed Soyfoo demande la mise sur pied d’un panel

Au-delà du cas personnel, la séquence soulève une interrogation lourde : comment un dossier validé en 2001 peut-il être remis en cause un quart de siècle plus tard, avec une demande de remboursement rétroactive visant une bénéficiaire vulnérable ?

Javed Soyfoo, ancien Advisor au bureau de la Sécurité sociale et travailleur social, dit avoir reçu Shenaz après sa doléance. Il avance que l’officier ayant traité le dossier en 2001 « connaissait ou aurait dû connaître » le contexte des unions relevant du régime SPA (allocation pour veuve), et que le dossier avait été validé sans réserve. Il pose, frontalement, la question centrale  : «  La pension SPA est équivalente à une pension de veuve. Pourquoi, après un quart de siècle, cette anomalie est-elle découverte ? »

Face aux risques de cas similaires et à la confusion qui entoure certaines décisions, Javed Soyfoo appelle le ministre de la Sécurité sociale à constituer un panel au ministère — techniciens de pension, Commissaire, Commissaire adjoint et cadres administratifs — pour entendre les veuves concernées, accompagnées d’un homme de loi, et traiter les dossiers « de manière claire et transparente  ». Objectif : clarifier les reproches, éviter les malentendus, et régler ces situations dans des délais courts, afin d’éviter « des démarches répétitives et interminables ».

Rappel du cadre légal évoqué

La Social Aid Act prévoit une allocation pour conjoint survivant (SPA), équivalente au montant de base de la pension de veuve, avec un supplément pour un maximum de trois enfants conformément à la National Pensions Act.

Pour être éligible, le bénéficiaire doit avoir vécu en union avec son partenaire entre le 13 novembre 1987 et le 22 décembre 1990. Elle pouvait avoir contracté un mariage religieux sans mariage civil avant le 13 novembre 1987 ou après le 21 décembre 1990. Toutefois, entre ces deux dates, un mariage religieux ne pouvait être contracté sans mariage civil.

La veuve ne doit pas s’être remariée, ni civilement ni religieusement, après le décès de son partenaire. Elle doit être restée en union jusqu’au décès, être âgée de moins de 60 ans et ne pas percevoir d’autre aide sociale ou pension (invalidité, veuve ou survivant) prévue par la loi.

Ces dispositions encadrent spécifiquement les unions religieuses contractées durant cette période particulière.

Version de la Sécu

Voici la version de la sécurité sociale : « Ce dossier a d’ores et déjà été examiné et traité par notre cabinet. Les procédures requises ont été engagées conformément aux dispositions en vigueur. »

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