jeudi , 4 juin 2020
drogue

Ally Lazer, travailleur social : «La seule solution est la prévention»

L’infatigable et l’inoxydable Ally Lazer continue sa lutte acharnée contre la drogue entamée depuis plus d’une quarantaine d’années. Inquiet par la prolifération des drogues de synthèse, il réaffirme que la seule parade reste la prévention. Il nous indique aussi des pistes de réflexion et trace des axes d’action.

Le travailleur social salue l’initiative du gouvernement de présenter les 12 leçons pour dire non à la drogue dans les collèges mais il reste pessimiste quant à leur efficacité. Selon lui, l’obligation faite aux enseignants pour suivre un cours de prévention alors qu’ils ont déjà un programme volumineux à l’école n’est pas nécessaire. « Je fais un appel au gouvernement d’impliquer plutôt les travailleurs sociaux qui ont déjà l’expérience requise sur le terrain et aussi les enseignants qui se porteront volontaires pour les formations,» conseille Ally Lazer.

Faisant allusion à un incident récent dans un collège dans le nord, le travailleur social raconte que des trafiquants de drogue attendent à la porte de l’école pour livrer de la drogue à certains étudiants.  Il regrette que la police a patrouillé la région pendant quelques jours puis s’est arrêtée sans faire aucun suivi. « Comment pouvons-nous espérer mettre un terme à un tel problème si les représentants de l’ordre n’apportent pas leur aide? » s’interroge Ally Lazer. Il déplore que la majorité de policiers en uniforme pensent que la responsabilité d’endiguer le fléau de la drogue repose uniquement sur l’ADSU.

Les petits copains : source de la drogue dans les collèges

Etant un travailleur de terrain, Ally Lazer dit s’être rendu sur toutes les gares d’autobus du pays pour constater les raisons de ce phénomène. Selon ses observations, l’histoire de la drogue et la prostitution des étudiantes commence par des “soi-disant histoires d’amour”. Il est d’avis qu’il y a beaucoup de faux amants qui ciblent des étudiantes à la gare et leur font croire à leurs fausses émotions pour les piéger. Après quelques rencontres, ils donnent aux filles des drogues gratuites à goûter sous prétexte de rendre leurs réunions plus excitantes. “Ainsi commence cette journée vers l’exploitation de ces filles pour livrer de la drogue à leurs amies. Mais ce que ces étudiantes oublient, c’est que ces amants peuvent être infectés par le VIH, » prévient notre interlocuteur. Selon lui, les drogues synthétiques sont disponibles à des prix peu élevés ce qui fait que les étudiants convainquent facilement leurs amis de se réjouir des addictions.

Les solutions

Pour Ally Lazer, la meilleure solution demeure la prévention. Comme dit l’adage, “Mieux vaut prévenir que guérir”. Il est d’avis que les mesures de prévention devraient faire partie du programme scolaire. Toutefois, il maintient que ces 12 leçons « pour dire non à la drogue » doivent être introduites dès le primaire car il a vu beaucoup de cas d’élèves de Grade 6 qui ont été surpris consommant de la drogue dans les toilettes de l’école.

Par ailleurs, il voudrait voir la MBC organiser plus de programmes sur la sensibilisation contre les drogues. « On ne pourra former tous les parents et les étudiants autour de l’île, mais le message peut entrer dans chaque maison à travers la télévision, » dit-il. Ainsi, les parents et leurs enfants pourraient connaître les conséquences et l’ampleur de ce fléau.

Enfin, il fait un appel au gouvernement pour donner aux travailleurs sociaux comme Imraan Dhanoo et lui-même un congé officiel de leur travail pour animer des séances de conseil dans les collèges. «Nous faisons déjà le travail avec beaucoup de bonne volonté, mais pour cela nous prenons tous nos congés de maladie et locaux», se plaint-il. Il ajoute qu’il n’a pas besoin d’allocation supplémentaire pour se rendre dans les collèges. «Notre objectif est d’éliminer cette saleté de notre beau pays, » conclut le travailleur social.

Pravind Jugnauth : «Le gouvernement sera impitoyable»

Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, veut en finir avec les trafiquants de drogue. C’est ce qu’il a affirmé au parlement ce mardi 15 mai en reponse à la PNQ du leader de l’Opposition Xavier-Luc Duval. « Ce gouvernement a été et continuera d’être impitoyable contre les barons de la drogue et les trafiquants de drogue, » a déclaré le Premier ministre. Le nombre croissant de saisies de drogue et l’arrestation de trafiquants de drogue au cours de ces trois dernières années, selon le Premier ministre, témoignent de la détermination du gouvernement à mettre un terme aux activités illégales et préjudiciables de ces criminels.

La création d’un comité chargé d’examiner le problème de la drogue chez les jeunes et de lancer une campagne de sensibilisation agressive contre l’abus de drogues avait été approuvée par le Cabinet le 25 septembre 2015. Le Comité a recommandé qu’il serait souhaitable d’adopter une approche holistique et intégrée pour s’attaquer efficacement au problème de la drogue et que la meilleure façon d’y parvenir serait de formuler un plan directeur national de lutte contre la drogue pour Maurice. Dans ce contexte, le United Nations Office on Drugs and Crime a été contacté en vue d’obtenir une expertise technique pour l’élaboration Master plan (MP), et ce dernier a mis à disposition les services d’un consultant indépendant pour formuler le MP.

Les quatre piliers du Master Plan

• Pilier 1- Réduction de l’approvisionnement en médicaments qui vise à lutter efficacement contre l’entrée, la production et la culture de drogues illicites sous toutes leurs formes en République de Maurice.

• Pilier 2 – Prévention des toxicomanies, traitement des troubles liés à la toxicomanie, réadaptation et réinsertion sociale visant à sensibiliser le public aux conséquences sanitaires et sociales préjudiciables de la consommation de drogues, notamment grâce à un programme national, ciblé sur l’individu, la famille, la communauté et la société dans son ensemble et les rendant plus résistants à la drogue.

• Pilier 3 – Réduction des méfaits en vue d’améliorer la qualité et l’accessibilité du Methadone Maintenance Therapy (MMT) et du programme d’échange d’aiguilles.

• Pilier 4 – Mécanisme de coordination ou la création d’un Secrétariat national antidrogue sous l’égide du Bureau de Premier ministre en tant qu’organe suprême chargé de planifier, superviser, coordonner, suivre et évaluer toutes les politiques, programmes et interventions liés au contrôle des drogues afin d’assurer une plus grande cohérence.

Bon à savoir

• La Loi sur les drogues dangereuses prévoit que toute personne qui possède illégalement des drogues dangereuses commet une infraction et, sur déclaration de culpabilité être passible d’une amende n’excédant pas 50 000 roupies et d’un emprisonnement maximal de deux ans.

• La Loi sur les drogues dangereuses ne prévoit pas de délit de possession de drogues dangereuses pour usage personnel. Il prévoit simplement la possession illégale de drogues dangereuses. Il n’est pas envisagé d’abolir les peines privatives de liberté pour possession de drogues dangereuses. C’est à la discrétion de la Cour de décider de la peine à infliger, soit d’imposer une amende ou une peine d’emprisonnement, ou les deux.

• En imposant une peine, la Cour prend en considération un certain nombre de facteurs, entre autres, le plaidoyer, les circonstances de l’affaire, la gravité de l’infraction et le casier judiciaire du contrevenant et le cas échéant.

• La Cour peut, en lieu et place de l’emprisonnement, placer une personne condamnée sur une ordonnance de réhabilitation à condition qu’elle s’engage à coopérer. La période de réadaptation ne devrait pas dépasser 3 ans.

Campagne de sensibilisation : la police cible des étudiants de Port-Louis

La Brigade des Mineurs de la Metropolitan North Division a lancé le jeudi 17 mai 2018 une campagne de sensibilisation axée sur divers fléaux sociaux tels la drogue et la délinquance juvénile au centre de jeunesse de Cité La Cure à l’intention des étudiants de différentes institutions éducatives de la région. Les institutions ciblées sont le collège Labourdonnais, le collège Islamic, la Port Louis Nord State Secondary School, l’Institute of Islamic Secular Studies, le collège Père Laval, l’école du gouvernement Marcel Cabon, et Teen Hope. Plusieurs thèmes ont été abordés dont les conséquences de l’absentéisme scolaire, les méfaits de la drogue synthétique, la cybercriminalité et l’utilisation abusive de l’informatique, et aussi la sauvegarde des biens personnels, et la sécurité routière. ‘Cette campagne de sensibilisation est en ligne avec la vision de faire de la police mauricienne une police de proximité. Le but ultime est de prévenir le crime à travers une meilleure sensibilisation, améliorant ainsi la qualité de vie de la population’, souligne l’inspecteur Siva Coothen de la Police Press Unit.

En chiffres

Pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2017, 2276 cas ont été signalés à la police, 2336 personnes ayant été arrêtées et provisoirement accusées de possession de cannabis en vertu de l’article 34 de la loi sur les drogues dangereuses. Parmi ces personnes arrêtées, jusqu’à présent, 1513 personnes ont été condamnées après avoir été formellement inculpées.

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A propos de Ahmad Fakuddeen Jilani

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