Le gouvernement indien s’est engagé devant la Haute Cour de Delhi à ne prendre aucune mesure coercitive contre la mosquée historique pendant l’examen d’une requête du Delhi Waqf Board. Les juges ont toutefois refusé d’ordonner le rétablissement de l’accès pour les prières, invoquant les risques liés aux démolitions dans les environs.
La Race Course Masjid de New Delhi en Inde bénéficie d’un répit, sans que son avenir soit définitivement assuré. Jeudi 29 octobre, le gouvernement central indien s’est engagé devant la Haute Cour de Delhi à ne prendre aucune mesure coercitive contre cette mosquée historique pendant que le Land and Development Office (L&DO) examine une requête du Delhi Waqf Board. Cette administration doit se prononcer dans un délai de quatre semaines. En revanche, la Cour n’a pas accédé à la demande de réouverture du lieu de culte aux fidèles.
Située dans le secteur du Race Course, à proximité de la résidence du Premier ministre Narendra Modi, la mosquée se trouve au cœur d’une opération de reprise de terrains par les autorités. Le périmètre comprend notamment le Delhi Race Club, le Jaipur Polo Ground et des quartiers précaires dont les habitations de près de 700 familles ont déjà été démolies, selon The Indian Express. C’est dans ce contexte que des inquiétudes sont apparues concernant le sort de la masjid.
Les restrictions contestées
À l’audience, l’avocat du gouvernement, Ashish Dixit, a soutenu que les démolitions en cours rendaient les déplacements dangereux. Il a précisé que l’accès à un temple voisin était également restreint. L’avocat du requérant a contesté cette justification, affirmant que les travaux étaient déjà terminés. Le juge Anish Dayal a néanmoins refusé d’imposer la réouverture, soulevant la question de la responsabilité en cas de blessure. Les autorités devront produire un rapport accompagné de photographies avant la prochaine audience, fixée au 16 décembre.
À l’origine de la procédure, Syed Ahmed Saud, un fidèle, réclame à la fois la protection de la mosquée et le rétablissement d’un accès sans entrave. Sa requête invoque les garanties constitutionnelles d’égalité et de liberté religieuse. Elle affirme également que l’édifice, antérieur à l’indépendance, figure parmi les biens waqf depuis 1977 et bénéficie d’un classement patrimonial de catégorie II au titre d’une notification de 2009. Le requérant soutient que la mosquée n’avait pas été identifiée parmi les constructions visées par les procédures de démolition concernant les quartiers voisins.
L’eau et l’électricité coupées
Les difficultés ne se limitent pas à l’accès. L’eau et l’électricité ont été coupées depuis le 7 octobre. Dans un reportage publié le 24 octobre, The Indian Express décrivait une pratique religieuse devenue précaire : des fidèles avaient pu participer à la prière du vendredi, mais d’autres avaient ensuite été refoulés. Un occupant des lieux expliquait que les résidents utilisaient un générateur et de l’eau souterraine pour les wûdhu, tandis que les salâts se déroulaient souvent dans l’obscurité. Cet accès ponctuel précédait l’audience du 29 octobre.
La mesure du gouvernement apporte donc une protection temporaire, sans régler le fond du litige. La Haute Cour n’a ni autorisé la démolition de la mosquée ni définitivement tranché son avenir. La protection durable de l’édifice historique, le rétablissement des services essentiels et les conditions d’accès des fidèles restent au cœur du dossier.
Un prêtre hindou solidaire de la Race Course Masjid
« Les mosquées et les temples ne devraient jamais être démolis. » Face aux craintes entourant l’avenir de la Race Course Masjid, à New Delhi, le prêtre hindou Keshav Raj Shastri a exprimé son soutien à l’imam Mohammed Haroon, qu’il décrit comme un ami de longue date. « Nous nous rendons visite et nous discutons », a-t-il confié aux journalistes. Prêtre d’un temple voisin depuis quinze ans, il affirme qu’aucun incident n’a jamais troublé le secteur. Si l’électricité de son temple a également été coupée, les autorités lui auraient assuré que l’édifice ne serait pas démoli. « Mais je soutiens la mosquée », insiste-t-il. Située près de la résidence de Narendra Modi, cette mosquée historique est enregistrée auprès du Delhi Waqf Board et bénéficie d’un classement patrimonial.
Mosquées démolies en Inde : sept cas recensés en septembre
Combien de mosquées ont été détruites en Inde ces derniers mois ? Les sources consultées ne permettent pas d’établir un total national fiable pour l’ensemble de cette période. Un rapport d’Islamophobia Monitor, initiative de veille sur l’islamophobie, fournit toutefois un décompte limité à septembre 2026 : sept mosquées entièrement ou partiellement démolies, dont deux totalement et cinq partiellement.
Parmi les cas documentés figure la mosquée située dans l’enceinte administrative de Saharanpur, en Uttar Pradesh, démolie le 5 septembre. Les autorités invoquaient une occupation non autorisée d’un terrain public, contestée par ses responsables. Selon The Indian Express, la décision judiciaire ayant rejeté leur recours confirmait une ordonnance d’expulsion, sans ordonner explicitement la démolition.
À Shalimar Bagh, à Delhi, des parties de la Madina Masjid ont été démolies dans la nuit du 22 au 23 septembre, dans le cadre d’une opération présentée comme destinée à supprimer des empiétements et à élargir une route. Les responsables de la mosquée ont contesté les modalités de l’intervention.
Ces sept cas n’incluent pas la Race Course Masjid, toujours debout.
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