D’abord, il y a eu les décibels de l’Azaan. Puis le minaret. Enfin, la question du permis. Le litige autour de la Jummah Mosque de Goodlands s’est ainsi déplacé, au fil des mois, d’un problème de niveau sonore de l’Azaan vers un différend administratif sur des travaux effectués sur le minaret. Entre plaintes, mesures de décibels contestées, intervention du District Council et réaction de la direction de la mosquée, STAR reprend les faits dans leur chronologie.
Au commencement, les décibels
Le point de départ de l’affaire est le niveau sonore de l’Azaan. Selon des recoupements, une magistrate et des habitants de Goodlands se plaignaient du volume de l’Azaan diffusé par les haut-parleurs de la mosquée. Un document daté du 20 mai 2026, émanant de l’Environmental Health Engineering Unit du ministère de la Santé, fait expressément état d’une « complaint from inhabitants of Goodlands ».
Dans une plainte à la police, la magistrate a déploré que certains exercices de mesure auraient enregistré des niveaux de 70 à 75 décibels, d’autres se situant autour de 70 à 72 décibels, notamment vers 5 heures du matin. Alors qu’ils auraient dû être 55 dB(A) Leq à la limite du site.
Il apparaît également que la question ne date pas de septembre. La direction de la Jummah Mosque de Goodlands avaient déjà procédé à un calibrage du système sonore. Après cette intervention, les plaignants se seraient déclarés satisfaits pendant un certain temps. Mais, à partir du 11 mai 2026, de nouvelles plaintes auraient été enregistrées.
Mais sur les décibels, une autre version existe. Dans un communiqué diffusé au sujet de la controverse, Salah Sound & Maintenance, qui se présente comme l’équipe chargée du système sonore, affirme catégoriquement que « the sound has been calibrated within the permissible db level » — autrement dit, que le son a été calibré dans les limites autorisées.
L’entreprise ajoute qu’il serait, techniquement, « impossible » que le son se propage à un kilomètre au-delà de la mosquée. Elle avance également une explication aux variations d’intensité ressenties par les habitants : le vent. Selon elle, un même foyer peut entendre l’Azaan plus fortement certains jours et beaucoup moins d’autres jours en fonction de la direction du vent qui peut transporter les ondes sonores.
Salah Sound insiste toutefois sur un point : « the limit of the volume stays the same ». Pour elle, une variation dans la perception du son ne signifie donc pas nécessairement une augmentation du volume réglé sur l’installation.
Nous nous retrouvons ainsi devant une première divergence importante : des mesures supérieures à la norme sont évoquées d’un côté ; de l’autre, l’entreprise technique affirme que l’installation a été calibrée dans les limites autorisées.
Cette contradiction ne peut être résolue qu’en établissant qui a procédé aux différentes mesures, avec quel appareil, à quelle date, à quel endroit et dans quelles conditions.
Puis le minaret entre dans l’affaire
C’est dans ce contexte sonore déjà tendu qu’apparaît un deuxième volet : le minaret. Dans sa déclaration, la magistrate fait état de travaux concernant un minaret qui serait destiné à accueillir des haut-parleurs. C’est un tournant dans l’affaire.
Il serait toutefois excessif d’affirmer, sur la base des seuls documents disponibles, que les six haut-parleurs ont déjà aggravé le problème sonore. Rien n’établit, à ce stade, qu’ils étaient déjà tous opérationnels lorsque les plaintes précédentes ont été formulées.
En revanche, on peut constater que la perspective de six haut-parleurs sur le minaret est venue accroître les préoccupations dans un dossier où les décibels étaient déjà contestés. À partir de là, la controverse change de terrain. Elle n’est plus seulement acoustique. Elle devient aussi urbanistique et administrative.
Le 28 juillet 2026, le Conseil de district de Rivière-du-Rempart adresse une lettre au président de l’Association de la Jummah Mosque de Goodlands. L’objet : « Carrying on development works at Mosque Road, Goodlands ».
Le Conseil indique avoir été informé que des travaux auraient été entrepris sans Building and Land Use Permit et/ou sans respecter les conditions ou règlements applicables. Il précise également avoir reçu une plainte concernant un « illegal development ».
La mosquée est alors invitée à se présenter au siège du Conseil à Mapou dans un délai de sept jours et à produire plusieurs documents, dont son Building and Land Use Permit, ses titres de propriété et un Land Survey Report.
La mosquée répond par le terrain de la rénovation
La Jummah Mosque de Goodlands développe alors sa propre lecture des travaux. Dans une lettre du 20 août 2026 au Chairman du District Council, son président, Adil Ollee, demande une « No Objection Letter for Renovation Works for Minaret ».
Le mot important est « renovation ». La mosquée explique qu’elle souhaite effectuer des travaux sur « an existing Minaret » et ajoute expressément : « without structural modifications to same ». Sa position est donc claire : il ne s’agirait pas de construire un nouveau minaret, mais de rénover une structure existante depuis longtemps, sans en modifier la structure.
La lettre ajoute que cette démarche de « No Objection » est précisément effectuée afin de s’assurer qu’il n’y ait « no breach of laws or regulations ».
La mosquée s’engage également à ce que les travaux soient réalisés conformément aux lois et directives en vigueur.
Demande de précision de l’accusation
Près d’un mois plus tard, le dossier se durcit. Le 16 septembre, Adil Ollee écrit de nouveau au District Council. Cette fois, la mosquée demande que le Conseil fournisse « full and precise particulars of the allegations being made », afin qu’elle puisse comprendre précisément ce qui lui est reproché et y répondre.
Elle réclame notamment une copie de la plainte, la disposition légale qui aurait été enfreinte, une description précise des travaux considérés comme nécessitant un BLP et les éventuels rapports d’inspection, photographies, mesures ou documents techniques sur lesquels le Conseil s’appuie.
La mosquée pose surtout une question centrale : le District Council considère-t-il que le minaret existant lui-même est illégal ou sa préoccupation porte-t-elle uniquement sur les travaux récents ?
Elle rappelle que le minaret existe depuis longtemps et maintient que les travaux sont des travaux de rénovation « without structural modification ».
Puis elle pousse son argument plus loin : une simple allégation de « illegal development », écrit-elle en substance, ne peut remplacer l’identification de la disposition légale qui aurait été violée et des faits sur lesquels le Conseil s’appuie.
Et maintenant ?
Le dossier reste donc ouvert. Deux points devront désormais être éclaircis : la réalité des niveaux sonores relevés et la nature exacte des travaux entrepris sur le minaret. La mosquée demande au District Council de préciser sur quelle base légale un BLP serait exigé et de produire les éléments techniques à l’appui de sa position. De son côté, le Conseil devra dire clairement s’il conteste l’existence même du minaret ou uniquement les travaux récents.
La prochaine étape sera donc déterminante : documents techniques, réponse officielle du District Council et, éventuellement, nouvelles mesures de décibels permettront de savoir si le différend peut être réglé administrativement ou s’il est appelé à se prolonger.
En somme, la balle est dans le camp du conseil de district.

Adil Ollee : « Nous avons toujours privilégié le dialogue et la conformité »
Le président de la Jummah Mosque de Goodlands, Adil Ollee, affirme que le différend autour du niveau sonore de l’Azaan ne date pas d’hier. Selon lui, la direction de la mosquée a, depuis le début, cherché à concilier pratique religieuse, respect du voisinage et conformité aux exigences légales.
« Ce problème remonte à plus d’un an. Nous avons toujours montré notre bonne foi et notre volonté de ne pas incommoder qui que ce soit », explique-t-il à STAR. Il affirme que la mosquée avait ainsi accepté de réduire le niveau sonore lorsque des préoccupations avaient été exprimées.
Selon Adil Ollee, la direction a ensuite voulu aller plus loin lors des travaux de rénovation. « Pendant la rénovation, nous nous sommes attaché les services d’une entreprise spécialisée afin que notre système sonore soit calibré conformément aux normes légales », soutient-il.
Salah Sound & Maintenance a, de son côté, publiquement affirmé que le système avait été calibré dans les limites autorisées. Cette affirmation contraste toutefois avec les niveaux plus élevés évoqués par les plaignants.
Pour le président de la mosquée, le dossier a ensuite pris une dimension disproportionnée avec la question du minaret. « C’est malheureux que ce problème de décibels se soit amplifié avec la rénovation du minaret, alors que celui-ci existe depuis la création de la mosquée », dit-il.
La direction maintient qu’il ne s’agit pas d’un nouveau minaret, mais de la rénovation d’une structure existante, sans modification structurelle. C’est également la position qu’elle a formellement communiquée au District Council.
La question du permis
Adil Ollee affirme que la mosquée n’a pas cherché à contourner les procédures administratives. « Pour la rénovation du minaret, nous sommes allés au Conseil afin de faire une demande. Mais on nous a expliqué qu’ils ne savaient pas quel type de permis devait être accordé, parce que c’était, selon ce qui nous a été dit, la première fois qu’une telle demande leur était soumise », avance-t-il.
Il ajoute : « Li pa nou fot si District Council pa ti en mezir indik nou ki permi ki bizin. »
Le président assure néanmoins que la mosquée entend continuer à coopérer avec les autorités. « Nous sommes déterminés à collaborer. Mais il faut aussi comprendre qu’il nous est matériellement impossible de répondre à certaines demandes lorsqu’elles concernent des documents qui remonteraient à 1937, au moment de la construction de la mosquée », fait-il valoir.
Il insiste enfin sur la volonté de la direction de sortir durablement de ce différend : « Notre souhait est de parvenir à une solution durable, dans le respect de la loi mais aussi dans l’intérêt de l’harmonie entre les habitants de toutes les communautés. »
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