Tuesday , 15 September 2026
Yaseen raconte que son père n’avait qu’un seul souhait : voir ses deux fils se marier et fonder leur famille. Zaheer avait des projets plein la tête mais à présent, il doit apprendre à vivre avec son handicap après un accident de la route.

Nouvelles lois sur les routes : ceux qui restent racontent les vies brisées

Derrière les nouvelles mesures annoncées pour renforcer la sécurité routière, il y a des victimes, des familles endeuillées et des vies à reconstruire. Zaheer Salahaunt, 18 ans, a perdu sa jambe après un accident. Yaseen, 33 ans, pleure un père fauché alors qu’il se rendait à la mosquée. Deux destins bouleversés, deux blessures différentes, mais un même cri : sur les routes mauriciennes, une imprudence peut coûter une vie et laisser des familles avec des cicatrices pour toujours.

Yaseen, 33 ans, devait se marier très prochainement : « Mon père ne verra jamais son plus grand rêve se réaliser »

Il était parti pour une mission simple et profondément ancrée dans sa foi : aller prononcer l’Adhân d’Esha. Mais Sheik Mohammad Ali Boodoo n’est jamais arrivé à destination. Fauchée par un conducteur sans permis, sa vie s’est arrêtée brutalement, faisant de lui une énième victime d’une série d’accidents qui relance, une fois de plus, le débat sur la sécurité routière et la responsabilité des conducteurs à Maurice.

Pour son fils Yaseen, 33 ans, fonctionnaire, le choc est d’autant plus cruel que son père nourrissait un rêve qui lui tenait profondément à cœur : voir ses deux fils mariés et bien installés dans la vie.

« Mon père n’a pas vu l’un de ses plus grands rêves se réaliser. Il voulait me voir marié. Et mon petit frère aussi devait se marier prochainement. Il voulait voir ses deux fils mariés et settled, bien installés dans leur vie », confie Yaseen, encore bouleversé par la disparition de son père. Un bonheur familial que Sheik Mohammad Ali Boodoo, ancien Assistant Superintendent of Prisons, attendait avec impatience s’est transformé en une douleur que ses proches devront désormais porter.

Faire respecter les règles

Sheik Mohammad Ali Boodoo, père de deux fils, dont Ahmad Saif, 28 ans, était connu de ses proches pour sa présence dans la communauté et son engagement religieux. Ce soir-là, il était en route pour aller prononcer l’Adhân d’Esha lorsqu’il a été fauché. Derrière le chiffre d’une victime de plus se trouve une famille brisée, des projets interrompus et un père qui ne pourra jamais accompagner ses fils dans les moments importants de leur vie.

Pour Yaseen, cette tragédie pose une question fondamentale : combien faudra-t-il encore de victimes avant que les règles de sécurité routière soient réellement respectées ?

Le fait que le conducteur impliqué circulait sans permis est, à ses yeux, particulièrement difficile à accepter. « On peut toujours renforcer les lois, mais si des personnes continuent à prendre le volant sans permis, à quoi servent ces règles ? » s’interroge-t-il. Pour lui, il ne suffit pas d’annoncer de nouvelles sanctions. Il faut surtout faire respecter les règles et empêcher concrètement les personnes qui n’ont pas le droit de conduire de prendre le volant.

Responsabilité des autorités

Mais la colère de Yaseen ne vise pas uniquement le conducteur impliqué dans l’accident. Il estime que les autorités portent également une part de responsabilité dans la mort de son père. « Pour moi, les autorités sont aussi responsables. J’irais même jusqu’à dire qu’elles sont également criminelles, au même titre que le conducteur qui a causé l’accident », affirme-t-il avec colère.

Dans cette zone résidentielle de Deep River-Bel Air, les inquiétudes ne datent pourtant pas d’hier. Selon Yaseen, plusieurs plaintes ont été faites depuis 2023 à travers la plateforme de la CSU afin que la situation soit portée à l’attention des autorités concernées. Des demandes précises avaient notamment été formulées pour l’installation d’une caméra de vitesse et de ralentisseurs, compte tenu du caractère résidentiel de la zone et des risques liés à la vitesse des véhicules.

Mais, déplore-t-il, rien n’a véritablement changé. Les demandes sont restées sans réponse concrète et les mesures de prévention attendues n’ont pas été mises en place. « Nous avons signalé la situation depuis 2023. Nous avons demandé une caméra de vitesse et des ralentisseurs dans cette zone résidentielle. Nous avons fait ce qu’il fallait faire. Mais en vain », fait comprendre Yaseen.

C’est précisément cette absence de réaction qui nourrit aujourd’hui son incompréhension et sa colère. Pour lui, lorsqu’une famille ou des habitants signalent à plusieurs reprises un danger, les autorités ont le devoir d’agir avant qu’un drame ne survienne. Attendre qu’une personne perde la vie pour prendre des mesures serait, selon lui, une grave défaillance du système.
Contrôle rigoureux
Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures destinées à renforcer la sécurité sur les routes. Yaseen dit y être favorable. Pour lui, il est indispensable d’agir face au nombre de morts sur les routes et de ne pas rester les bras croisés. Mais les nouvelles dispositions doivent, estime-t-il, être accompagnées d’un contrôle beaucoup plus rigoureux sur le terrain et surtout d’une véritable écoute des alertes lancées par les citoyens.

Car pour Yaseen, la sécurité routière ne doit pas être une réaction après un décès. Elle doit être une prévention avant qu’un drame ne se produise.

Zaheer Salahaunt, 18 ans, a perdu sa jambe gauche après un accident : «Une seconde peut changer toute une vie»

À 18 ans, Zaheer Salahaunt aurait dû parler de ses projets, de ses études et de son avenir. Aujourd’hui, il parle plutôt de rééducation, de prothèse et d’une vie qu’il doit réapprendre à construire. Victime d’un grave accident de la route, le jeune habitant de Plaine-des-Papayes a perdu sa jambe gauche. Son histoire donne un visage humain au débat autour du renforcement des lois et des sanctions routières.

Le 30 août 2025, Zaheer circulait à moto en direction de Fond-du-Sac lorsqu’il a été percuté par une voiture. Le choc a été particulièrement violent. Grièvement blessé, le jeune homme a été pris en charge et a dû subir plusieurs interventions médicales. Malgré les efforts des médecins, sa jambe gauche n’a pas pu être sauvée.

Depuis cette journée, son existence a pris une autre direction. « Ma vie a changé », confie-t-il. Une phrase courte, mais qui résume l’ampleur du bouleversement qu’il vit depuis plus d’un an. À son âge, Zaheer doit désormais composer avec les conséquences physiques et psychologiques d’un accident qui a interrompu une partie de ses projets.

Réapprendre à…vivre

Avant le drame, le jeune homme suivait des cours dans le domaine de l’électricité. Il avait choisi cette voie avec l’envie d’apprendre un métier et de préparer son avenir professionnel. L’accident l’a cependant obligé à mettre ses études entre parenthèses. Ses ambitions restent présentes, mais leur réalisation est devenue beaucoup plus difficile.

Son quotidien est désormais rythmé par les soins et les démarches liées à sa réadaptation. Il doit également apprendre à se déplacer autrement et à retrouver progressivement son autonomie. Une prothèse représente pour lui une étape essentielle. Sa famille se mobilise pour réunir les fonds nécessaires à son acquisition, dans l’espoir qu’elle lui permette de retrouver davantage d’indépendance et, à terme, de reprendre certaines de ses activités.

Cette expérience explique aussi pourquoi Zaheer porte une attention particulière aux nouvelles mesures destinées à renforcer la sécurité sur les routes. Pour lui, durcir la législation n’a de sens que si cela pousse réellement les conducteurs à changer leur comportement.

« Je trouve que les nouvelles lois sont une bonne chose. Elles doivent surtout pousser les conducteurs à être beaucoup plus vigilants au volant », affirme-t-il.

Un message

Le jeune homme ne souhaite pas uniquement parler de ce qui lui est arrivé. Il veut également faire passer un message aux automobilistes et aux motocyclistes. Pour lui, prendre le volant ou le guidon implique une responsabilité qui ne doit jamais être prise à la légère. Une vitesse excessive, une manœuvre dangereuse, un moment d’inattention ou le non-respect d’une règle peuvent avoir des conséquences que personne ne pourra ensuite effacer.

« On ne peut pas condamner la vie d’une personne comme dans mon cas », lâche Zaheer. Derrière cette déclaration se trouve une réalité qu’il connaît désormais intimement : un accident ne s’arrête pas au moment de la collision. Les conséquences peuvent accompagner la victime pendant des années et affecter également toute sa famille.

À travers son témoignage, Zaheer espère donc que le renforcement des sanctions sera accompagné d’une véritable prise de conscience sur les routes mauriciennes. Les lois peuvent sanctionner les comportements dangereux, mais la prudence doit commencer par chaque conducteur.

À 18 ans, alors qu’il avait encore de nombreux projets devant lui, Zaheer a vu son quotidien basculer en quelques secondes. Il veut désormais que son histoire serve d’avertissement. Pour lui, aucune course, aucune imprudence et aucun comportement irresponsable ne valent le risque de détruire une vie. « Une vie peut changer en quelques secondes », résume-t-il, avec l’espoir que son expérience incitera d’autres usagers de la route à réfléchir avant qu’il ne soit trop tard.

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

Ashraf tué dans un accident en 2024 : Sa mère refuse d’abandonner son combat pour la justice

Depuis le 18 octobre 2024, la vie de Shafinaaz Bhojol a basculé. Ce jour-là, son …