Mauricienne installée à Paris, épouse et mère de famille, Kara Zuleikha Bibi Omar porte le voile et connaît de l’intérieur les réalités auxquelles sont confrontées les musulmanes en France. Alors que le Rassemblement national (RN) remet sur la table son projet d’interdire le « voile islamique » dans l’espace public, avec la possibilité de sanctionner les contrevenantes par une amende, elle a choisi de témoigner de son quotidien. Elle évoque les difficultés d’accès à certains emplois, les restrictions dans l’école publique et quelques situations où elle a ressenti le poids des préjugés. Mais elle refuse de présenter une France uniformément hostile aux musulmans et insiste aussi sur la solidarité et la tolérance qu’elle rencontre. Malgré ces difficultés et les inquiétudes que pourrait susciter une arrivée du RN au pouvoir, elle affirme préférer continuer à construire sa vie en France plutôt que revenir s’installer à Maurice.
Ci-après son témoignage, verbatim :
Suite à votre publication sur Facebook concernant le port du voile et la situation des musulmans en France, je me permets de vous répondre en partageant mon expérience personnelle. Je suis Mauricienne et je vis en France. Je ne prétends pas parler au nom de tous les musulmans, mais simplement témoigner de ce que je vois et de ce que je vis au quotidien en tant que femme et mère musulmane vivant à Paris.
Oui, il existe une certaine discrimination envers les femmes qui portent le voile. Dans certains domaines professionnels, il est réellement difficile, voire impossible selon le poste et le statut de l’employeur, de travailler avec le voile. À l’école publique également, les élèves ne peuvent pas porter de signes religieux ostensibles. Cela crée forcément une différence entre celles qui portent le voile et celles qui ne le portent pas.
À Paris, dans certains endroits et certains milieux, il est assez rare de voir des femmes portant le voile. Mais il existe aussi des quartiers et des communautés où les gens sont beaucoup plus solidaires. Il y a également beaucoup de mosquées en France et une importante communauté musulmane, avec des musulmans de nombreuses nationalités différentes.
Lors de l’Eid, par exemple, les prières peuvent être organisées en plein air. Ce sont des moments où l’on voit énormément de personnes rassemblées et beaucoup de femmes portant le voile. Elles prennent ensuite les transports en commun avec leur tenue religieuse, et cela fait simplement partie de la vie quotidienne.
Concernant la loi française sur le voile, pour moi, il faut faire une distinction entre le fait de se couvrir la tête et le fait de cacher entièrement son visage. La loi française concerne la dissimulation du visage dans l’espace public.
Personnellement, je ne vois aucun problème avec le fait qu’une femme se couvre simplement la tête. Pour moi, porter un voile qui couvre les cheveux n’empêche pas une personne de vivre normalement, de travailler ou de prendre les transports.
Dans certains emplois, il est réellement difficile de travailler avec le voile»
Personnellement, je n’ai jamais subi directement d’injustice importante à cause de mon voile. En revanche, j’ai parfois constaté certaines attitudes qui montrent qu’il existe encore des difficultés. Par exemple, mon fils porte le prénom Mohamed et j’ai rencontré certaines situations à l’école où j’ai senti qu’il pouvait y avoir un problème autour de son prénom. Nous avons choisi de ne pas répondre à la provocation ou d’entrer dans les conflits. On se dit simplement que c’est comme ça et qu’il faut continuer à avancer.
Concernant les autres communautés religieuses, notamment la communauté juive, certaines familles choisissent également des écoles privées afin que leurs enfants puissent pratiquer leur religion dans un environnement qui correspond davantage à leurs convictions.
Je pense que si le Rassemblement national arrivait au pouvoir, beaucoup de choses pourraient encore changer concernant l’immigration, la religion et le port de signes religieux. C’est une inquiétude pour certaines personnes.
Mais il ne faut pas non plus donner l’image d’une France totalement hostile aux musulmans. Il y a énormément de personnes solidaires, respectueuses et ouvertes, qui vivent très bien avec les musulmans et respectent leurs pratiques. La réalité est donc plus nuancée : il existe des discriminations et des difficultés, mais il existe aussi beaucoup de solidarité et de tolérance.
Et pour parler de mon propre choix, en tant que famille musulmane, je préfère personnellement rester en France plutôt que de retourner vivre à l’île Maurice. Je ne cherche pas pour autant à décourager les personnes qui souhaitent venir immigrer en France. Chacun doit faire son propre choix, mais il faut être conscient que la vie d’immigré n’est pas toujours facile. Il faut avoir le moral solide, beaucoup de patience et être prêt à affronter certaines difficultés pour pouvoir avancer et construire sa vie.
Voilà simplement mon témoignage en tant que Mauricienne vivant en France. La France a ses difficultés, mais elle a aussi beaucoup de personnes qui sont solidaires, respectueuses et qui permettent aux différentes communautés de vivre ensemble.
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