Tant souhaité, tant annoncé, tant attendu, le remaniement ministériel semble désormais imminent. Sauf revirement de dernière minute, il devrait intervenir après le retour d’Afrique du Sud du Premier ministre, Navin Ramgoolam, et avant la reprise des travaux parlementaires, le mardi 1er septembre. Selon nos recoupements, une dizaine de ministres pourraient changer de portefeuille, être promus ou, dans quelques rares cas, faire les frais de l’insatisfaction du chef du gouvernement.
Tout porte à croire que le compte à rebours a commencé. Le remaniement ministériel, évoqué depuis plusieurs mois dans les cercles politiques, devrait intervenir peu après le retour au pays du Premier ministre, Navin Ramgoolam, actuellement en Afrique du Sud.
Avant son départ, le chef du gouvernement avait, dit-on, déjà une idée relativement précise de la nouvelle architecture ministérielle. Son séjour sud-africain pourrait lui offrir le recul nécessaire pour procéder aux derniers arbitrages, loin des pressions, des sollicitations et des rivalités qui accompagnent inévitablement ce type d’exercice.
Car un remaniement n’est jamais une simple affaire administrative. Il faut déplacer certains ministres sans les humilier, en promouvoir d’autres sans provoquer de frustrations et préserver les équilibres entre partis, sensibilités, régions, communautés et ambitions personnelles. Chaque nomination produit un heureux, mais souvent plusieurs déçus.
Une dizaine de ministres dans le mouvement
Selon nos recoupements, une bonne dizaine de ministres pourraient être concernés, directement ou indirectement, par cette redistribution des responsabilités. Les noms d’Arvin Boolell, Ajay Gunness, Jyoti Jeetun, Ritesh Ramphul, Reza Uteem et Mahend Gungapersad circulent avec insistance.
Il ne faut toutefois pas conclure que tous ceux dont les noms sont évoqués seraient nécessairement sanctionnés. Dans plusieurs cas, il pourrait simplement s’agir d’un changement de portefeuille rendu nécessaire par la nouvelle configuration gouvernementale. Certains ministres pourraient obtenir des responsabilités plus importantes, tandis que d’autres seraient déplacés vers des secteurs jugés plus compatibles avec leur profil ou les nouvelles priorités du gouvernement.
Dans quelques cas plus rares, le remaniement pourrait cependant traduire l’insatisfaction du Premier ministre à l’égard des performances enregistrées. Navin Ramgoolam pourrait profiter de l’occasion pour rappeler un principe élémentaire : une nomination ministérielle n’est ni une récompense définitive ni une rente politique. Elle suppose des résultats, une présence sur le terrain, une maîtrise des dossiers et une capacité à défendre l’action gouvernementale.
La grande inconnue demeure l’ampleur de l’opération. S’agira-t-il d’un ajustement limité destiné à combler les vacances et à déplacer quelques portefeuilles ? Ou le Premier ministre choisira-t-il une restructuration plus profonde, capable de modifier véritablement le visage et le fonctionnement du gouvernement ?
Les Finances au cœur des arbitrages
L’éventualité d’une nomination de Ritesh Ramphul au ministère des Finances serait l’un des principaux moteurs de cette réorganisation. Un tel déplacement entraînerait forcément une série d’ajustements en cascade.
Le portefeuille des Finances ne constitue pas un ministère comme les autres. Son titulaire se retrouve au centre de toutes les décisions importantes : dépenses publiques, fiscalité, dette, investissements, pensions, aides sociales et grands projets. Une nomination à ce poste ne pourrait donc être interprétée comme un simple changement de titulaire. Elle indiquerait la direction économique que Navin Ramgoolam entend imprimer à la seconde phase de son mandat.
Cette décision serait particulièrement observée dans le contexte actuel. Après les tensions provoquées par la réforme des pensions et d’autres mesures présentées par le gouvernement comme « incontournables », le prochain ministre des Finances devra accomplir un exercice délicat : maintenir la discipline budgétaire tout en restaurant la confiance d’une population qui redoute de nouveaux sacrifices.
Veda Baloomoody, la consécration attendue
Veda Baloomoody serait, pour sa part, bien placé pour faire son entrée au Conseil des ministres en remplacement de Paul Bérenger. Si elle se confirme, sa nomination représenterait un véritable accomplissement politique pour celui qui compte cinq mandats parlementaires.
Après une longue carrière passée à défendre les couleurs du MMM et à intervenir sur des dossiers juridiques, institutionnels et constitutionnels, Veda Baloomoody accéderait enfin à une fonction ministérielle. Pour un homme politique qui pourrait se trouver dans la dernière partie de son parcours public, cette promotion aurait valeur de consécration.
Elle aurait également une portée politique pour le MMM. Le parti devra démontrer qu’il dispose encore de personnalités capables d’assumer des responsabilités gouvernementales et de peser dans les arbitrages de l’alliance. Mais une nomination de Veda Baloomoody ne suffira pas, à elle seule, à dissiper toutes les interrogations sur la place du MMM au sein du pouvoir.
Créer un nouvel élan pour reconquérir l’opinion
Ce remaniement intervient à un moment sensible. Le gouvernement souffre d’un déficit croissant de popularité, largement alimenté par la réforme des pensions. Le malaise a ensuite été accentué par plusieurs décisions impopulaires, même si l’Exécutif les considère nécessaires pour préserver les finances publiques et corriger certains déséquilibres.
Le problème du gouvernement n’est donc plus uniquement économique. Il est aussi politique et psychologique. Une partie de la population a le sentiment que les efforts demandés ne sont pas suffisamment expliqués, que les décisions arrivent sans préparation et que les ministres ne parlent pas toujours d’une seule voix.
Navin Ramgoolam devra répondre à ce malaise. Il ne lui suffira pas de changer quelques noms sur la liste ministérielle. Il devra montrer que les méthodes évoluent également : davantage de coordination, plus de présence sur le terrain, une communication plus cohérente et des résultats perceptibles dans la vie quotidienne.
Le public jugera ainsi moins les nouveaux titres que les premiers actes. Une promotion spectaculaire ne produira aucun effet durable si les mêmes lenteurs, les mêmes contradictions et les mêmes hésitations persistent.
Ça passe ou ça casse
Pour Navin Ramgoolam, ce remaniement pourrait constituer l’un des tournants majeurs de son mandat. S’il parvient à convaincre qu’il ne s’agit pas d’un simple jeu de chaises musicales, mais d’une véritable remise en ordre de bataille, il pourra espérer reprendre l’initiative et redresser progressivement la barre.
Mais si l’opération apparaît comme un arrangement entre partenaires, une distribution de récompenses ou un recyclage sans changement de méthode, elle risque d’aggraver le scepticisme.
En politique, un remaniement offre rarement une seconde chance. Il crée une attente immédiate et place les nouveaux titulaires sous surveillance. Cette fois, l’enjeu est clair : soit le gouvernement retrouve un nouvel élan, soit il poursuit sa glissade vers le précipice politique. Pour Navin Ramgoolam, l’heure n’est plus aux réglages cosmétiques. C’est l’heure de vérité.
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