Impensable. Le prix du bétail pour le Qurbani 2026 a finalement été fixé à Rs 186 le kilo, alors que Socovia réclamait Rs 220. Une décision qui a surpris tout le monde, tant l’écart entre la demande initiale de l’importateur et le prix retenu paraît important (Rs 34). Selon nos recoupements auprès du comité interministériel, cet écart s’explique par un examen détaillé des coûts soumis : alimentation locale, nombre de têtes retenues, documents justificatifs, paiements à réconcilier et méthode de calcul. Socovia, de son côté, conteste ce chiffre et maintient que le prix de Rs 220 le kilo était justifié.
Socovia réclamait Rs 220 le kilo pour le bétail importé destiné au Qurbani 2026. Le comité interministériel présidé par Shakeel Mohamed a finalement retenu un prix de Rs 186 le kilo. Selon nos recoupements auprès du comité interministériel, ce prix résulte d’un exercice de vérification des coûts soumis par l’importateur, avec une attention particulière portée au coût de l’alimentation locale du bétail, à la méthode de calcul utilisée et aux pièces justificatives produites.
Le premier élément déterminant concerne le coût de l’alimentation. Socovia avait initialement soumis un coût local de près de Rs 69,7 millions pour 6 928 têtes. Après demande de clarification, ce montant a été revu à environ Rs 38 millions pour 4 277 têtes. Cette révision a fortement pesé dans la reconstruction du prix final.
Selon les éléments recoupés, le coût alimentaire présenté au départ représentait environ Rs 22,06 par kilo de bétail. Après la nouvelle méthode de calcul soumise par Socovia, ce coût est passé à environ Rs 20,11 par kilo. Mais le comité a surtout relevé que ces chiffres ne pouvaient pas être entièrement vérifiés, faute de registres complets sur les quantités réellement consommées, les mouvements de stock, la fréquence d’alimentation et la durée exacte de garde des animaux.
Le deuxième élément concerne le nombre d’animaux retenus dans le calcul. Dans la première structure de coûts, les charges semblaient réparties sur 6 928 têtes. Après clarification, Socovia a isolé les animaux considérés comme disponibles pour le Qurbani, soit 4 277 têtes. Cette modification a entraîné une baisse importante du poids total pris en compte dans le calcul et a changé la base de répartition des coûts.
Le troisième élément porte sur le coût global par kilo. Après révision de la méthodologie, le coût total est ressorti à environ Rs 176,54 le kilo, arrondi à Rs 177. À ce montant a été ajoutée une marge bénéficiaire de Rs 5 le kilo, utilisée comme référence dans les exercices précédents. Le prix calculé est ainsi arrivé à Rs 182 le kilo.
Le comité n’a toutefois pas retenu uniquement ce montant de Rs 182. Compte tenu des incertitudes persistantes sur certains postes de coûts, il a recommandé une fourchette de Rs 182 à Rs 190 le kilo. Le prix finalement fixé à Rs 186 le kilo se situe au milieu de cette fourchette.
D’autres éléments déterminants
D’autres points ont également été pris en compte. Selon nos recoupements, des paiements liés à une cargaison de Namibie devaient encore être réconciliés. Un montant d’environ ZAR 2,54 millions apparaissait comme restant dû, alors que des indications précédentes laissaient entendre que les paiements avaient été effectués.
Les coûts débarqués ont aussi soulevé des interrogations. Les cargaisons provenant de Namibie et du Kenya affichaient des coûts presque identiques, soit environ USD 3,68/kg et USD 3,69/kg, malgré des origines, des conditions de transport et des chaînes logistiques différentes.
Des réserves ont enfin été relevées sur certains documents de fournisseurs étrangers, notamment lorsque les coordonnées figurant sur certaines factures ne correspondaient pas entièrement aux informations disponibles auprès des entités concernées.
Au final, le comité a considéré que la demande de Rs 220 le kilo ne pouvait pas être acceptée sur la base des éléments soumis. Le prix de Rs 186 le kilo a été retenu après la révision du coût d’alimentation, la réduction du nombre de têtes prises en compte, la reconstruction du coût par kilo et l’ajout d’une marge bénéficiaire. Le principe retenu est simple : les coûts non vérifiés ou insuffisamment établis ne devaient pas être automatiquement transférés aux consommateurs.
Qurbani Evolution du prix depuis 2015
Année Prix (Kg)
2026 Rs 186
2025 Rs 174
2024 Rs 174
2023 Rs 170
2022 Rs 170
2021 Rs 151
2020 Rs 136.50
2019 Rs 132.50
2018 Rs 134
2017 Rs 135
2016 Rs 129
2015 Rs 125
Socovia dénonce une décision « unilatérale et arbitraire »
Socovia conteste la décision du gouvernement de fixer le prix du bétail destiné au Qurbani à Rs 186 le kilo. Son directeur, Ahmed Surally, qualifie cette décision d’« unilatérale et arbitraire », estimant que l’entreprise n’a pas été convoquée par le comité interministériel pour s’expliquer directement sur les points de désaccord.
Selon lui, les échanges avec le comité se sont limités à des requêtes écrites. Il soutient que Socovia n’a pas eu l’occasion de participer à un débat clair et transparent sur les éléments contestés. « Dans un État de droit, la moindre des choses aurait été de nous convoquer », affirme-t-il.
Ahmed Surally estime également que le comité interministériel n’a pas pris en considération l’ensemble des éléments constituant le coût réel de l’importation, malgré les documents soumis par la compagnie. Dont le taux de change, le prix d’achat, et la situation économique mondiale, entre autres. Selon lui, il serait « quasi impossible » de fixer le prix à Rs 186 le kilo tout en affirmant que Socovia réalisera des profits.
Le directeur de Socovia maintient que le prix de Rs 220 le kilo demandé par l’entreprise était raisonnable. Il affirme que, selon les chiffres et calculs de la compagnie, les coûts s’élèvent à Rs 212 le kilo, avec un mark-up de 3,7 % seulement.
Malgré son désaccord, Ahmed Surally indique que Socovia se plie à la décision des autorités. Il affirme que l’entreprise, en tant que compagnie respectueuse des institutions, accepte de vendre à perte. « Tout au long de la journée de samedi, nous avons reçu le public pour la réservation de bétail. Nous comptons honorer notre responsabilité auprès du public. Malgré cette grande déception, nous gardons le morale haut et nous accueillons le public avec sérénité et hospitalité », déclare Ahmed Surally.
Il précise toutefois que Socovia est actuellement en consultation avec ses hommes de loi afin de déterminer la marche à suivre.
La WIM Mauritius remercie le ministre Mohamed
La World Islamic Mission (WIM) Mauritius salue la décision de fixer le prix du bétail pour le Qurbani 2026 à Rs 186 le kilo. Elle exprime son appréciation au ministre Shakeel Mohamed et à son équipe ministérielle pour leur « sens de l’équité » et leur engagement dans l’intérêt de la communauté.
La WIM rappelle que l’Eid-ul-Adha demeure une occasion sacrée pour les musulmans et que l’acte du Qurbani doit être respecté dans son véritable esprit religieux. Elle estime que les intérêts commerciaux ne doivent pas prendre le dessus sur la dimension spirituelle du sacrifice. L’organisation souligne également que le profit ne doit pas atteindre un niveau empêchant les musulmans, notamment ceux issus de milieux modestes, d’accomplir cette obligation religieuse.
Muslim Citizen Council : « Soulagement pour les musulmans »
Le Muslim Citizen Council (MCC) accueille favorablement la décision de fixer le prix du bétail pour le Qurbani à Rs 186 le kilo malgré la proposition de Rs 220 de l’importateur. Il exprime sa gratitude au ministre Shakeel Mohamed, qu’il considère comme un geste de justice et de soulagement pour la communauté musulmane.
Le MCC souligne que, depuis plusieurs années, des préoccupations étaient exprimées concernant les profits jugés excessifs réalisés par certains importateurs sur le bétail destiné à cette pratique religieuse.
Selon le MCC, cette intervention permettra à de nombreuses familles d’accomplir leur devoir religieux avec davantage de sérénité. L’organisation salue une décision qu’elle qualifie de courageuse, équitable et attentive aux préoccupations légitimes de la communauté musulmane.
Shakeel Mohamed : « Nous avons mis un frein à l’abus du prix »
Dans une déclaration à STAR, Shakeel Mohamed affirme que le prix de Rs 186 le kilo est le résultat d’un travail de vérification mené sur les coûts soumis par Socovia. Il soutient que ce prix freine l’abus tout en permettant encore à l’importateur de réaliser des profits. Ci-après l’intégralité d’une déclaration faite par le ministre Shakeel Mohamed à STAR.
«Chaque année, à l’approche de l’Eid-ul-Adha, le même problème revient : le gouvernement doit fixer le prix du bétail pour le Qurbani. Et chaque année, beaucoup de musulmans restent convaincus qu’il y a de l’abus quelque part. Même lorsque le prix est revu à la baisse, ils ont souvent le sentiment qu’il ne s’agit pas d’une vraie correction, mais seulement d’une réduction de l’abus.
Cette année, lorsque le gouvernement m’a confié la présidence du comité interministériel, j’ai pris cette responsabilité très au sérieux. Je me suis dit que j’avais un devoir envers les musulmans, envers les consommateurs, mais aussi envers le Créateur : faire en sorte que ceux qui accomplissent le Qurbani ne soient pas lésés, surtout au niveau du prix.
Pour y arriver, il fallait du sérieux et du professionnalisme. Je me suis investi à fond dans ce dossier, jour et nuit. J’ai personnellement épluché les documents soumis par Socovia au ministère de l’Agro-industrie et au ministère du Commerce. Au fur et à mesure, j’ai relevé des incohérences, des zones d’ombre et des éléments qui méritaient des éclaircissements.
J’ai donc demandé aux fonctionnaires concernés de retourner vers l’importateur pour obtenir des explications. Dans plusieurs cas, mes doutes se sont confirmés. C’est au terme de ce travail minutieux que nous sommes arrivés à un prix de Rs 186 le kilo.
Il faut rappeler que Socovia avait demandé Rs 220 le kilo. L’entreprise affirme qu’à Rs 186, elle vendrait à perte. Je crois exactement le contraire. D’après nos calculs, basés notamment sur ses propres chiffres et sur les données vérifiées, à Rs 186 le kilo, Socovia réalisera encore des profits.
Je ne suis pas là pour être injuste envers une compagnie. Je ne vais pas imposer une perte à une entreprise simplement pour gagner en popularité. Ma mission n’est pas de créer une nouvelle injustice. Ma mission est de rétablir un minimum de justice pour les consommateurs.
Franchement, je ne peux pas m’empêcher de penser que, pendant des années, certains hauts fonctionnaires ont failli dans leur tâche. Les chiffres soumis par l’importateur ont trop souvent été pris pour argent comptant, sans être suffisamment questionnés.
Cette fois, nous avons fait le travail. Nous avons vérifié, interrogé, recoupé. Une chose est sûre : nous avons mis un frein à l’abus du prix.
Mais je ne compte pas m’arrêter là. Je souhaite maintenant aider mon collègue, le ministre du Commerce Michael Sik Yuen, à travailler sur une meilleure surveillance des prix du bétail, du mouton, du cabri et d’autres produits tout au long de l’année.
Mon objectif est simple : travailler pour tous les consommateurs et faire en sorte que les prix soient justes, transparents et défendables. »
La NLTA rappelle les règles pour le transport du bétail
La National Land Transport Authority rappelle aux propriétaires et chauffeurs de camions transportant du bétail à l’occasion de l’Eid-ul-Adha que des règles strictes doivent être respectées. Elle met en garde contre la pratique consistant à transporter des personnes sur les structures métalliques à l’arrière des camions, une pratique jugée dangereuse.
La NLTA souligne qu’un freinage brusque ou une mauvaise manœuvre peut provoquer une chute grave et entraîner un accident. Elle précise que le nombre de personnes autorisées à bord est limité et que celles-ci doivent voyager uniquement dans la cabine ou sur le caisson du camion. Il est strictement interdit de monter sur les structures métalliques arrière.
L’autorité demande ainsi à tous ceux qui transportent du bétail de respecter les conditions de leur permis. En cas d’infraction, les contrevenants s’exposent à des poursuites ou à des sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension ou la suppression de leur licence.
Le SUAC appelle au respect du prix fixé
Le Sunni Ulama and Aimmah Council (SUAC) accueille favorablement la fixation du prix du bétail à Rs 186 le kilo pour le Qurbani 2026. Elle estime que cette décision apporte un soulagement à la communauté, tout en reconnaissant que le prix est en hausse par rapport à l’année dernière. La SUAC salue aussi le travail du comité interministériel, particulièrement celui du ministre Shakeel Mohamed, estimant qu’un travail d’investigation approfondi a été mené avant la fixation du prix.
1. Ne payez pas plus que Rs 186 le kilo
Le premier conseil du SUAC est direct : le prix fixé est de Rs 186 le kilo. Les consommateurs ne doivent donc payer aucune roupie de plus, quel que soit le parc où ils achètent leur animal.
2. Faites peser l’animal devant vous
Le SUAC demande aux acheteurs de s’assurer que l’animal soit pesé devant eux avant le paiement. Le paiement doit se faire sur la base du poids réel constaté.
3. Dénoncez toute vente au-dessus du prix fixé
Si un importateur ou un revendeur réclame plus que Rs 186 le kilo, le SUAC demande aux consommateurs de ne pas accepter cette pratique. Elle les invite à dénoncer tout dépassement du prix officiel.
4. Mettre en place une hotline
Le SUAC demande au ministère concerné de mettre en place une hotline pour permettre au public de dénoncer ceux qui vendent au-dessus du prix fixé ou qui se livrent à des pratiques irrégulières.
5. Agir contre les abus
Le SUAC demande également que des actions soient prises contre ceux qui ne respectent pas le prix officiel. Elle estime que l’heure est venue d’ouvrir le marché et de mettre fin au monopole.
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