Wednesday , 15 April 2026

Scandale Twaha Academy : des démarches pour localiser Mufti Azhar Peerbocus en Afrique du Sud

L’enquête sur les dénonciations des cas de maltraitance et l’indécence alléguée à Twaha Academy, Bel-Air, est à plusieurs volets. Pas moins de quatre plaintes ont été enregistrées jusqu’ici.

D’une part, les enquêteurs continuent d’enregistrer les déclarations de la quinzaine d’enfants de la Twaha Academy. Par la suite, ils vont confronter la direction à ces témoignages.

D’autre part, la police mauricienne a alerté les autorités sud-africaines sur le cas de Mufti Azhar Peerbocus qui s’est envolé le 1er avril à bord de la South African Airways sur le vol SA 191. Un départ précipité qui ne relève pas du hasard, car il a été révoqué le 30 mars suite à des plaintes.

L’ASP Suhail Lidialam, responsable du Police Press Office, confirme à Star que des démarches ont été enclenchées pour retrouver Mufti Azhar Peerbocus. « Les procédures ont été enclenchées rapidement et il y a tout un protocole à suivre. Les autorités sud-africaines ont mis la machinerie en marche pour être à sa trousse  », annonce-t-il.

Red Notice à Interpol

Dans un jargon policier, la police mauricienne envoie une Red Notice à Interpol. C’est une demande adressée aux services de police du monde entier pour localiser et arrêter provisoirement une personne, en attendant une extradition, une remise ou une autre procédure similaire. Cette notice repose sur un mandat d’arrêt ou une décision judiciaire émanant du pays demandeur, et que chaque État applique ensuite son propre droit pour décider s’il procède ou non à l’arrestation.

L’extradition n’est pas automatique. La loi mauricienne sur l’extradition prévoit une base légale claire, mais elle suppose que plusieurs conditions soient réunies : existence d’un traité ou d’un fondement juridique, caractère extradable de l’infraction, identité de la personne recherchée, et éléments suffisants pour justifier la procédure. Le texte mauricien prévoit aussi le rôle de l’Attorney-General dans l’enclenchement de certaines étapes de la procédure.

L’Afrique du Sud n’est ni un refuge absolu, ni un terrain simple pour les recherches. Les propres documents stratégiques du South African Police Service (SAPS) citent l’ineffective border management (porous borders) parmi les risques majeurs. Cela alimente l’idée qu’un fugitif peut parfois se déplacer, se cacher ou se fondre dans le paysage plus facilement qu’ailleurs.

Mais l’autre moitié de la vérité doit aussi apparaître  : l’Afrique du Sud coopère réellement dans des dossiers transnationaux. Le rapport annuel 2023/24 de la police sud-africaine fait état de 14 arrestations de suspects transnationaux identifiés facilitées cette année-là, après 11 en 2022/23 et 25 en 2021/22.

Darul Uloom Pretoria nie toute implication

Par ailleurs, Sayed Ridhwaan Mohamed, journaliste freelance et correspondant de STAR en Afrique du Sud, rapporte que le Darul Uloom Pretoria dément héberger Mufti Azhar Peerbocus. Selon lui, Hafez Ismail Hazarvi, Deputy Principal de l’institution, a qualifié de « entirely false and unsubstantiated » ces allégations.

Notre correspondant rapporte que Pir Mufti Mohamed Akbar Hazarvi, de Pretoria, a « formally rescinded all spiritual authorizations and Khilaafat previously granted to Azhar Peerbocus ». Cette décision, écrit-il, est perçue comme un moyen de préserver « the moral standards of the Silsila and protecting the Ummah ».

Dans le même mouvement, le Darul Uloom Pretoria a pris soin d’afficher sa position de principe. Toujours selon Sayed Ridhwaan Mohamed, l’institution affirme être au courant des accusations visant l’intéressé et « vehemently opposes any conduct by ex-students or graduates that contradicts the Shariah ». Elle soutient aussi le processus légal, en rappelant que « the law must take its course in investigating all allegations of misconduct ».

Des parents réclament des sanctions sévères

Saif Nader, parent d’élève.
Saif Nader, parent d’élève.

Face à ce qu’ils décrivent comme des faits graves survenus dans un établissement à vocation religieuse et éducative, des parents réclament des mesures exemplaires. Ils évoquent des pressions, des comportements choquants et, pour certains, l’exposition d’enfants à des substances illicites.

« Sa mufti-la li merite etre severeman sanctionner. » Cette phrase revient dans plusieurs témoignages recueillis auprès de parents dont les enfants ont fréquenté l’établissement concerné. Leurs récits, parfois convergents, viennent alourdir un dossier déjà sensible.

L’un d’eux, Saif Nader, explique que l’affaire a pris un tournant grave lorsque son fils a finalement décidé de parler. « Kan mo garson inn raconté sa problème-la, mo demande li preuve », raconte-t-il. Selon ce parent, la situation aurait ensuite rapidement dégénéré. Il affirme que « Mufti Azhar Peerbocus inn vinn kot mwa avec deux dimounn supposer deux tapeurs pou bat mo garson ».

Ce même parent dit aussi avoir eu connaissance d’un enregistrement qu’il juge accablant. Selon lui, on y entendrait des pressions exercées sur des élèves afin qu’ils gardent le silence. « Monn tan sa zelev dire mo garson pa dire nanier akoz zot bizin reste encore 1 an labas », soutient-il.

D’autres témoignages font état de pratiques jugées profondément inacceptables dans un cadre censé offrir protection, discipline et encadrement. Un parent affirme ainsi que son enfant aurait été exposé à des substances illicites. « Au contraire, laba mem ki linn exposer ar gandia pou fumer. Pas acceptable du tout sa », déplore-t-il.

Qui est Mufti Azhar Peerbocus ?

Longtemps connu dans certains cercles religieux pour son parcours entre Maurice et l’Afrique du Sud, Mufti Azhar Peerbocus, 28 ans, se retrouve désormais au cœur d’une affaire particulièrement sensible.

Celui qui s’est construit une image d’homme de religion, d’enseignant et d’encadreur dans plusieurs structures islamiques fait aujourd’hui face à de graves accusations d’attouchements sur des enfants, dans des institutions éducatives et religieuses où il aurait exercé. Alors que l’enquête suit son cours sous la supervision de la CID, cette trajectoire jusque-là présentée sous l’angle du savoir et de l’enseignement se trouve brutalement éclipsée par la gravité des faits allégués.

Selon les éléments disponibles sur son parcours, Mufti Azhar Perboccus a suivi une formation religieuse en Afrique du Sud, où il a obtenu un premier diplôme en études islamiques, avant de rentrer à Maurice. À son retour, il aurait exercé comme imam et enseignant dans plusieurs lieux de culte et d’apprentissage religieux.

Son parcours l’aurait d’abord conduit à la mosquée de Vallée-Pitot, puis à la mosquée sunnite de Quatre-Bornes. Il aurait également officié à Masjid Madinat-ul-Munawara, sur la route Militaire, où il dirigeait notamment la prière du vendredi et animait des activités éducatives.

Par la suite, il aurait rejoint la Twaha Academy Boarding School comme professeur d’arabe, tout en dispensant également des cours pour adultes à la Masjid Abdul Qadir Jilani, à Castel. C’est dans cet environnement mêlant enseignement religieux, formation et encadrement que s’inscrivent aujourd’hui les accusations portées contre lui.

Toujours selon les informations recueillies, Mufti Azhar Peerbocus aurait poursuivi en parallèle un parcours de spécialisation à distance, en suivant certaines conférences en ligne et en passant un examen en Afrique du Sud.

Un certificat officiel de mufti lui aurait alors été remis par Mufti Hazarvi, Principal du Darul Uloom de Pretoria, présenté comme une figure reconnue du milieu théologique sud-africain.

En dehors de la sphère strictement religieuse, il aurait aussi travaillé dans le secteur privé, notamment chez Libaas Shop entre 2017 et 2018, chez Hezar Mauritius en 2022, ainsi qu’à Caunhye Plaza en 2023, sans compter un passage au sein de l’entreprise familiale entre 2015 et 2016.

Déclaration de Maulana Luckheea à la police

Le 31 mars 2026 à 19h38, le Maulana Hussein Luckheea, président de la Twaha Association, avait consigné une « Precautionary Measure » au poste de police de Bel-Air-Rivière-Sèche. Il explique que la Twaha Association gère une école résidentielle privée à Bel-Air, accueillant une quinzaine de garçons de Grade 7 à Grade 11.

Il affirme avoir été informé par le parent d’un élève qu’un incident serait survenu, l’enfant ayant été « agressé » et « contraint de fumer ». Un règlement à l’amiable et un transfert vers un autre établissement avaient d’abord été envisagés.

Maulana Luckheea ajoute qu’un autre élève aurait eu un problème avec le Principal de l’école, Mohammad Azhar Peerbocus, visé par des allégations d’acte indécent. À l’issue d’une réunion tenue le 30 mars 2026 entre membres de l’association, parents et Principal, Azhar Peerbocus aurait été révoqué avec effet immédiat.

L’élève concerné aurait d’abord nié les faits, avant d’être déplacé pour la nuit par mesure de sécurité. Le lendemain, après des échanges avec la famille, la mère aurait indiqué vouloir aller plus loin dans l’affaire.

La Jummah Masjid prône la tolérance zéro

Dans un communiqué, la Jummah Masjid de Port-Louis condamne toute forme d’abus envers les enfants, insiste sur une politique de « zero tolerance » et exhorte les institutions religieuses et éducatives à adopter des mesures de protection claires et rigoureuses.

La Jummah Masjid affirme d’emblée que « la sécurité et le bien-être de chaque enfant constituent une responsabilité sacrée » et rappelle également que l’islam enseigne « la miséricorde, la bienveillance et la protection des plus vulnérables », en s’appuyant sur un hadith : « Celui qui ne fait pas preuve de miséricorde envers nos jeunes ne fait pas partie des nôtres. »

Sur le plan institutionnel, la Jummah Masjid dit demeurer « pleinement engagée à promouvoir un environnement sûr et respectueux pour les enfants  ». Elle affirme aussi son « plein respect des lois de la République de Maurice » et soutient que toute allégation de faute doit être traitée « dans le cadre des procédures légales appropriées », en laissant les autorités compétentes agir « en toute indépendance et rigueur ».

La Jummah Masjid insiste ensuite sur une ligne de fermeté et dit appliquer une politique de « ZERO TOLERANCE » à l’égard de toute forme d’abus ou de harcèlement, « qu’il soit physique, émotionnel ou sexuel ». Elle estime que de tels actes constituent « une violation grave de nos valeurs morales, religieuses et sociales » et qu’ils « ne seront tolérés en aucune circonstance ».

Au-delà de cette prise de position, l’institution lance un appel plus large à l’ensemble des mosquées, madrassas, darul uloom et jaami’a de Maurice et de Rodrigues. Elle les invite à mettre en place des dispositifs de protection « clairs et rigoureux ». Parmi les mesures citées figurent la vérification systématique des antécédents des enseignants, du personnel et des bénévoles, la supervision des environnements d’apprentissage, l’organisation de salles de classe ouvertes, visibles et accessibles, l’attention portée aux préoccupations des parents et des apprenants, ainsi que la formation continue des éducateurs sur les droits de l’enfant et les procédures de signalement.

Selon la Jummah Masjid, ces dispositions doivent permettre de « renforcer la confiance » et de garantir « un cadre d’apprentissage sûr, respectueux et bienveillant pour les enfants ». La Jummah Masjid appelle également les parents à rester attentifs et impliqués dans le parcours éducatif de leurs enfants.

Le Sunniy ‘Ulamā & Aïmmah Council appelle à la justice

Le Sunniy ‘Ulamā & Aïmmah Council (SUAC) affirme avoir pris « very seriously » les allégations formulées depuis la semaine dernière contre une institution éducative. Dans un communiqué officiel émis le 10 avril 2026, l’instance indique avoir enclenché une démarche interne pour examiner l’affaire plus en profondeur.

Le Conseil explique avoir mené un travail de vérification et de contre-vérification, en rencontrant, « as far as practicable », aussi bien l’accusé que les victimes. Il présente cette démarche comme un effort de « transparency and fairness  » et affirme avoir « left no stone unturned for the truth to prevail ».

Sur le fond, le ton est sans ambiguïté. Le communiqué dit condamner « unconditionally » les actes dénoncés et estime que ceux qui seraient en faute doivent « take ownership of their acts ». Le Conseil souligne en parallèle que l’affaire fait l’objet d’une enquête policière et demande aux autorités d’« expedite matters » afin que justice soit rendue dans les meilleurs délais. Il dit également soutenir une enquête « transparent, unbiased and fair ».

Le SUAC met un accent particulier sur la protection des enfants. Le Conseil affirme les soutenir pleinement « in this difficult moment » et rappelle que leur sécurité ainsi que leur éducation demeurent prioritaires. Il ajoute suivre une politique de « No Compromise » dans toute affaire touchant aux enfants, « irrespective of who they are  ».

Tout en reconnaissant la gravité de la situation, le Conseil appelle le public à ne pas élargir les soupçons à l’ensemble d’un milieu. Il admet que « one case reported is too much », mais demande de « not to generalize the situation ». Le SUAC insiste aussi sur le fait que les imams, huffaz et maulana sont engagés « with sincerity and integrity ».

Enfin, le Conseil affirme vouloir continuer à promouvoir « justice, fairness and transparency in all matters » et assure qu’il n’y aura « no tolerance, favoritism and/or cover-up  » dans le traitement des allégations actuelles. Par cette prise de position, l’instance cherche à afficher une posture de fermeté institutionnelle dans un dossier devenu particulièrement sensible.

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