La hausse de Rs 20 sur le demi-kilo de viande bovine, qui entrera en vigueur à partir du lundi 13 avril, donne déjà une indication claire pour le Qurbani 2026. Selon les éléments avancés par SOCOVIA, le kilo de bœuf sur pattes devrait dépasser les Rs 215, sur fond de fermeture du marché sud-africain, d’approvisionnement plus coûteux en Namibie, de la sècheresse au Kenya, de fret plus lourd et de bétail plus cher.
Àquelques semaines du Qurbani (vers la fin de mai), la perspective d’un renchérissement du prix des parts de bœuf se précise. À partir de ce lundi 13 avril, SOCOVIA, principal importateur de viande bovine, augmentera de Rs 20 par demi-kilo le prix de la viande livrée aux bouchers, le faisant passer de Rs 190 à Rs 210. Une révision qui, selon les éléments avancés par l’entreprise, devrait aussi se refléter dans le prix du bœuf sur pied destiné au Qurbani. Le prix au kilo devait dépasser Rs 215. « Ce chiffre de Rs 215 représente la totalité des coûts que SOCOVIA va encourir. Nous allons soumettre au ministère du Commerce un dossier détaillant ces coûts avec des documents à l’appui », nous annonce Fadil Surally, un responsable de SOCOVIA.
Le dossier du Qurbani ne relève pas uniquement du marché. Depuis des lustres c’est le ministère du Commerce qui fixe le prix, et approuvé par le Conseil des ministres. Soulignons que la marge de profit est déterminée par le gouvernement suite à des plaintes « d’abus » de la part de l’importateur de bœuf.
Une accusation que rejette Fadil Surally : « Si nous abusions, il y aurait eu une marge importante entre notre prix proposé et celui fixé par le gouvernement. » Il soutient même que l’entreprise n’a pas réalisé de bénéfices sur les bœufs vendus pour le Qurbani de l’année dernière. « Nous avions accepté de faire ce sacrifice à la demande du gouvernement nouvellement installé qui souhaitait que le prix soit le plus bas possible », dit-il.
Fermeture du marché sud-africain
Pour expliquer cette hausse du prix, SOCOVIA avance d’abord la fermeture de l’Afrique du Sud, jusque-là marché d’approvisionnement, à la suite d’une interdiction liée à l’épidémie de fièvre aphteuse. Selon l’entreprise, il a fallu revoir toute la stratégie d’achat.
Fadil Surally explique : « Nous avons prospecté plusieurs marchés dont Brésil, Argentine, d’autres pays du continent africain et nous sommes arrêtés sur la Namibie en raison de la qualité de ses bœufs et du prix. » Mais cette réorientation n’a pas été, selon lui, un simple changement de provenance. « La Namibie n’exporte pas de bœuf sur pattes. Elle se concentre sur l’exportation de la viande bovine. Nous avons dû compter sur un de nos consultant en Afrique du Sud et le ministère de l’Agro-Industrie de Maurice, surtout le département de vétérinaire pour réussir cette transaction », ajoute-t-il.
L’option de la Namibie
SOCOVIA indique avoir dû suivre de très près toutes les étapes de ce nouvel approvisionnement. Un représentant de la compagnie a été envoyé sur place depuis deux mois pour sélectionner les animaux et superviser leur préparation avant le départ vers Maurice.
Fadil Surally détaille : « Nous avons dû dépêcher un responsable de la compagnie sur place depuis deux mois. Il s’y trouve encore. Sa mission est de parcourir les fermes pour sélectionner les animaux. » Il ajoute que le travail ne s’arrête pas là : « Il doit acheminer ces bœufs vers l’endroit utilisé comme quarantaine. En même temps, il doit commander nourriture, vaccin et médicaments, entre autres, de l’Afrique du Sud pour bien les préparer pour qu’ils soient prêts pour le voyage. »
Le document indique que cette nouvelle organisation pèse sur les coûts. SOCOVIA avance ainsi un surcoût d’environ 35% sur les frais de préparation par rapport à ce qui se faisait auparavant en Afrique du Sud. À l’approche de l’Eid-ul-Adha, cet élément compte lourd, car il touche directement les bœufs sur pied qui serviront aux parts de Qurbani.
Le Kenya aussi sous pression
Autre facteur avancé : le Kenya, autre marché d’approvisionnement, où la sécheresse aurait renchéri le coût du bétail. Selon SOCOVIA, cette situation réduit la disponibilité d’animaux correspondant aux critères recherchés pour le marché mauricien.
Fadil Surally explique : « Dans une telle condition, les animaux perdent du poids et c’est très difficile de trouver des animaux aux goûts des Mauriciens. Nous sommes allés jusqu’aux régions les moins affectées pour les trouver. » Il précise qu’une fois identifiés, ces animaux doivent encore être nourris afin de retrouver le poids souhaité avant leur commercialisation. Le document mentionne, sur ce marché, une hausse de 25 % du prix.
Le fret maritime alourdit la facture
À ces coûts s’ajoute celui du transport maritime. SOCOVIA explique que la hausse ne s’explique pas uniquement par les fluctuations des carburants, mais aussi par la durée du trajet. Depuis l’Afrique du Sud, le voyage prenait environ cinq jours. Depuis la Namibie, il faut désormais compter près de onze jours en mer. « Définitivement, le coût augmente et dites-vous bien par 20 % », fait ressortir notre interlocuteur.
SOCOVIA affirme toutefois avoir limité l’impact immédiat de cette hausse grâce à une réservation anticipée de navires. « Depuis novembre 2025, nous avions réservé deux grosses navires pouvant transporter jusqu’à 3000 animaux pour mars 2026. Cette compagnie maritime a accepté de ne pas nous facturer la hausse en vigueur », explique son responsable. Mais l’entreprise prévient déjà que les cargaisons postérieures à avril 2026 devraient coûter plus cher en fret, ce qui entretient l’idée d’un prix du Qurbani orienté à la hausse.
En définitive, ce ne sont ni les routes maritimes, ni les marchés africains, ni les coûts vétérinaires que retiendront les consommateurs. Ce qu’ils verront, c’est un Qurbani plus cher à payer.
Pas de pénurie pour le Qurbani
L’autre inquiétude, au-delà du prix, concerne la disponibilité même des bœufs. Sur ce point, la ferme SOCOVIA se veut rassurante malgré la fermeture du marché sud-africain. « Nous avons plus qu’il en faut pour le Qurbani. Nous considérons que c’est de notre devoir de trouver des sources d’approvisionnement dans toutes les circonstances, même les plus difficiles, pour qu’il n’y ait pas de pénurie tout au long de l’année. Au cas contraire, nous considérons que ce sera une faillite totale de notre part », affirme Fadil Surally.
Star Journal d'information en ligne