Wednesday , 13 May 2026

Crise au Moyen-Orient : Umrah annulée mais remboursement refusé

La crise au Moyen-Orient continue de laisser des séquelles chez les pèlerins mauriciens. Si ceux qui avaient réservé en ligne ont pu annuler sans frais, la situation apparaît bien plus compliquée pour ceux passés par des organisateurs locaux, car pas de remboursement possible. Avec la reprise des vols, plusieurs disent se sentir contraints de partir pour ne pas perdre leur argent, alors même que, dans le même temps, des touristes cherchent à fuir la région.

Privé d’Umrah pendant les derniers jours de Ramadan à cause de la crise au Moyen-Orient, Farook dit aujourd’hui se heurter à un autre mur : celui des zones d’ombre entourant son voyage annulé. Alors que Booking.com a annulé son séjour sans frais à Madinah, un organisateur mauricien lui refuse tout remboursement pour Makkah. Plus intrigant encore, l’hôtel qui lui était facturé Rs 100 000 était disponible en ligne à Rs 42 500.

Il devait s’envoler début mars pour l’Arabie saoudite avec sa petite famille afin d’accomplir l’Umrah durant 17 jours. Mais à cause de la crise au Moyen-Orient et de la suspension de plusieurs vols, Farook n’a finalement pas pu partir. Faute de place sur le vol Emirates qu’il devait emprunter, priorité ayant été donnée au rapatriement, ce Mauricien a dû se résoudre à annuler son voyage.

Face à la situation incertaine et en l’absence de vol disponible, Farook dit avoir préféré renoncer. « L’agence de voyage a accepté de me rembourser, mais m’a conseillé de ne pas prendre une décision hâtive, car j’ai droit au refund jusqu’au 20 mars », explique-t-il. En attendant, il a choisi d’annuler pour éviter de rester dans le flou.

Pour son séjour à Madinah, il avait effectué lui-même une réservation d’hôtel en ligne via Booking.com. Sur ce point, tout s’est passé sans difficulté. « Je n’ai pas eu de problème pour annuler l’hôtel et cela sans aucun frais », affirme-t-il.

Aucun remboursement possible

Mais la situation est bien différente concernant son hébergement à Makkah. Pour cette partie du séjour, Farook avait retenu les services d’un organisateur mauricien, actuellement en Arabie saoudite. Selon lui, ce dernier lui aurait clairement indiqué qu’aucun remboursement ne serait possible en cas d’annulation. « Agents la dir mwa ki Arabes pa kontan rembourser. Je lui ai dit qu’au minimum, vous pouvez me rembourser le profit que vous devez percevoir. Il m’a dit carrément non », raconte-t-il.

Le cas intrigue d’autant plus que, selon Farook, les conditions de l’offre auraient changé sans que le prix, lui, ne bouge. Au départ, explique-t-il, l’organisateur lui avait proposé une chambre dans un hôtel cinq étoiles à Rs 100 000. Plus tard, il l’aurait rappelé pour lui dire qu’il n’y avait plus de place dans cet établissement et qu’il ne restait que deux hôtels quatre étoiles, plus éloignés du Haram.

Farook affirme avoir fait remarquer que le tarif devait logiquement être revu à la baisse. Mais l’organisateur serait resté inflexible. « Li dir ou pa koner kouma situation difisil ici. Pa ena place. Il maintient que cela coûtera Rs 100 000 », dit-il.

Estimant la situation anormale, Farook a alors effectué sa propre vérification. Il dit avoir recherché en ligne le prix du même hôtel proposé à Makkah. Selon ses calculs, le tarif s’élevait à environ Rs 42 500. De quoi nourrir davantage ses soupçons.

Son témoignage met en lumière une réalité que d’autres pèlerins pourraient également affronter : dans un contexte de crise, entre vols suspendus, annulations de dernière minute et intermédiaires peu flexibles, les fidèles peuvent se retrouver piégés, à la fois moralement et financièrement.

Dans cette affaire, Farook assure qu’il ne compte pas laisser tomber. Il affirme qu’il attendra l’organisateur de pied ferme à son retour à Maurice afin d’exiger un remboursement.

Pour ce père de famille, la douleur ne se limite pas à une simple annulation. Ce voyage représentait une démarche spirituelle importante durant ce mois béni, qu’il espérait vivre avec ses proches. Aujourd’hui, à cette déception s’ajoute un goût amer : celui d’un rêve brisé par la guerre, puis alourdi par un litige d’argent.

Nawaz : « On nous pousse à partir malgré la crise »

Alors que des touristes et de visiteurs fuient le Moyen-Orient en raison de la crise, Nawaz dénonce une situation qu’il juge révoltante : des pèlerins mauriciens seraient contraints de maintenir leur départ vers les lieux saints, non par choix, mais pour ne pas perdre l’argent déjà versé.

Il devait partir en famille, avec une dizaine de proches, pour un séjour spirituel en Arabie saoudite. Le programme prévoyait une première étape à Madinah du 28 février au 7 mars, puis un déplacement vers Makkah jusqu’au 22 mars, au sein d’un groupe de 35 pèlerins. Mais face à la crise qui secoue le Moyen-Orient, Nawaz a demandé à repousser son voyage. Une demande qui, selon lui, s’est heurtée à un refus catégorique.

L’organisateur lui aurait indiqué qu’un report n’était pas possible. Même réponse concernant un éventuel remboursement. Motif avancé  : les paiements pour les hôtels auraient déjà été effectués.

Un argument qui laisse Nawaz perplexe et qu’il conteste ouvertement. « Comment se fait-il qu’il ne peut pas annuler et nous rembourser alors que, pour une équipe qui est partie le 15 février, il a changé d’hôtel sans prévenir ? Ce n’est qu’en foulant le sol saoudien qu’ils ont appris ce changement. D’autant plus que l’organisateur avance qu’il y avait un souci avec l’hôtel promis. Donc, j’en déduis qu’il est possible d’effectuer des changements », affirme-t-il.

Situation exceptionnelle

Pour Nawaz, cette explication ne tient pas. Il se dit convaincu que, dans un contexte de crise régionale marqué par une forte incertitude, aucun hôtelier n’aurait opposé une fin de non-recevoir à une demande d’annulation ou de remboursement. À ses yeux, la situation exceptionnelle aurait justement dû appeler davantage de souplesse et de compréhension.

Il va plus loin encore. Selon lui, si l’organisateur faisait réellement face à des réticences sur place, il aurait dû solliciter l’intervention de l’ambassade de Maurice en Arabie saoudite. Nawaz estime que cette démarche aurait été d’autant plus légitime que l’ambassadeur de Maurice, Riad Hullemuth, se montre particulièrement actif et coopératif depuis le début de cette crise.

Au lieu de cela, déplore-t-il, plusieurs pèlerins se retrouvent devant un choix qu’il juge profondément injuste : soit renoncer et perdre une somme importante, soit partir malgré un climat régional tendu. « Quelques-uns des 35 pèlerins se voient contraints d’effectuer l’Umrah pour ne pas perdre de l’argent », explique-t-il.

Et c’est précisément ce point qui nourrit sa colère. Pour Nawaz, il est inconcevable que des fidèles soient poussés à maintenir un voyage religieux non par conviction sereine, mais sous la pression financière. « Sont-ils au courant que le Moyen-Orient passe par une situation de crise, d’instabilité et d’insécurité ? » lance-t-il, en dénonçant une forme de contrainte déguisée.

À travers son témoignage, c’est toute la question de la flexibilité, de la transparence et du devoir de responsabilité des organisateurs qui se pose. Car, dans un contexte aussi sensible, Nawaz estime qu’un pèlerin ne devrait jamais avoir à choisir entre sa sécurité et son argent.

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