dimanche , 25 juillet 2021
Le qurbani des moutons est plus proche de la ‘sounna’.

Zones rouges : le sens du sacrifice

La tradition musulmane fait référence à une ‘fête du Sacrifice’, traduction de l’Eid-ul-Adha. Dans notre quête de réjouissance, n’oublions jamais le sens de ce ‘Sacrifice’.

Le terme synonyme, ‘qurbani’, nous renvoie à un effort pour se rapprocher de Dieu. À l’heure où la Covid-19 nous frappe, y compris avec des gens dans les zones rouges, il convient de vivre cette expérience si difficile en nous nous rappelant que c’est avec des épreuves que les meilleurs des êtres ont atteint la proximité divine. Souvenons-nous d’Abraham, paix soit sur lui. Notre épreuve n’est rien par rapport à la sienne.

Dieu n’impose à aucun être un fardeau qu’il ne peut soutenir. Certains opteront pour la solution la plus simple, la plus facile et la moins chère. Seul Dieu peut les juger. Rien ne prouve que ce soit inacceptable. D’autres seront prêts à aller plus loin. Faire davantage de sacrifice, volontairement souvent. L’essentiel est de le faire uniquement pour Dieu, selon le Coran et la Sounna.

Jusqu’où pouvons-nous nous permettre d’accepter des difficultés ? Chacun aura sa réponse intime. Il n’a aucun compte à rendre à son prochain s’il ne l’affecte pas. Mais, jamais n’aurons-nous été autant mis à l’épreuve comme pour ce présent ‘qurbani’. Le contexte est si compliqué. Pour ceux dans les zones rouges, ceux affligés autrement par la pandémie, ou même ceux dans une situation financière pénible, le test est encore plus éprouvant.

Acte le plus aimé

Sachons qu’il n’y a pas de jours où Dieu aime les bonnes actions de Ses adorateurs le plus que pendant les dix premiers jours de Dhul Hijjah. Or, le 10e jour, soit lors de l’Eid-ul-Adha, il n’existe pas d’acte qui soit ainsi plus préféré que le ‘qurbani’. Cette pratique n’est pas un festin mondain, une partie de plaisir et encore moins un carnaval ou un rodéo se terminant avec un spectacle de tauromachie. Ni s’agit-il d’une compétition pour savoir qui a sacrifié l’animal le plus cher, le plus féroce ou le plus énorme. Le ‘shirk’, ou le fait d’associer à Dieu un autre, n’est pas loin lorsque notre égo l’emporte sur notre intention.

Si nous faisons le ‘qurbani’ pour Dieu, seulement, et nous voulons surmonter à Maurice les épreuves pour y arriver, voici quatre humbles propositions à qui de droit afin de faciliter la tâche, particulièrement dans les zones rouges :

1. Ne pas annuler le ‘qurbani’ lorsque c’est possible de le faire en respectant les normes sanitaires, y compris dans les zones rouges. C’est le cas lorsque le sacrifice peut se faire par une famille strictement dans le périmètre de sa cour. Les autorités doivent permettre l’accès des animaux pour le ‘qurbani’ selon le protocole déjà existant. D’ailleurs, l’approvisionnement en vivres et autres produits continue à se faire sans problème. Des bouchers peuvent être ‘authorised to carry out specific activities’ comme le règlement actuel en fait provision.

2. Si cela n’est pas possible, permettre alors que le ‘qurbani’ se fasse à l’abattoir ou dans un autre lieu désigné. Il n’est pas obligatoire qu’une personne le fasse de ses propres mains ou que sa présence soit indispensable sur place. Il est facile de faire organiser le ‘qurbani’ hors des zones rouges, par exemple pour ceux qui ne sont pas capables de l’accomplir chez eux.

3. Il n’est pas requis de distribuer soi-même la viande du qurbani. Des fois, elle est répartie en de petites portions et acheminée vers une multitude de gens aux quatre coins de l’île. Avec la pandémie, nous devons non seulement transformer nos habitudes pour respecter les gestes barrières mais aussi les harmoniser avec le vrai sens du sacrifice. Partageons la chair en quantité suffisante à ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter de la viande fraîche.

4. Pourquoi aussi ne pas privilégier des animaux comme des moutons ou des cabris ? D’abord, c’est plus proche de la ‘sounna’, littéralement. En fait, n’existe-t-il pas là une opportunité pour promouvoir des coopératives afin de se fournir ces animaux localement pour chaque qurbani ? Une économie circulaire de proximité est ainsi envisageable, surtout face à la dépréciation de la roupie. Notre résilience anti-Covid-19, notre développement durable et notre autosuffisance alimentaire en sortiront renforcés. Il est regrettable que chaque année nous nous livrons à une polémique vaine sur le prix du bœuf sur pattes comme pour nous libérer d’un cartel. La guerre des affiches sur le qurbani ne nous fait pas honneur non plus.

Gérer les divergences

Le qurbani doit nous apprendre à mieux nous gérer nous-mêmes face aux tensions de la vie grâce à la proximité avec Dieu. Cela ne concerne pas uniquement le stress durant toute la démarche qui accompagne l’organisation du sacrifice, mais aussi maintenant l’adhérence aux normes anti-Covid-19. Entre une posture rigide, antipathique et intolérante d’un côté, et un laisser-aller insouciant, laxiste et irresponsable de l’autre, il nous faut chercher un juste milieu consciencieux. La nature humaine est telle que nous aurons des divergences, mais il ne faut pas en faire des causes de division.

Si les hommes ne peuvent s’entendre sur l’adoration d’un Créateur, comment peut-on s’attendre qu’ils soient unanimes sur leurs affaires mondaines? Comme comment porter un masque, s’il faut se vacciner, quelle distance physique faut-il maintenir, s’ils doivent se serrer les mains, si les zones rouges sont efficaces et tant d’autres interrogations. Même les experts s’y perdent, les règlements changent et la communication se confond beaucoup avec de la cacophonie. Les réseaux sociaux n’arrangent pas toujours les choses.

Si les différences en matière de foi, par exemple, ne nous empêchent pas de vivre à côté, même ensemble avec, ceux qui ne sont pas musulmans, ne faut-il pas respecter nos frères et sœurs en religion qui n’ont pas la même interprétation que nous de ce qu’il faut faire contre la pandémie ? Ainsi, si une personne ne fait pas le qurbani exactement comme nous pendant la pandémie, ou s’il n’arrive pas à porter son masque comme il faut, il faut ne pas en faire une source de division.

Si nous ne pouvons dialoguer avec lui pour le convaincre, ou pour nous laisser convaincre, la moindre des choses serait de prier pour que nous soyons bien-guidés. La pandémie nous a montré, d’ailleurs, à quel point c’est l’essentiel qui compte. Regardons comment autour de nous, face à la Covid-19, la loi et la jurisprudence musulmane se sont évoluées, souvent de manière naturelle et réaliste. Jusqu’à dans les détails de notre façon de prier. Faudrait-il donc nous disputer sur les règlements anti-Covid-19 qui se font et se défont, au gré de la compréhension ou du caprice de certains ?

Conclusion

Nous devons questionner nos intentions sur toutes choses, que ce soit pour le qurbani ou le port du masque. Pourquoi le faisons-nous ? Uniquement pour Dieu, car même si nous ne comprenons pas que c’est une recommandation ou une exigence du gouvernement, respectivement, voire une pratique utile, notre finalité doit être de chercher le plaisir de Dieu. Si nous décidons, par exemple, de ne pas faire le qurbani ou de ne pas porter le masque, cette attitude ne doit pas être dictée par notre envie égocentrique, sinon par l’arrogance de notre raison. Nous serons alors aussi égarés que celui qui fait preuve d’orgueil dans le qurbani qu’il accomplit.

N’est-ce-pas un sacrifice énorme que nous demandons à tant de personnes aujourd’hui à la suite de l’imprudence, voire la folie de certains qui n’ont pas respecté les mesures sanitaires ? Pour Dieu, pardonnons-les, ceux par qui l’épreuve est arrivée car qu’ils ont été si irresponsables. Nous aurions voulu qu’ils nous pardonnent si nous fautions. Cependant, certains auront des comptes à rendre devant la justice.

Le mal est fait, mais il faut empêcher le pire, l’irréversible. Aujourd’hui, des milliers de gens sont en zone rouge, d’autres sont privés de leur gagne-pain, des enfants ne peuvent aller à l’école et d’autres sont malades et enfermés chez eux. Certains ne peuvent rendre visite à leurs parents qui sont alités dans les zones rouges. Des mosquées sont fermées de nouveau. Eid-ul-Adha sera un sacrifice. Sauf si les autorités accélèrent le mass-testing et enlèvent les zones rouges plus tôt, si la situation sanitaire le permet. Sinon si ces zones sont inutiles. Mais il faudra en tirer les enseignements et ne pas refaire les mêmes erreurs.

Nous vivons bien une époque où quelques-uns ‘fané’ et les autres ‘payé’. Cela nous renvoie à l’image de celui qui ne porte pas de masque…les autres payeront s’il est positif, surtout lorsqu’il est asymptomatique. Avec presque 30 morts sur 2000 cas, il ne faut d’autres indicateurs pour nous souligner la gravité de la pandémie. Il faudra quand même avancer, dépasser la crise. Le sens du sacrifice, de soi-même, penser aux autres et agir, pour Dieu uniquement… voilà à quoi le qurbani doit nous mener cette année.

Par DR KHALIL ELAHEE

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