mardi , 27 septembre 2022

Retour des Mauriciens du Hadj : expérience spirituelle inoubliable

Tous les Hadjees mauriciens sont rentrés au pays après un mois en Terre sainte. Plusieurs d’entre eux ont accepté de partager avec nos lecteurs leur expérience de leur pèlerinage post-pandémie.

Ikbal Peeraye : «Le décès de Twahair Badullah m’a profondément bouleversé»

Muhammad Ikbal Peeraye est de retour au pays après avoir accompli le Hadj en Arabie saoudite. À son arrivée, la tristesse se lisait sur son visage. Il n’arrive toujours pas à croire que son ami Twahair Badullah a rendu l’âme à Makkah. Il nous raconte que deux mois avant le départ, il avait rencontré le Hadj Officer à l’Islamic Cultural Centre. « Twahair ti dir moi ki sa Hadj 2022 la pou historique et li pou diferen », se souvient-il.

Ikbal Peeraye confie que la veille du décès de Twahair Badullah, ce dernier participait à une réunion à l’hôtel après la Salat-ul-Esha. Il donnait des instructions aux opérateurs pour que le Hadj des Mauriciens se déroule sans anicroche. « Mo ti vizavi avec li et mo fine tir so photo. Twahair ti souriant ek li ti pe badine ar ban seki ti la », se rappelle-t-il. Une fois la réunion terminée vers minuit, Twahair Badullah est parti se reposer dans sa chambre d’hôtel. « Lendemin, li ti vraimem ene sok pou nou tou kan nu fin apran ki lin intekal. Tou seki ti pros avec li fin coumens plorer », poursuit le Hadjee.

Ikbal Peeraye dit avoir donné un coup de main pour organiser les funérailles à l’heure d’Assar. Cela a aussi été rendu possible grâce aux démarches de l’ambassadeur Showkutally Soodhun. « Ti ena pré 500 000 dimoun kin fer so namaz janazah. Mo fine fer namaz janazah lor trottoir pou capave donne zepol ziska kabarastan », confie-t-il. Notre interlocuteur ajoute qu’il a eu le privilège de tenir pour une dernière fois la tête de son ami avant de descendre dans la fosse. « Le décès de Twahair Badullah m’a profondément bouleversé », dit-il avec peine.

Concernant le pèlerinage, Ikbal Peeraye indique que ce fut « un Hadj parfait » à tous les niveaux. Il raconte qu’à Mina, les autres délégations avaient droit à un simple matelas en éponge tandis que les Mauriciens ont eu droit à un sofa bed. « Il y aura toujours des critiques et des éternels insatisfaits, mais dans l’ensemble, ce fut un Hadj parfait. Le seul regret pour ceux qui ont fait le voyage en Terre sainte pour la première fois est le fait qu’ils n’ont pu s’approcher de la Ka’aba et accomplir la salat dans l’enceinte du hatîm », fait-il ressortir.

Ikbal Peeraye conseille aux jeunes de s’inscrire à l’ICC pour accomplir le Hadj et ne pas remettre à plus tard ce cinquième pilier de l’Islam, car personne ne sait comment la situation va évoluer à l’avenir. « Allah ki donne l’invitation et li ki done ou moyen pou vin kot Li », conclut-il.

Sourayyah Banu Shamtally : «Mo envi plorer kan mo mazin ban moment laba»

Accompagnée de son père, de sa mère et de son frère, Sourayyah Banu Shamtally a accompli le Hadj en optant pour les services de l’Al Murtaaza Islamic Welfare Association dirigée par Feiz Bengah. De retour au pays, elle dit manquer les moments inoubliables passés à Makkah et à Madinah, et se souvient encore de la chaleur ardente de plus de 45 degrés à Arafat où les pèlerins de son groupe sont restés débout durant 3 heures, les mains levées vers le ciel. « Mo leker gro et mo envi plorer kan mo mazin ban moment ki mone vivre laba », dit-elle.

Sourayyah Banu Shamtally garde en mémoire la vue de la Ka’aba. « Mone ploré et mo fine remercier Allah ki li fine invite moi kot Li », confie-t-elle. Aujourd’hui encore, lorsqu’elle ferme les yeux, elle se retrouve sous la tente à Mina aux côtés de sa mère. « Ena bouku Morisiens ki nou pa ti koner avant. Mais zordi nou fin vin kuma dire ene fami apré ki nou fin akomplir Hadj ensam », laisse-t-elle entendre. La jeune Hâdja nous raconte avoir marché plus d’une heure de Muzdalifah pour retourner à Mina. « Dan Muzdalifah, moi et mo fami nou fine passe ene meilleur la nuit et nou fin dormi lors la terre », poursuit-elle et d’ajouter : « mo rappel etan Bhai Feiz Bengah fin annonce nou kin fini akomplir nou Qurbani et ki nou fini vin Hadjee aster, nou tou in koumens fer lakolad ek in plorer. »

Par ailleurs, notre interlocutrice fait ressortir que la ville de Madinah est différente de Makkah et les gens y sont plus accueillants. Elle se dit heureuse d’avoir eu l’occasion d’accomplir la salât « dan Jannat ka Tukra lor tapis vert ». Elle explique que chaque personne vit un miracle à sa façon et elle ne peut expliquer le courage dont elle a fait preuve durant le Hadj. « Allah fine doubler nou la force malgré soleil et chaleur », affirme-t-elle.

Reza Sawdagar : «C’est un tout autre monde»

« Allah m’a invité et je ne l’oublierai jamais. » Ce sont les propos de Hadjee Reza Sawdagar à son retour au pays après avoir accompli le Hadj au sein de Noorie Islamic Movement de l’imam Nurrudin. Il était accompagné de son épouse, de sa belle-sœur et de son beau-frère. Selon lui, ce fut « un Hadj parfait », car les pèlerins de son groupe étaient bien guidés par l’imam Nurrudin, le doyen des opérateurs. « Malgre chaleur extreme, nou ti fini prepare nou. Nou koner ki nou pa ti pe ale passe vakans », dit-il.

Reza Sawdagar se remémore encore du premier regard qu’il a porté sur la Ka’aba Shareef à l’heure de la Salat-ul-Maghrib. Majestueuse, la Ka’aba provoque un effet indescriptible chez les pèlerins. Il dit ne pas regretter de n’avoir pu s’approcher de la Ka’aba en raison des restrictions sanitaires. « Allah fine envoye ene pandemie et Li fine envoye en signe ki bizin pas touche Ka’aba. Alor, nous bizin aksepter et reflesi lor nou ban mankment », soutient-il.

Notre interlocuteur raconte avec enthousiasme les cinq jours à Mina où selon lui, la nourriture et les facilités offertes par les autorités saoudiennes étaient irréprochables. Il conserve également de très bons souvenirs du jour d’Arafat où tous les pèlerins étaient débout sous le soleil de plomb de la Salat-ul-Assar jusqu’à la Salat-ul-Maghrib, implorant le Créateur, les larmes aux yeux. « Avec sincérité, nou fine ploré avec Allah et pena doute ki Li fine accepter no du’as », dit-il. Reza Sawdagar raconte que la nuit passée à Muzdalifah en plein air est une expérience captivante. « Pena ris, pena pov, pena ni blanc ni noir… tou dimoune dormi lor la terre », soutient-il.

C’est d’ailleurs l’une des plus belles images qu’il garde en tête lorsque les pèlerins se réveillent pour Fajr et qu’ils constatent qu’ils sont sur une immense plaine et qu’après quelques minutes, ils se rendent compte que c’est bien sur cette terre à Muzdalifah que tout le monde se réunira le jour du Jugement dernier. « Nous étions une équipe formidable prête à aider et solidaire pour prêter main forte à un Hadjee mal en point. Là-bas, c’est vraiment un tout autre monde », affirme-t-il.

Parlant de son séjour à Madinah, Hadjee Sawdagar dit avoir été agréablement surpris par l’ambiance qui règne dans la ville du Prophète, surtout le jour du Jummah à l’intérieur de la mosquée Nabawi. « Mo fine ale Jummah depi 9h30 zis pou gagne place endan masjid Nabawi », nous dit-il avec une vive émotion et d’ajouter qu’il a eu l’occasion d’assister à un mayyat au cimetière Jannat-al Baqi.

Naushad Hosanee : «Le Hadj c’est vraiment un cadeau du Créateur»

S’il se dit heureux de retrouver sa famille à son retour du pèlerinage, Naushad Hosanee soutient toutefois que l’ambiance en Terre sainte lui manque cruellement surtout les Ziyarat, les prières accomplies à la mosquée Nabawi et les jours passés à Mina. Pour ce grand voyage, il était accompagné de six membres de sa famille et il avait opté pour les services de Noorie Islamic Movement.

Naushad Hosanee dit ne pas pouvoir expliquer la sensation de voir la Ka’aba Shareef pour la première fois. « Kuma dir ene choc électrique passe dans ou le corp et ou gagne envie plorer  », confie-t-il. Selon lui, le Hadj 2022 a été une réussite sur toute la ligne grâce au dévouement de l’ambassadeur mauricien Showkutally Soodhun qui a donné beaucoup de son temps pour les Hadjees mauriciens. « Malgré so titre, Showkutally Soodhun fine pêle mêle avec hadjees mauriciens dans lotel », affirme-t-il. Naushad Hosanee et sa famille sont aussi reconnaissants envers les membres de la Hadj Mission.

Notre interlocuteur ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour les proches de Twahair Badullah, décédé à Makkah. « Zamé nou pou fini remercier li pou ceki li fine fer pou nou 1 mois avan Hadj et jour nou l’arrivée à l’aéroport », dit-il. Selon lui, le regretté Twahair Badullah est comme un héros tombé sur le champ en Terre sainte. « Twahair Badullah était un excellent orateur et animateur. Grâce à lui, beaucoup de Hadjees ont appris des choses lors des formations à l’ICC », se souvient-il. Naushad Hosanee exprime ainsi ses plus profondes condoléances à la famille Badullah. « Allah choisir So dimoune special pou reste kot li et Allah récompense dimoune ki fer bon travail », estime-t-il.

Naushad Hosanee souhaite pouvoir accomplir le Hadj une deuxième fois par la grâce d’Allah. Sinon, il compte accomplir l’Umrah pour visiter les sites importants où il n’a pu se rendre pendant le grand pèlerinage. «  Si Allah donne moi permission mo pou amene mo famille fer Umrah et mo pou ale fer du’as pou Twahair Badullah dan kabarastan », indique-t-il. Il profite de l’occasion pour remercier tous ceux qui ont contribué à faire de ce Hadj un séjour mémorable en Terre sainte. « Le Hadj c’est vraiment un cadeau du Créateur », conclut-il.

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