Saturday , 2 May 2026

REFORME ELECTORALE – Paul Bérenger : « Le système de best loser a joué un rôle positif »

Moderniser le système électoral sans ébranler la stabilité communautaire : tel est le défi que pose Paul Bérenger en ouvrant le chantier de la réforme.

Pour le Premier ministre par intérim, il serait dangereux de balayer d’un revers de main le Best Loser System, qui, malgré ses limites, a contribué à éviter des fractures sociales. « On doit reconnaître que le système de best loser a joué un rôle positif », affirme-t-il. Entre proportionnelle et maintien partiel du dispositif, deux propositions sont avancées. Une certitude : la réforme devra rassembler plutôt que diviser.

« Aujourd’hui, je lance le débat. » C’est par ces mots que le Premier ministre par intérim, Paul Bérenger, a ouvert, la semaine dernière, le chantier de la réforme électorale lors d’une conférence de presse au Bâtiment du Trésor. Au centre de son intervention : l’avenir du Best Loser System (BLS), ce mécanisme unique qui, selon lui, a permis à Maurice de préserver son équilibre communautaire.

« Le programme de l’Alliance du Changement contient comme élément très important la promesse d’une réforme électorale. Nous avons discuté de ça au gouvernement et au Conseil des ministres, et nous ne voulons pas attendre la veille des élections générales pour venir avec ce projet d’une bonne réforme électorale », a-t-il expliqué. Mais il a aussitôt prévenu : « Ce n’est que le début du début. »

Empêcher des bagarres communales

Paul Bérenger a longuement rappelé les origines du BLS. « Le système du best loser a pris naissance en 1948. À cette époque, aucun musulman n’avait été élu dans les cinq circonscriptions existantes. Cela a provoqué un bouleversement et un traumatisme », a-t-il expliqué.

Il a ajouté : « En 1953, il n’y a eu qu’un seul élu musulman, Abdul Razack Mohamed. Puis sont venues les bagarres communales intenses de 1965 et celles de 1968, à la veille de l’Indépendance. On doit malheureusement regarder cela en face, car ça fait aussi partie de notre Histoire. »

C’est dans ce contexte, a rappelé Bérenger, que Londres a introduit le BLS. Et son rôle fut déterminant : « On doit reconnaître que le système de best loser a joué un rôle positif pour empêcher d’autres bagarres communales. C’est bon que les jeunes le sachent. Le système de best loser a aidé à empêcher des bagarres communales. »

Un système utile mais imparfait

S’il reconnaît l’apport historique du BLS, le Premier ministre suppléant n’élude pas les critiques. « Le système impose une division constitutionnelle en quatre communautés, oblige à une déclaration communautaire et repose sur un recensement. Le dernier remonte à 1972. »

Il a rappelé que même le MMM, après sa victoire historique de 1982, n’avait pas osé supprimer le BLS : « Nous avions l’envie d’abolir le système, mais nous n’avions pas de mandat clair. »

Deux propositions sur la table

Paul Bérenger a présenté deux options principales.

  1. « 60 élus au scrutin direct (‘first-past-the-post’) et 20 sièges supplémentaires à la proportionnelle, sur une liste déposée à l’avance. »
  2. « 60 élus au scrutin direct, 20 à la proportionnelle et les quatre premiers best losers, sans nouveau recensement communautaire. Nous continuons à utiliser celui de 1972. Ni le MMM ni le PTr ne souhaitent un nouveau recensement. Mais les candidats qui choisiront de ne pas déclarer leur communauté ne pourront pas bénéficier des sièges de best loser. »

Dans les deux cas, Rodrigues passerait de 2 à 3 représentants.

La réforme électorale doit rassembler

Quant au processus, Bérenger a précisé : « Un document sera préparé par le Premier ministre, discuté en Cabinet, puis viendront des consultations publiques élargies. Pas de nouveau comité sélectif, car deux propositions concrètes existent déjà. »

Et de conclure : « Il y aura des discussions élargies aussi longtemps que nécessaire. Nous sommes open-minded. La réforme électorale ne doit pas diviser, elle doit rassembler. »

Les faiblesses du système actuel

Le débat sur la réforme électorale s’accompagne d’un constat sévère sur les limites du système actuel. Fondé sur le modèle britannique du « first-past-the-post », il est jugé « bien dangereux » par Paul Bérenger.

Pour le Premier ministre par intérim, les résultats obtenus à Maurice sous ce mode de scrutin démontrent son imprévisibilité. « Des victoires totales, comme les 60-0, alternent avec des situations où un parti recueille 27% des voix sans obtenir un seul siège. C’est ce qui est arrivé au MSM et à ses alliés aux dernières élections. On ne peut pas appeler ça une vraie démocratie », a-t-il tranché.

Inspirations internationales

Afin de corriger ces déséquilibres, Paul Bérenger s’est tourné vers des modèles étrangers. Il cite l’exemple de l’Afrique du Sud, où prévaut une proportionnelle intégrale, mais qui peut générer une instabilité chronique. D’autres solutions mixtes existent : « 50% d’élus par circonscription et 50% par liste proportionnelle », ou encore une formule 40-20.

Le précédent de 2014

Paul Bérenger rappelle qu’en 2014, l’alliance PTr-MMM avait avancé une proposition de réforme : 60 élus issus des 20 circonscriptions, plus deux de Rodrigues, et 20 sièges à la proportionnelle. Pour éviter les remous liés à l’abolition du Best Loser System, 14 de ces sièges étaient directement attribués par proportionnelle, tandis que 6 devaient tenir compte des sous-représentations communautaires parmi les candidats battus.

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