samedi , 28 janvier 2023
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Qurbani 2022 : le prix du bétail fixé à Rs 170 le kilo

Une fixation du prix sur fond de divergence

La fixation du prix du bétail dans le cadre du Qurbani cette année aura tenu toute la communauté en haleine. C’est finalement le vendredi 1er juillet, à une semaine de l’Eid-ul-Adha que le prix de Rs 170 le kilo pour le bœuf sur pattes a été annoncé.

C’est à l’issue d’une rencontre tenue vendredi après-midi entre le ministre du Commerce, Soodesh Callichurn, et les représentants de deux importateurs que le prix a été officialisé. Quelques heures plus tôt, c’est le Conseil des ministres qui a été appelé à trancher dans un bras de fer opposant d’un côté le ministère du Commerce et de l’autre, Socovia Belle Vue Ltée, société importatrice de bétail. Ces derniers n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur le prix. En effet, lors d’une rencontre le mardi 28 juin, le ministère avait, dans un premier temps, avancé le prix de Rs 163.50 le kilo alors que Socovia Belle Vue Ltée avait suggéré le montant de Rs 174. Les deux s’étaient alors quittés sur un statu quo autour du prix.

Le ministre Soodesh Callichurn avait cependant fait comprendre que ses officiers allaient de nouveau se pencher sur le prix, à la lumière de nouveaux éléments mis en avant par Socovia lors de la rencontre. La possibilité que la Mauritius Meat Authority (MMA) puisse éventuellement importer du bétail dans le cadre de l’Eid ul-Adha avait aussi été évoquée par Soodesh Callichurn qui disait vouloir « revoir les choses ».

Face à cette situation, Hussein Peerboccus, l’un des directeurs de Socovia Belle-Vue Ltée avait alors brandi la menace d’une d’injonction en cour si le gouvernement devait camper sur sa position. Au final, le prix de Rs 170 le kilo a été arrêté. Ce qui représente une hausse de Rs 19 par kilo comparativement à 2021, lorsque le prix au kilo était de Rs 151.

Sollicité pour une réaction, samedi, l’un des directeurs de Socovia Belle Vue Ltee n’a pas souhaité faire de commentaire. Quant à Moujaahiid Samoo, directeur de Smart Turf & Sports Facility Ltd dont l’arrivée des bœufs par avion est prévue pour cette semaine (voir détails plus loin), il laisse entendre qu’il « écoulera ses bœufs au prix de Rs 168 le kilo, soit le montant qu’il avait initialement proposé ».

L’évolution du prix pour le Qurbani lors des années précédentes est comme suit : Rs 151 (2021), Rs 136.50 (2020), Rs 132.50 (2019), Rs 134 (2018), Rs 135 (2017), Rs 129 (2016) et Rs 125 (2015).

Maulan Shamim Khodadin : «Il faut revoir le prix dans l’intérêt de la population»

Au niveau de certaines associations religieuses, la pilule passe mal également. Le Sunniy Ulama & Aimmah Council dénonce ce qu’il considère de « dominer » envers la communauté avec un prix au kilo qu’il juge « exorbitant ».

Son président, le maulana Shamim Khodadin, s’interrogent sur le prix révisé à la hausse par les autorités entre la réunion de mardi et celle de vendredi. « Initialement, bann ministres ek representants gouvernma ti propose Rs 163.50/kilo. Li ti dans l’intérêt de la communauté. Zordi prix ki fine fixer li puremen dans lintere de l’importateur. C’est ene dominaire et injustice enver la communauté musalman et sa peuple la », estime-t-il.

D’où son appel au gouvernement pour une révision à la baisse du prix. « Nous faisons un appel au gouvernement de revoir le prix au plus vite et ce, dans l’intérêt de la population », lance-t-il. Le maulana Shamim Khodadin suggère aussi au gouvernement de considérer l’importation du bétail du Kenya, de Rodrigues ou de Madagascar dans le cadre du Qurbani avec l’espoir que le prix soit plus abordable.

Entre 4700 et 5000 bœufs pour le Qurbani 2022

Quelque 4700 bœufs ont été importés par Socovia Belle Vue Ltée cette année dans le cadre du Qurbani. C’est ce qu’indique Ahmed Surally, un de ses directeurs. Une importation effectuée dans un contexte difficile, selon ce dernier. Il cite une baisse dans la production provoquée par un abandon des activités par certains éleveurs pour cause d’insécurité et de climat, ainsi qu’un manque de main d’œuvre en Afrique du Sud engendré par la pandémie de la Covid-19, entre autres facteurs. Ahmed Surally considère néanmoins que Socovia Belle Vue Ltée a rempli son contrat en parvenant à mettre des bœufs à la disposition des musulmans dans le cadre du sacrifice d’Abraham.

Pour Moujaahiid Samoo, directeur de Smart Turf & Sports Facility Ltd, c’est une course contre la montre. Celui-ci souhaite importer entre 300 et 350 bœufs de l’Afrique du Sud pour le Qurbani. Selon ses explications, deux demandes de permis d’importation faites auprès du ministère de l’Agro-industrie ont été acceptées. « Si tout se passe comme prévu, les 300 à 350 bœufs devraient arriver en début de semaine », espère-t-il. C’est l’ultime tentative pour cette société d’importer des bœufs pour le Qurbani, après un énième échec essuyé la semaine dernière. Selon ses explications, alors qu’une cargaison de 700 bœufs devait prendre la mer, les autorités sud-africaines les ont informés au tout dernier moment qu’un cas suspect de fièvre aphteuse a été détecté à quelques kilomètres de l’endroit où ces animaux se trouvaient pour leur quarantaine.

Des bouchers dénoncent une «pénurie artificielle»

Des bouchers montent au créneau pour dénoncer ce qu’ils considèrent être « une pénurie artificielle de viande de bœuf ». Depuis plusieurs semaines, ils soutiennent qu’ils n’arrivent pas à obtenir la quantité de viande recherchée, ou alors pas du tout.

L’un d’eux, détenant un étal au marché de Port-Louis, indique qu’il n’a pas été livré depuis deux semaines. « Dans un premier temps, l’importateur nous a demandé de faire preuve de patience, le temps qu’une cargaison de bœufs arrive par bateau. Or, lorsque les bœufs sont arrivés, l’importateur nous fait maintenant comprendre que ceux-ci sont destinés au Qurbani », déplore-t-il.

Un de ses confrères explique, pour sa part, qu’il comptait beaucoup sur l’arrivée d’une cinquantaine de bœufs de Rodrigues pour pouvoir honorer ses nombreuses commandes. « La Mauritius Meat Authority avait demandé aux bouchers de faire un dépôt afin de faire une réservation des bœufs en provenance de Rodrigues. Toutefois, lorsque ces animaux sont arrivés, c’est un groupe de bouchers qui s’en est accaparé et la MMA demande de voir avec eux », ajoute-t-il.

Au final, notre interlocuteur indique que les étals de certains bouchers sont pleins à craquer alors que c’est vide pour d’autres. « Nous avons des commandes à honorer, que ce soit pour des clients habituels comme les restaurants ou des clients qui ont prévu un événement chez eux, tels que mariage, ‘katham’, etc. », ajoute-t-il.

Un boucher qui compte plus d’une trentaine d’années d’expérience indique que c’est la troisième fois cette année que cette situation, qu’il considère de « pénurie artificielle », se produit. C’est la raison pour laquelle il demande au gouvernement de trouver des alternatives si le principal importateur n’arrive pas à répondre efficacement à la demande du marché.

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