vendredi , 30 septembre 2022

Déballage contre le gouvernement et le Premier ministre : epreuve de force entre Sherry Singh et Pravind Jugnauth

  • L’ex-CEO de MT invité à porter plainte à la police

Après avoir fait des révélations sur l’entourage du Premier ministre et des allégations contre Pravind Jugnauth, lui-même, sur les ondes de Radio Plus, vendredi, Sherry Singh, le CEO démissionnaire de Mauritius Telecom, doit s’attendre à une riposte à la mesure de sa démarche. « Atann » est un mot qui est revenu à quatre reprises dans la déclaration du Premier ministre, samedi.

En effet, c’est un Pravind Jugnauth qui n’a pu cacher son irritation qu’on a vu, hier, lorsqu’il a été soumis à un feu de questions de la presse sur les allégations de son ancien ami et conseiller spécial, Sherry Singh. Qu’il avait d’ailleurs nommé CEO de Mauritius Telecom en février 2015. Le mot « atann » prononcé par le Premier ministre à quatre reprises en 14 minutes est annonciateur de la mesure de la riposte. D’abord, « Atann  » pour savoir les actions qu’il compte prendre contre Sherry Singh. Ensuite, pour connaître les « vraies raisons » de sa démission comme CEO de MT, le jeudi 30 juin alors que son contrat se termine en février 2023. De plus, pour savoir si des institutions ont institué des enquêtes sur son ancien « Special Advisor ». Ou encore, pour témoigner si un tsunami va déferler sur lui et son gouvernement.

Le Premier ministre nie les allégations à l’effet qu’il lui aurait téléphoné pour l’intimer « de permettre à une ‘third party’ d’installer des équipements qui vont ‘sniff’ (renifler) le trafic de données entrant et sortant du pays. En d’autres mots, cette ‘third party’ obtiendra un accès à tous les emails, les sites web et toute l’historique de votre navigateur. » Affirmant que Sherry Singh est en train de « mentir », il lui conseille d’aller porter plainte à la police. « S’il croit dans chaque mot qu’il a prononcé, comme un citoyen responsable, s’il est sérieux, s’il ne bluffe pas qu’il aille porter plainte à la police », lance-t-il tout en donnant l’assurance « qu’une enquête sera instituée » et qu’il se fera un devoir « de répondre aux questions des enquêteurs ». Pravind Jugnauth maintient que Sherry Singh ment au sujet de cette conversation téléphonique pour la simple et bonne raison qu’il n’y ait aucune rencontre non plus aucune conversation entre eux « depi bien lontan ».

L’Attorney General, Maneesh Gobin, demande aussi à Sherry Singh d’aller porter plainte à la police et de ne pas « se réfugier » derrière les relations diplomatiques du pays. « Il affirme ne pas vouloir dire plus sur les instructions du Premier ministre pour ne pas entamer les relations diplomatiques avec un pays. Qu’il aille jusqu’au bout de sa pensée et de ne se soucier guère des relations diplomatiques. En tant qu’Attorney General, je vais m’en occuper. S’il fallait avoir recours à la Mutual Assistance, on en ferait  », a-t-il annoncé.

Tout compte fait, Sherry Singh doit s’attendre à l’artillerie lourde du pouvoir braquée sur lui. Déjà, vendredi, il disait à Nawaz Noorbux que « des institutions enquêtent déjà sur lui ».

« Taken to task… »

Selon les recoupements de STAR, le pouvoir ne compte pas l’attaquer sous la ceinture et injustement pour ne pas lui faire souffrir le martyre. « En bon communicateur, il s’ingéniera pour essayer de tourner toute situation néfaste en sa faveur. Nous n’allons pas lui donner cette occasion. He will be taken to task on tangible things », nous laisse-t-on savoir. Il n’est pas à écarter qu’une enquête soit instituée sur des projets à grosses dépenses de la Mauritius Telecom. Il n’est pas à écarter non plus que The Integrity Reporting Services Agency passe au peigne fin ses biens.
Plus d’un s’attendent à savoir si Sherry Singh dispose de preuves de cette conversation et des détails précis sur les instructions alléguées du Premier ministre. Ou encore s’il a dans ses manches des cartes de maîtresse à sortir pour se résilier contre la riposte qui ne s’annonce pas timide.
En tout cas, un nouveau feuilleton politique a été lancé, vendredi.

Une partie du déballage de Sherry Singh

Lors de l’émission Au cœur de l’info sur Radio Plus, vendredi, Sherry Singh annonce que « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est une instruction du Premier ministre donnée lors d’une conversation téléphonique ». « Il me demande de permettre à une ‘third party’ d’installer des équipements qui vont ‘sniff’ (renifler) toutes les données entrant et sortant du pays. En d’autres mots, cette ‘third party’ obtiendra un accès à tous les emails, les sites web et toute l’historique de votre navigateur », dit-il.

Sherry Singh dit qu’après avoir refusé, le Premier ministre lui aurait dit qu’il n’a pas de choix. « J’ai refusé et on a eu un accrochage verbal au téléphone. Il m’a fait comprendre que je n’avais pas le choix et que si je n’obtempérai pas, il allait prendre des dispositions.  » Le CEO démissionnaire de MT n’a pas voulu divulguer le nom de cette « third party », car cela ternirait l’image du pays à international. Il a toutefois indiqué qu’il s’agit d’une entité étrangère. Il a annoncé que si le besoin se fait sentir il la dévoilera.

Sherry Singh a aussi dénoncé l’ingérence politique. « Depuis que je suis au MT, je ne laisse personne ingérer dans mon travail, sauf le Premier ministre qui m’a mis à ce poste. Très peu de personne pouvaient m’appeler pour me dire ce qu’il faut faire. Il y avait un exercice de promotion et soudain, on me demande que seuls les employés fidèles au MSM soient promus. Une chose que moi je ne peux pas faire. Je suis pour la méritocratie et je ne fais pas la distinction [politique] entre mes employés. Kan mo pa fer, zot encoler. »

Le CEO de MT parle aussi de demandes « farfelues », notamment le jour où se tenait une manifestation contre la flambée des prix des denrées alimentaires et laquelle récoltait des critiques contre le gouvernement. « Mo gagne ene call ek dir moi : ‘Sherry, to bizin ralenti internet (…). Ce n’est pas un bouton sur lequel j’appuie et c’est fait. Et même si c’était le cas, je ne l’aurai jamais fait. Je ne peux mettre en péril la réputation de MT, des employés, la mienne pour de telle demande farfelue. Monn refiz conseye la, mo pan fer ek encor ene fwa zot encoler », dit-il.

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