dimanche , 4 décembre 2022

Médaillée d’or aux Championnats d’Afrique de l’Est – Ruqayyah Kinoo : reine de la petite balle blanche

Le hijab n’a jamais été une contrainte à la pratique du sport»

Elle fait la fierté de toute l’île Maurice et en particulier des habitants de Vallée-Pitot, région où elle habite et a grandi. Sa médaille d’or décrochée en Éthiopie est synonyme d’espoir pour le tennis de table mauricien lors des compétitions à venir.

Les félicitations ne cessent de pleuvoir sur Ruqayyah Kinoo, 22 ans. Bien qu’il n’y a pas eu de compétitions internationales ces dernières années en raison de la pandémie, la pongiste a fait montre de ses belles qualités pour monter sur la plus haute marche du podium, dimanche dernier, le 8 mai, lors des Championnats d’Afrique de l’Est, tenus en Éthiopie. Elle a ainsi remporté la médaille d’or en simple dame et la médaille d’argent par équipe. De retour à Maurice après une semaine de rude compétition, Ruqayyah Kinoo a accepté de nous recevoir chez elle à Vallée-Pitot.
Quand nous lui demandons ce que cette médaille d’or représente pour elle, la pongiste répond avec le sourire et sans hésitation aucune : « je suis fière de faire honneur à Vallée-Pitot et à mes parents ». En effet, Ruqayyah Kinoo vante les qualités de cet endroit où, selon elle, « les habitants sont souvent victimes d’une stigmatisation injustifiée » mais où il y a aussi «des habitants avec beaucoup de qualité dans n’importe quel domaine». « À Vallée-Pitot, il existe des jeunes qui ont beaucoup de potentiel que ce soit au niveau académique ou sportif. Il faut simplement savoir bien les encadrer et les guider, et à leur tour, ils pourront faire honneur à cette région où il fait bon vivre », laisse-t-elle entendre.

Sportive dans l’âme

Entourée de ses parents, le visage radieux, Ruqayyah Kinoo nous raconte ses débuts dans le monde de la petite balle blanche. Sportive dans l’âme, elle avait commencé à pratiquer le badminton à l’âge de 11 ans pour ensuite se tourner vers la pratique du karaté. Quand elle fait son entrée au collège d’État Renganaden Seeneevassen, elle commence à développer un certain intérêt pour le tennis de table. Encouragée par son père Adam et sa mère Shenaz, elle se rendait alors chaque dimanche au centre national de tennis de table pour s’entraîner avec les débutants sous la férule de Rajessen Descann.

Son entraîneur décèle aussitôt en elle un réel engouement et un vrai désir de faire ses preuves dans cette discipline. Après une année d’entraînement, la jeune Ruqayyah se frotte aux plus aguerris et les entraîneurs de centre national réalisent qu’ils ont en face d’eux une future championne de la petite balle. En 2012, elle intègre la sélection de Maurice composée de joueuses de 14 ans alors qu’elle n’avait que 12 ans. Ruqayyah Kinoo tape dans l’œil du sélectionneur qui décide de la prendre sous son aile pour en faire une vraie championne. Elle participe à tous les tournois locaux et aussi à l’étranger pour acquérir de l’expérience en se frottant aux meilleures pongistes sur la scène internationale.

Le bon équilibre

L’ensemble de la sélection mauricienne découvre alors une pépite, débordante d’énergie et d’enthou-siasme, qui allait faire briller l’équipe nationale et faire flotter haut le quadricolore. Débute alors pour elle un véritable parcours de combattant entre les études académiques et islamiques, et les séances d’entraînement. Lorsqu’elle était encore étudiante à la Renganaden Seeneevassen SSS, elle s’entraînait six fois par semaine à raison de trois heures par jour, sans oublier les compétitions qui se tenaient en parallèle. Dès qu’elle rentrait de l’école, elle se hâtait au centre d’entraînement à Beau-Bassin et ne rentrait chez elle, à Vallée-Pitot, vers 20h. Exténuée, elle prenait un bain avant de dîner pour ensuite accomplir la salât et s’attaquer à ses ‘homeworks’. « Par la grâce du Tout-Puissant, j’ai réussi à trouver le bon équilibre sans aucune difficulté », lâche-t-elle.

Malgré sa réussite, notre interlocutrice fait preuve d’humilité. Elle dit ne pouvoir jamais assez remercier ses parents qui l’ont tout le temps soutenue dans son parcours. Elle remercie aussi son oncle Yoosuf, sa tante Madina, sa sœur Ruwaida et son beau-frère Khalid qui sont les moteurs de son succès. « Sans le support du Créateur et de mes proches, je n’aurai jamais atteint ce niveau. Pour réussir, il faut aussi être prêt à faire des sacrifices », nous dit-elle.

Soulignons que Ruqayyah Kinoo en est à sa dernière année d’étude au MIE pour décrocher un diplôme dans le domaine sportif. Elle souhaite embrasser une carrière de professeure d’éducation physique.

Le hijab, un symbole

À l’instar de l’ancienne gloire du tennis de table mauricien, Widaad Gukhool, la nouvelle reine de la petite balle blanche porte elle aussi le hijab. « Le hijab n’a jamais été une contrainte à la pratique du sport », affirme Ruqayyah Kinoo. Selon elle, « si une personne est sincère envers Allah, tout devient facile ».

La pongiste soutient d’ailleurs que personne n’a jamais fait de remarque sur le port du hijab lors des compétitions. « Tout le monde respecte mon choix de porter le hijab et en sélection, mes amis et coéquipiers sont très compréhensifs surtout quand je dois accomplir la salât à l’aéroport ou à l’hôtel », confie-t-elle. Elle ajoute que d’autres joueuses musulmanes de divers pays portent le hijab avec fierté lors de grands tournois internationaux.

Entraînement durant le Ramadan

Abordant les Championnats d’Afrique de l’Est, Ruqayyah Kinoo confie qu’elle jeûnait au moment de mettre le cap sur l’Éthiopie. D’ailleurs, plusieurs séances d’entraînement en vue de cette compétition se sont déroulées durant le Ramadan et la pongiste observait le jeûne du mois sacré. « Le tournoi a débuté le lendemain de la fête Eid-ul-Fitr. Les épreuves étaient vraiment rudes, car nos adversaires étaient coriaces et avaient beaucoup plus d’expérience que nous », explique-t-elle.

Aussi, l’Éthiopie est un pays à haute altitude et la respiration était difficile par moments. « Avec plus de 500 personnes dans un gymnase et des supporters locaux gonflés à bloc, c’était vraiment difficile à jouer. Mais avant de me lancer dans la bataille, j’ai demandé à Allah de me donner le courage. Le visage de mes parents défilait dans ma tête et les encouragements de mes coéquipiers et de mon entraîneur m’ont donné la force de me surpasser et de remporter la partie », raconte-t-elle.

Ruqayyah Kinoo dit avoir donné le maximum et au bout du compte, une victoire nette et sans bavure en finale contre une Éthiopienne, championne de son pays et plus âgée de la compétition. « Le dernier point que j’ai marqué était de toute beauté et j’ai versé une larme de joie », laisse-t-elle entendre. La sélection nationale est ainsi rentrée au pays avec deux médailles d’or et une d’argent. La pongiste a des mots tendres pour ses amies de la sélection nationale, les coachs Cédric Rouleau et Ricardo André, le chef de la délégation Rajessen Descann, le ministère des Sports, la municipalité de Port-Louis, la compagnie Emcar et l’ambassadeur de Maurice en Éthiopie pour leur soutien inconditionnel.

Désormais, après les Championnats d’Afrique de l’Est, Ruqayyah Kinoo se prépare pour les jeux du Commonwealth de Birmingham, en Angleterre, qui se tiendront du 28 juillet au 8 août 2022. Par la suite, au mois d’octobre, elle participera aux Championnats d’Afrique Seniors en Algérie où elle espère décrocher une médaille.

Adam Kinoo, un père comblé

Adam Kinoo, le père de Ruqayyah, ne trouve plus les mots pour exprimer sa joie depuis le retour de sa fille au pays. « Je suis fier de la performance de Ruqayyah qui a fait la fierté de l’île Maurice. Je n’ai pas de mots pour exprimer ma fierté et je considère Ruqayyah comme un modèle d’obéissance. Elle a choisi le sport sans négliger le ‘deen’ qui est très important dans la vie. Ma fille a aussi fait la fierté de notre région et je dédie son succès aux habitants de Vallée-Pitot. Mon épouse Shenaz et moi remercions toute la population pour son soutien  », dit-il.

Parcours de Ruqayyah Kinoo

2012 – Intègre la sélection nationale.
2014 – Médaille d’or en simple et par équipe au tournoi de la CJSOI aux Seychelles.
2015 – Médaille d’or par équipe lors des Jeux des îles de l’océan Indien.
2016 – Tournoi de la CJSOI à Madagascar. Médaille d’or par équipe et argent en simple.
2017 – Championnat d’Afrique de l’Est. Médaille d’or par équipe et argent en simple.
2018 – Participation aux Jeux du Commonwealth en Australie.
2019 – Participation aux Jeux d’Afrique au Maroc. 5e par équipe, qualification pour les Championnats du monde.
2019 – Jeux des îles de l’océan Indien à Maurice. Médaille d’argent par équipe.
2020 – Championne de Maurice.
2021 – Qualification parmi les 8 meilleures au Gymkhana Club et 10 meilleures pour la deuxième édition.
2022 – Championne d’Afrique de l’Est en Éthiopie. Médaille d’or en simple et argent par équipe.

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