jeudi , 30 juin 2022

Il donne le pouvoir, Il enlève le pouvoir

L’histoire nous enseigne que quand la population est extrêmement préoccupée par ses nécessités de base, comme le besoin de se nourrir ou de se protéger, elle ne voit pas toujours le rapport de forces qui changent dans la société.

Que ce soit suite à une épidémie, une guerre ou une catastrophe, la survie devient pour la population une priorité absolue. Mais pour certains, c’est l’opportunité d’étendre les tentacules de leurs pouvoirs. Pour beaucoup, défendre la liberté, l’indépendance et le respect des institutions est un luxe que nous ne pouvons nous permettre en situation de crise. La peur aussi s’installe et chacun pense à soi, ou aux siens, à ses intérêts au lieu du bien commun. Les valeurs et les principes passent au second plan.

Que sera notre société si les institutions qui doivent assurer la justice, l’ordre, la sécurité, l’éducation, les services de santé ou encore la protection des enfants et des personnes vulnérables ne fonctionnent plus ? Si ce n’est plus possible de faire confiance au judiciaire ou de faire respecter son autorité, si la police est à la merci d’un politicien ou d’une mafia, si nos enfants ne sont pas éduqués, si les médecins oublient leur serment et ne pensent qu’à l’argent et si les plus faibles sont livrés à eux-mêmes, alors nous courons le risque de voir notre monde s’écrouler. Non à cause de l’épidémie ou de la catastrophe qui a initié ce déclin, mais à cause du dysfonctionnement des institutions sur lesquelles nous devons toujours compter. Cette éventualité ne profitera à personne, même pas au gouvernement du jour, car demain il risque de souffrir autant sinon davantage de l’absence des institutions fonctionnant proprement.

Inadmissible

Il faut un sursaut citoyen afin que nous réalisions que c’est inadmissible que l’état de droit soit menacé quand une personne ou un groupe se place au-dessus de la loi. Cela a toujours été le cas, diront certains, ils ajouteront que cela ne changera pas. Mais à chaque fois, il faut y avoir au moins une personne qui refuse cet état des choses. Sans doute, cela ne fera pas le poids, mais c’est une question de conscience, de foi même pour ceux qui croient qu’ils auront des comptes à rendre, à Dieu finalement si ce n’est qu’aux hommes ici-bas.

Il faut que la justice soit indépendante, et perçue comme telle. Différentes fonctions sont définies par la Constitution allant de celle du Commissaire de Police à celle Directeur des Poursuites Publiques en passant par celle du Speaker et du Président de la République, sans oublier l’indépendance que doit jouir des instances comme le monde académique ou encore la presse qu’elle soit écrite ou parlée. Le cadre associatif religieux, culturel, sportif ou autre, a aussi le devoir de pouvoir opérer sans interférence ou manipulation. De l’autre côté, l’instrumentalisation à des fins politiciennes, financières ou sectaires de ces organismes, par ceux avec des intérêts contraire au bien commun, doit aussi être condamnée et stoppée.

Lorsque les institutions ne fonctionnent pas, les portes de toutes sortes de dérives sont ouvertes. Nous l’avons vu tant de fois dans l’Histoire, mais cela persiste maintenant… à ne voir que ce qui se passe, par exemple, en Russie. Sous le couvert de la démocratie et du respect des droits humains, l’Occident également n’est pas en reste, si nous regardons le fossé qu’il y existe entre les discours et la réalité. Dans tant de pays, les libertés fondamentales sont bafouées en exploitant par des manigances les failles des systèmes qui sont dits ‘démocratiques’. Souvent cela se fait dans le seul but de rendre service à ceux qui sont les forces dominantes actuellement au plan politique, économique, idéologique ou culturel. Tout afin de préserver les acquis de certains au détriment des autres, au mépris de tout souci de transparence et de d’équité.

Et pourtant les mêmes ne manquent pas de vanter leur ‘bonne gouvernance’. Le manque de crédibilité des rivaux politiques et le vide proposé comme alternance par les partis traditionnels provoquent le désintéressement des jeunes. Nous oublions que les hommes de pouvoir ne sont pas éternels, alors que les institutions, elles, doivent perdurer, quitte à devoir évoluer afin de répondre aux exigences du contexte.

Irréversible ?

Dieu donne le pouvoir à qui Il veut, Il l’enlève à qui Il veut. Chaque pouvoir vient avec une responsabilité. Chacun aura à répondre. Les limites de chaque sphère du pouvoir ne doivent pas être trépassées par ceux qui n’y ont aucune autorité. Sans le respect des institutions, il n’y aura aucune paix. Plus de vivre-ensemble possible. Aucune justice sans méritocratie, que de la médiocrité. Et vice-versa, comme un cercle vicieux qui, irréversiblement, mène au chaos et à la perdition. Pire, c’est notre humanité qui en souffrira.

Si on vous vole, vous ne saurez pas où aller. Si votre maman est malade, il vous faudra de l’argent sinon la clinique vous refusera. Si votre enfant veut réussir, il lui faudra des cours particuliers. Si vous voulez une chose, il faudra corrompre et être corrompu. Si vous parlez, on vous persécutera. Sommes-nous arrivés à ce point-là dans notre pays ?

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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