jeudi , 9 décembre 2021

L’hégire ou quand une société fait le choix de vivre

Par la Grâce divine nous sommes entrés en l’an 1443 de l’hégire. Après treize ans à la Mecque, le dernier Envoyé de Dieu (saw), avec les croyants, s’installent à Médine.

Il faut comprendre qu’en entreprenant cette émigration, le Saint Prophète (saw) et les croyants font le choix de vivre dans une société nouvelle. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de lieu. Le contexte est différent et continuera de changer au fil des années. Dans l’hégire, il y a un enseignement majeur pour nous au moment où nous cherchons un ‘new normal’.

Notre espace est le même, mais tant avec la COVID qu’avec un autre phénomène que nous sous-estimons trop, le changement climatique, nous avons bien changé de temps. Afin d’assumer, en tant que communauté, le choix de se lever, de dépasser ces défis et de vivre dans une nouvelle ère, il y a lieu de revisiter l’histoire de l’hégire.

Climat et santé

Avant l’hégire, Médine s’appelait Yathrib. Un oasis dans le désert, mais pas sans ses zones marécageuses et ses maladies, dont la fièvre de Yathrib que redoutaient particulièrement ceux qui traversaient la ville pour se rendre pour affaires en Syrie ou en Palestine. Sinon du Nord vers le Yémen au Sud. Dans l’intervalle de six ans, moururent tout près de Médine pendant leurs voyages, d’abord le père et ensuite la mère de l’Envoyé de Dieu (saw) alors qu’il était enfant. C’est pourtant cette ville-là qui deviendrait le point de départ de la nouvelle société musulmane.

Des compagnons de l’Envoyé de Dieu (saw) tombèrent malades dès qu’ils arrivèrent à Médine. Parmi Abu Bakr, le fidèle compagnon qui se désespéra de la maladie, songeant même à une mort proche. Bilal, qui deviendrait le premier muezzin, compara même la fièvre de Yathrib avec les agonies qu’il subissait à la Mecque aux mains de ses oppresseurs. Aisha affirmait qu’il n’y avait alors pas de localité plus malsaine en termes de santé de toute l’Arabie. Malgré cela, c’était là que les musulmans étaient venus vivre, fuyant la mort à la Mecque.

Relever le défi

Que fit le Messager de Dieu (saw) afin de remonter le moral des compagnons, certains affligés par la maladie et d’autres également par la nostalgie de leur terre natale ? Tous avaient subi des pertes financières et matérielles car ils avaient dû tout laisser ou presque à la Mecque. Des familles étaient scindées. Comment se mettre à vivre et relever le défi d’un temps nouveau, alors que les ennemis eux n’étaient jamais trop loin ?

L’Envoyé de Dieu (saw) supplia ‘ O Dieu, fais nous aimer Médine comme nous aimons la Mecque, même davantage’. Les enseignements sont nombreux dans cette invocation : le fait de se tourner vers Dieu, d’implorer de Lui le don d’aimer, la reconnaissance que Dieu transforme les cœurs, que face à l’épreuve de la maladie, voire de la peur et du désespoir, l’amour est une source d’énergie, d’apaisement et de motivation. L’aide vient de Dieu. Il y a aussi tout le leadership du Messager de Dieu (saw) qui se dresse contre toute fatalité, résolu à faire de l’hégire un succès éternel par la Grace de Dieu. Jamais le fait que ses parents y étaient décédés, probablement de la fièvre de Yathrib, n’eut raison de sa détermination.

Il implora aussi Dieu de bénir les mesures de nourriture de Médine. Car même s’il y avait des vergers à Yathrib, avant l’hégire ces cultures n’étaient pas des plus fertiles. D’ailleurs, les guerres internes entre les habitants de Yathrib avant l’hégire avaient pour origine la compétition pour ses ressources limitées. Et le Messager de Dieu (saw) invoqua aussi Dieu pour un climat de Médine favorable et la fin ces maladies qui les faisaient si souffrir.

Espoir

Dans l’attitude du Messager de Dieu (saw), nous devons retenir la force, l’enthousiasme et l’espoir qu’il stimule chez les compagnons en simplement affirmant qu’ils sont venus à Médine pour vivre, et non pour mourir. Sa communication est claire et ne manque pas d’animer chez les croyants, y compris les plus malades, une posture constructive, une mentalité positive, une volonté de vivre ce qui sera une des plus grandes pages de l’histoire humaine. Avant toute chose, il devait vivre pour Dieu.

Le Messager de Dieu (saw) aurait pu directement ou strictement les rappeler à des gestes d’hygiène ou à se couvrir afin de se préserver des maladies. Ou leur dire de s’en remettre à Dieu. Il fera tout cela plus tard, très souvent même, ajoutant une dimension spirituelle à tous les actes que ce soit l’ablution, l’habillement ou encore les rituels de la prière. Mais en tant que chef, dirigeant et guide de cette société qui allait mal, il leur donnait surtout le goût de la vie pour Dieu, en se tournant vers Dieu.

Au moment où le thermomètre nous montre le mois le plus chaud de l’histoire et nous voyons des records en résurgence de la COVID-19, il ne suffit plus de dire qu’il faut lutter contre le changement climatique ou qu’il faut se vacciner et porter des masques. Tout cela est important et nous le savons. Ce qui nous manque c’est un modèle d’inspiration, d’excellence et de leadership. Ce qui nous manque c’est aussi la foi en Dieu. Nous avons une crise de confiance. Avec pour résultat que nous ne savons plus vraiment ce qu’il nous faut. Fermer ou ouvrir, se vacciner ou non, s’isoler ou sortir, travailler ou se confiner ? L’hégire et l’exemple prophétique nous indiquent la voie d’une société qui choisit de vivre. Suivons-la.

Par DR KHALIL ELAHEE

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