Saturday , 7 November 2026

Karnataka : quand on s’attaque à l’hijab

  • « …et écarte-toi d’eux d’une belle façon! » (Le Coran 73 :10)

Certes, il n’y a pas d’élections dans l’état du Karnataka en Inde, mais ailleurs le Premier Ministre Modi joue gros avec les régionales en cours. Il a suffi que le port du hijab soit interdit dans une école au Karnataka pour que l’affaire prenne une dimension nationale, voire globale. Les interventions de politiciens, tant ceux qui sont pour ou comme ceux qui sont contre, et l’impact des réseaux sociaux ont fait le reste. Il reste à voir si cela permettra de sauver le BJP, en mauvaise posture avec sa gestion de la pandémie, et aussi avec la colère des fermiers et autres paysans.

Hijab

Etrange aussi que le terme ‘hijab’ apparaisse dans cette polémique, alors que pendant des millénaires l’Inde a été une terre de tolérance, de respect même vis-à-vis du fait de se couvrir la tête, pour les femmes mais aussi pour les hommes. Du turban au topi, en passant par le horni, le dupatta, le tchador, le purdah ou encore le burqa, même jusqu’aujourd’hui, y compris dans le Karnataka, cela n’a jamais été un sujet de controverse. Tout d’un coup on s’attaque à un bout de tissu appelé ‘hijab’, mot jusqu’ici complètement étranger à la richesse linguistique, traditionnelle et religieuse de l’Inde.

Il faut remarquer que le port du turban pour les Sikhs, du crucifix pour les chrétiens et, même du bonnet ou de la barbe pour musulmans, n’ont jamais été remis en question. Etrange aussi que la pratique de se couvrir la tête soit interdite, alors que pour d’autres facteurs se couvrir la bouche et le nez est devenu obligatoire. Cette dernière pratique est dictée par la raison, alors que l’interdiction de l’hijab relève plutôt du contexte politique. Comme en France, d’ailleurs, à l’approche des présidentielles, s’enfle précisément une énième controverse, cette fois sur les ‘hijabistes’ dans le sport.

Stigmatisation

La Haute Cour en Inde doit trancher, la Cour Suprême elle-même pouvant être appelée à se prononcer ensuite sur la question. Des jugements précédents, dans le cadre du port de l’uniforme dans une école chrétienne comme dans le cas d’une école uniquement pour filles, ont été contre celles qui revendiquaient le droit constitutionnel de porter le hijab. Il faut rappeler que la controverse ne concerne que quelques écoles. Mais la crainte est légitime à propos d’une extension de cette mesure à d’autres régions, voire bien plus loin ailleurs. Un faux débat entre l’éducation vs le hijab est présenté, alors qu’il s’agit uniquement de comment concevoir les détails de l’uniforme dans le cas d’une école publique dans un pays pluriculturel.

Plus grave que la dimension judiciaire est la stigmatisation dont souffrent des musulmans avec cette affaire, y compris celles qui ne portent pas le hijab. C’est une controverse inutile de plus où tant des gens sont impliqués malgré eux. Ici à Maurice, les médias refusent d’en parler, peut-être pensant que le tissu social est fragile et qu’il faut sauvegarder un certain vivre-ensemble. Sinon, de peur de froisser le pouvoir BJP. Certes, nous n’avons aucun intérêt à importer des problèmes d’ailleurs mais il est préférable de traiter la question de manière dépassionnée et objective si nous voulons être à l’abri des pyromanes et autres manipulateurs qui risquent d’instrumentaliser cette polémique.

Ecarte-toi d’eux…

Que pouvons-nous faire ici ? Il faut surtout ne pas céder à la provocation. Notre sérénité doit être inébranlable. Laissons la Cour faire son travail, même si comme nous l’avons témoigné avec ce qui s’est passé à Ayodhya, il ne faut pas s’attendre à grand-chose. Dieu est Témoin de toute chose et notre devoir est de faire le bien. Il a créé la mort et la vie pour nos éprouver, distinguer qui sont ceux parmi nous les meilleurs dans les bonnes œuvres. Notre réaction doit être toujours empreinte de dignité, et non dictée par l’émotivité. Comme un cyclone qui passe, il faut s’attendre avec patience à un retour à de meilleurs sentiments après les élections. Cela ne veut nullement dire qu’il n’y aucun mal fait. Il est probable qu’aux prochaines élections, des controverses similaires se profilent, un peu comme nous le voyons en France.

Loin de tomber dans la passivité, il revient aux musulmanes, surtout, mais aux musulmans aussi d’être les meilleurs ambassadeurs de l’Islam. Lorsqu’une croyante est convaincue que c’est pour Dieu qu’elle porte le hijab, elle doit montrer par son exemple que cela fait d’elle une meilleure personne. Il ne s’agit pas seulement d’un bout de tissu, même pas d’un signe identitaire religieux ou politique. C’est un témoignage de sa foi, de ce qu’elle est dans son cœur, ses paroles et ses actes, qui se traduit par le fait qu’elle est une valeur pour les autres. Le meilleur des vêtements n’est-il pas la piété révérencielle, la conscience intime de Dieu ? Les gens dans son entourage, au travail, dans la rue, dans le voisinage, dans sa proximité verront en elle une personne qui fait le bien au nom de ce qu’elle croit.

Rien finalement n’arrêtera une personne qui veut prier, jeûner, porter le hijab ou accomplir n’importe quel acte de foi, selon sa conviction personnelle. Certes, il y aura des tensions mais, finalement, la foi triomphera toujours même si les forces de ce monde peuvent apparemment avoir le dessus temporairement et temporellement sur ce qui est au plus profond de l’âme d’une personne.

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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