Sunday , 8 March 2026

Jasbeen Coowar : quand la tragédie devient leçon de courage

À 40 ans, Jasbeen Coowar incarne un courage discret mais profond. Cette habitante de Port-Louis, mère célibataire de trois enfants, vit en fauteuil roulant depuis près de vingt ans. Pourtant, dans son foyer empreint de chaleur et de rires, rien ne laisse deviner l’accident dramatique qui a bouleversé son existence en novembre 2006.

Derrière son sourire apaisant se cache un parcours marqué par la douleur, la foi et une détermination hors du commun. En 2006, Jasbeen a 20 ans. Elle rentre à Maurice après trois années d’études en Angleterre. Diplômée, ambitieuse et pleine de projets, elle retrouve sa famille avec enthousiasme. L’avenir semble s’ouvrir devant elle.
Quelques jours plus tard, une sortie familiale vire au drame. À cinq dans une voiture en direction de Mapou, ils sont victimes d’un grave accident après que le conducteur a perdu le contrôle du véhicule. Quatre passagers s’en sortent avec des blessures légères. Pour Jasbeen, le diagnostic est implacable : une lésion sévère de la moelle épinière. « Mo ti ena 20 ans. Mo la vie ti pe koumansé. Kan bann docteurs fine dire mwa ki mo pou paralysé, mo lemond finn areter net », confie-t-elle.

Commence alors une longue épreuve médicale. Jasbeen passe une année entière hospitalisée à Maurice, subissant plusieurs interventions chirurgicales. Les semaines deviennent des mois et l’espoir s’amenuise. Les médecins finissent par confirmer qu’elle ne remarchera plus : elle est paraplégique. « Mo ti démoralisée. Mo ti krwar mo la vie fini. »

À 20 ans, accepter une telle réalité semble insurmontable. Mais dans cette période sombre, le soutien familial joue un rôle essentiel. Sa foi devient également un pilier : elle croit que son destin est déjà écrit. Après un an, elle est transférée dans un centre de réhabilitation en Inde. Là-bas, un nouveau défi surgit : elle perd temporairement la mobilité de ses mains. Elle doit tout réapprendre, suivre des séances quotidiennes de physiothérapie. Progressivement, elle retrouve l’usage de ses bras. Ce regain d’autonomie marque un tournant décisif.

La maternité, un miracle inattendu

Les années passent. Jasbeen se marie et devient mère de trois enfants, qu’elle qualifie de « miracle ». Malgré son handicap, elle mène ses grossesses à terme. « Mo bann zanfan, c’est mo miracle. Allah fine donne mwa trois tresors. »

Aujourd’hui mère célibataire, elle assume seule l’éducation de ses enfants. Depuis son fauteuil roulant, elle gère son foyer, prépare les repas, supervise les devoirs et dispense même des cours en ligne à d’autres élèves en difficulté. Diplômée d’Angleterre, elle met ses compétences au service des plus jeunes. « Si mo finn passe par difikilte, mo bizin aide lezot aussi », affirme-t-elle.

Une foi ancrée dans le quotidien

Sa reconstruction repose en grande partie sur sa spiritualité. Elle accomplit ses cinq prières quotidiennes depuis son fauteuil roulant, adaptant les gestes lorsque nécessaire. Durant le mois de Ramadan, elle continue de cuisiner pour l’iftar et de transmettre à ses enfants les valeurs de patience et de gratitude. « Alhamdulillah. Malgré obstacles, Allah envoye so soutien et renforce mo imaan. »

Chaque mois béni devient ainsi une victoire personnelle, un rappel que les limites physiques n’entravent pas la foi.

Vivre avec un handicap à Maurice

Vingt ans après l’accident, Jasbeen a appris à apprivoiser sa condition. Elle bénéficie d’une pension d’invalidité, tout en soulignant que la vie reste coûteuse et que les infrastructures mauriciennes ne sont pas toujours adaptées aux personnes en situation de handicap.

Elle poursuit régulièrement la physiothérapie pour préserver sa mobilité. Son quotidien exige organisation et anticipation : chaque déplacement nécessite une préparation minutieuse, chaque tâche demande un effort supplémentaire. Pourtant, elle refuse d’être réduite à son handicap.

« Au komansman li bien difisil. Mé avek soutien fami et zenfan, mo pa senti mo diferans. Mo adapter avek mo la vie paraplegique. »

Son message est clair : ne jamais abandonner. « La vie kapav change en ene seconde. Mais tant ki ena la vie, ena l’espoir. »

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