jeudi , 19 septembre 2019
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Tazneen Mahamoodally

Extrême pauvreté : le ramadan dans l’adversité

Alors que beaucoup d’entre nous passent le ramadan dans l’abondance, au même moment, certains de nos frères et sœurs musulmans vivent dans la détresse en ce mois sacré du calendrier islamique. Nous nous sommes rendus dans quelques quartiers pauvres pour savoir comment ces familles observent le ramadan. Reportage.

Loin du tintamarre du centre de la capitale où édifices modernes et autres « Towers » se toisent du regard, nous avons aperçu une petite maison qui semble dater d’une autre époque. À la route Militaire à Port-Louis, à quelques mètres du Canal Anglais, vivent Bibi Tazneen Mahamoodally, 44 ans, et ses quatre enfants dans une case qui tient à peine debout et qui est recouverte de quelques feuilles de tôle rouillées. Quand on pénètre à l’intérieur, on est confronté à la misère dans toute sa laideur. Écrasée par le poids de la pauvreté, Tazneen souffre de plusieurs maux mais doit marcher une longue distance pour aller travailler comme femme de ménage afin de nourrir sa famille. Toutefois pour le ramadan, elle peut pousser un ouf de soulagement car plusieurs personnes viennent lui donner des denrées alimentaires. La semaine dernière, le travailleur social Javed Parthay, accompagné d’une dizaine d’étudiants, lui a remis une somme d’argent pour qu’elle puisse acheter des provisions pour la fête Eid qui s’approche à grands pas.

« J’ai pu récolter environ Rs 7000 de donations mais je préfère économiser cet argent pour réparer ma maison qui est dans un état de décrépitude avancée et aussi pour les dépenses scolaires de mes enfants », confie-t-elle. L’année dernière, elle nous raconte qu’un policier était venu pour emmener ses enfants au magasin la veille de l’Eid pour acheter leurs vêtements mais cette année, Tazneen est en attente d’un miracle du ciel. En dépit des toutes leurs souffrances, durant ce ramadan, Tazneen et ses enfants jeûnent et ne manquent pas d’accomplir les cinq prières quotidiennes.

Durant le ramadan, des voisins nous invitent souvent à venir rompre le jeûne. Cela me permet de conserver une partie des provisions pour les besoins de la famille après le ramadan », ajoute-t-elle.

Un père élève seul ses deux filles

iqbalÀ la rue Lawry Cole, à Vallée-Pitot, une autre scène de désolation nous brise le cœur. Dans une maison qui peut s’effondrer à tout instant, réside Mahmode Iqbal Bidoo et ses deux filles. La famille vit ce ramadan avec beaucoup de peine car Iqbal a perdu son épouse, il y a plus d’un mois. « Les murs de ma maison se sont déjà détachés de son socle et nous vivons dans la peur. Quand nous nous réveillons pour le sehri, mes filles sont constamment sur le qui-vive et ont peur que la maison ne s’effondre », raconte-il.

Il ajoute que le sol de sa maison s’est déjà fissuré et qu’ils doivent faire très attention lorsqu’ils marchent. Iqbal travaille comme maçon mais néanmoins, il n’a pas les moyens de reconstruire sa maison car il a d’autres priorités comme celle de nourrir ses enfants.

« C’est un métier imprévisible car des fois il y a du travail et en d’autres occasions, c’est plus difficile. Après la mort subite de ma femme, j’ai perdu tout espoir et le courage de me relever », nous dit cet homme affligé par tant de souffrances. Il ne sait plus vers qui se tourner pour demander de l’aide. Sa fille nous dit que des ONG comme SOS Pauvreté et la Voix Féminine sont venues en aide à la famille à travers la distribution de denrées alimentaires pendant le mois de ramadan. « C’est un grand soulagement pour nous », dit-elle.

Une lueur d’espoir pour Fazanah Alleear

FazanahFazanah Alleear, 34 ans, vivait pendant plusieurs années dans une maison de deux pièces aux alentours d’Eid Gah à Vallée-Pitot.   La chance lui a enfin souri en ce mois béni quand l’association Naw-n-Sha lui a remis la clé de sa nouvelle maison à l’approche de la fête Eid. « C’est le meilleur cadeau d’Eid que j’ai reçu dans ma vie après toutes ces années de pauvreté », estime Fazanah qui a deux jeunes filles à sa charge. Elle s’est séparée de son époux, il y a une dizaine d’années.

Il l’avait laissée dans une maison qui se transforme en passoire à chaque grosse pluie. Après avoir approché le travailleur social Nizam Nasroollah pour de l’aide, elle a enfin vu une lueur d’espoir dans sa vie. En janvier, le travailleur social a fait de son mieux pour une visite à sa bicoque. Il a montré aux donateurs potentiels dans quelles conditions vit cette petite famille démunie. « C’est la meilleur ramadan pour nous depuis que  nous avons emménagé dans  notre nouvelle maison grâce à l’aide des donateurs.  Ceux pour qui je travaille m’ont offert des nouveaux meubles », dit-elle avec un sourire. Elle  nous dit qu’elle pourra désormais dormir en paix car auparavant elle craignait les voleurs et les drogués qui rôdaient autour de sa maison. Nizam Nasroollah tient à remercier tous les bienfaiteurs.  Grâce à leur soutien et la contribution de son association plusieurs maisons ont été bâties ou réparées pour les démunis.

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