jeudi , 30 juin 2022

Etudiante mauricienne en Ukraine : Shabnam Heerah a trouvé refuge en Pologne

Etudiante en dernière année de sa formation de vétérinaire à la Sumy National Agrarian University en Ukraine, Shabnam Heerah a pu rejoindre la Pologne cette semaine, loin des bombardements.

Lorsque nous sommes entrés en contact avec notre compatriote, jeudi, elle était en route pour la Pologne. Le lendemain, quand elle s’est installée au consulat de Maurice à Varsovie en compagnie d’autres étudiants étrangers en attendant d’être rapatriée cette semaine, elle nous a fait le récit de son vécu de la guerre en Ukraine. Exténuée après plusieurs nuits blanches et la voix affaiblie, Shabnam Heerah garde tout de même le moral pour, dit-elle, ne pas paniquer sa famille à Maurice. Elle nous confie que lors des premiers bombardements sur la ville de Soumy, elle avait fait comprendre à sa mère que tout allait bien et qu’elle ne comptait pas quitter l’Ukraine dans l’immédiat.

Mais au fond, elle savait que la situation allait empirer. D’ailleurs, la Mauricienne avoue qu’elle n’oubliera pas de sitôt l’horreur qu’elle a vécue en Ukraine ces derniers jours. « J’étais en train de faire ma chambre quand la sirène a retenti. J’ai couru vers le bunker pour me mettre à l’abri », dit-elle. Ainsi, durant 7 longues heures, elle entend le ronflement des moteurs des bombardiers dans le ciel et l’explosion des bombes. Puis, tout devient calme. « Après 7 heures dans le bunker, je suis retournée dans ma chambre pour me reposer. La direction de l’université avait déjà pris des dispositions pour la nourriture, car les rayons des supermarchés étaient vides », avance-t-elle.

Mais le cauchemar de notre compatriote ne faisait que commencer. « Mone tan ene misil tom lor ene station elektrik prinsipal. Pa ti ena kouran ek sofaz. Mo fin bizin alim difé pou sof glason ek atan li fon pou kapav gagn inpe delo pou boir. Sa ler la mo ti pe trembler mé mone fin res deman Allah du’as », raconte-t-elle avec émotion. La peur s’installe dans le camp des étudiants lorsqu’ils entendent les tirs se rapprochaient davantage du campus. Shabnam raconte qu’elle a entendu un missile frapper un bâtiment à deux kilomètres de son université et c’est alors qu’elle a réellement pris conscience du danger de mort qui guette ses amies et elle. « Mo ti ena lafoi ki Allah pou protez moi ek nanier pa pou arive par So lord », laisse-t-elle entendre.

Voyage de plusieurs heures

Battante dans l’âme, Shabnam Heerah est déterminée à rester en Ukraine. Elle souligne avoir passé cinq merveilleuses années dans ce pays, entourée de ses amies de différentes nationalités et des chargés de cours qui faisaient tout leur possible pour assurer la sécurité des étudiants. Cependant, dans la nuit du lundi 7 mars, la Mauricienne sent que le danger approche et que les bombardements s’intensifient. « A tou momen ene misil ti kav eclat lor campus », soutient-elle. C’est alors qu’elle décide de rejoindre la Pologne accompagnée de ses deux animaux de compagnie, un lapin et un chinchilla (un petit rongeur).

Mardi, Shabnam Heerah quitte avec regret Soumy et débute alors un périple de plusieurs kilomètres durant 10 heures d’affilée en direction de Poltava. Epuisée par une nuit blanche et sans nourriture adéquate, notre compatriote prend ensuite un train pour voyager pendant 14 heures vers Lviv. Puis, un autre parcours de 7 heures l’attend pour joindre la frontière polonaise. Là-bas, c’est une scène apocalyptique qu’elle découvre. « Lor frontier ti ena ene ta soldat pe guide par million dimoun ki pe kit l’Ukraine. La Croix Rouge ti pe don inpe manzer ban refigiés », raconte-t-elle. En Pologne, Shabnam se dirige vers le consulat de Maurice en Varsovie où elle est prise en charge.

La jeune étudiante saisit l’opportunité pour remercier l’ambassadeur de Maurice en Russie de même que la haut-commissaire de Maurice en Allemagne qui ont tout fait pour qu’elle soit prise en charge au consulat. Elle souhaite à présent retourner auprès de ses parents à Maurice. « Parfoi mo fer cauchemar, mo tanne bombe pe tomber. Mo deman Allah du’as ki fer moi trouv mo mama, mo papa, mo ser ek tou lafami  », espère-t-elle. La Mauricienne sera de retour au pays d’ici quelques jours, car elle doit au préalable entreprendre certaines démarches relatives à ses deux animaux de compagnie.

Razia Heerah, sa mère : «Mo esperer li retourn Moris au pli vit»

Le stress et l’angoisse sont palpables chez les parents de Shabnam Heerah. En effet, Saleem et Razia Heerah attendent avec impatience que leur fille soit rapatriée. « Mo esperer li retourn Moris au pli vit », dit sa mère. Razia Heerah nous confie que depuis le début de la guerre, elle ne trouve plus le sommeil et passe des nuits entières à penser à Shabnam. Saleem est inquiet pour la sécurité de sa fille bien que cette dernière ne cesse de les rassurer. « Nou koner ki li pa envi stress nou mem kan li ti en danzer laba. Mai nou garde la foi en Allah ki Li pou protez mo tifi », souligne Razia Heerah.

Shabnam Heerah n’avait plus que deux semestres pour compléter ses études de vétérinaire en Ukraine. Ses parents espèrent qu’elle aura l’opportunité dans un proche avenir de terminer ses études. « Nou fier de so parcour ek couraz ki li fin demontrer dan sa momen difisil la », dit Saleem Heerah. Les parents de Shabnam Heerah tient à remercier le gouvernement, le ministre Alan Ganoo, les ambassadeurs ainsi que le vice-Premier ministre, le Dr Anwar Husnoo, qui a accepté de les recevoir à son bureau cette semaine pour accélérer les démarches de rapatriement. Ils remercient aussi le PPS Ismael Rawoo pour ses démarches et Parwez Nunoo, conseiller auprès du ministre Ganoo.

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