Une semaine après, le vigile revient sur l’incident qui aurait pu lui être fatal. Ceux qui se rendent régulièrement à ce cimetière réclament plus de présence policière.
Yousuf Ismael (51 ans), vigile à temps partiel au cimetière de Riche-Terre, a frôlé la mort le vendredi 4 mars. Il doit son salut à son courage face à son agresseur armé d’un pied-de-biche (la pince) dissimulé dans sa manche. Il a accepté de nous raconter cette agression barbare dont il a été victime. « Allah grand. Allah kin sov moi », nous dit-il d’emblée. Allongé sur un lit, le visage gonflé, un oeil au beurre noir, des ecchymoses sur les bras et la hanche, Yousuf Ismael avance qu’il a tout le corps endolori. Encore sous le choc, il murmure : « Mo fin frol la mor, Allah in protez moi ».
Il raconte que cela fait six mois qu’il exerce comme vigile à temps partiel au cimetière de Riche-Terre. Il travaille de 17h à 21h. Il confie avoir accepté de faire ce travail, car cela lui permet de rester après la salat-ul-Asr pour accomplir Maghrib et Esha avant de rentrer chez lui. « Vendredi le 4 mars, etan mo fin rentre travay, ti ena ene sel dimoun dan kabarastan. Li ti dan sektion kot entere ban kin mor ar covid », laisse-t-il entendre. Après la salat-ul-Maghrib, Yousuf Ismael constate la présence « d’une personne louche » devant l’entrée du cimetière et qui semblait vouloir se diriger vers la mosquée située dans l’enceinte abritant le cimetière.
«Mo pe ale lav tombe»
Yousuf Ismael suit ses mouvements avant de l’approcher pour lui dire qu’il n’a pas le droit de rester là et qu’il doit quitter les lieux et qu’il y a des caméras de surveillance partout. « Pendan pré 10 minit, li fine diskit avek moi ek li dire moi ki depi zenfan li vin la ek li gagne droit rester. Li dir moi li pe ale lav tombe pou fami sa misier ki endan kabarastan la pou Rs 200 », poursuit-il. Le vigile lui fait comprendre que s’il ne quitte pas l’enceinte du cimetière, il n’aurait d’autre choix que d’informer la société qui l’emploie. « Mo pas fin remarke ki ena dan so la mans. Li nek dres so lamé droit ek li tire ene la pince », se souvient la victime.
Surpris par la tournure de cette situation, Yousuf Ismael recule de quelques pas pour se mettre à l’abri. « Li dir moi done tou seki mo ena ar moi. Sa ler la, Allah fin done moi couraz. Mo fonce lor li ek mo krier Allahou Akbar for for », lâche notre interlocuteur, tout d’un coup animé par une certaine ferveur. Son agresseur lui assène plusieurs coups de pied-de-biche au visage, au bras et à la hanche. « Mo pa fin senti ban blesir la sa momen la. Mo fine manz ar li ek mo resi met li a terre. Mo fin essay dezarme li kan nu ti au sol. Kuma li debouter, mo fin lance mo portab dan so figir pou li pa resi ramas la pince la », dit-il.
Manque de sécurité
Entre-temps, ayant pris connaissance de l’échauffourée à l’extérieur, l’homme qui se recueillait dans le cimetière, s’est précipité pour prêter main forte à Yousuf Ismael qui était parvenu à se saisir du pied-de-biche. « Li koner li pou ale gagn dimal ar moi. Lin galouper lin sover », confie-t-il. Le visage ensanglanté, le vigile a été transporté à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo pour des soins. Yousuf Ismael déplore le manque de sécurité dans la région qui mène au cimetière de Riche-Terre. « La source la dan Karo-Kalyptis kot ladrog pe vender kuma dir dan bazar. Mo ena linformation ki ena place fin mem met la tente ek pe van la drog », affirme-t-il. Selon lui, cette situation décourage les gens à venir au cimetière le soir lors des enterrements.
Aujourd’hui, Yousuf Ismael avoue avoir longuement réfléchi s’il doit continuer ou pas à travailler comme vigile au cimetière. « Ena ban drogué tou kominoté, zot fini pren zot dose ek zot vin consom sa dan kabarastan. Si sa kontinié, ene zour mo pou ale perdi la vie », se désole-t-il. Il remercie infiniment la police qui n’a pas tardé à mettre la main au collet de son agresseur. « Inspecteur Moniaruth, sergents Arnasala ek Purguss pan heziter pou ale aret li minui dan ene lakaz dan Karo-Kalyptis », dit-il.
Naushad Malleck, de la Surtee Soonnee Mussulman Society : «Éviter d’aller au kabarastan le soir»
En marge de la nuit du Shab-e-Barat prévue le vendredi 18 mars, Naushad Malleck, président de la Surtee Soonnee Mussulman Society qui est responsable de la gestion du cimetière de Riche-Terre, conseille à tous ceux qui souhaitent aller se recueillir sur la tombe de leurs proches de le faire dans la journée. « Eviter de vous rendre au kabarastan le soir. Cet endroit est devenu dangereux », dit-il.
Réagissant à l’agression du vigile Yousuf Ismael, Naushad Malleck déplore que de tels incidents ne datent pas d’hier et que l’insécurité a toujours fait rage aux abords du cimetière. Selon lui, les autorités sont au courant de la situation et aussi de la présence de nombreux toxicomanes dans les environs. Pour mieux protéger les visiteurs, la Surtee Soonnee Mussulman Society a fait rehausser le mur d’enceinte du cimetière, installer des caméras de surveillance ainsi qu’un portail. « Les portes sont fermées après le namaz Esha excepté lors des funérailles nocturnes », avance-t-il.
Naushad Malleck demande aux personnes qui vont se rendre au cimetière de Riche-Terre, vendredi prochain, de venir en voiture et en groupe et de ne pas s’aventurer à pied dans la région.
Dr Anwar Husnoo : «Présence de plusieurs unités de police pour Shab-e-Barat»
Le vice-Premier ministre, Dr Anwar Husnoo, nous a déclaré qu’il a contacté des hauts gradés de la police de même que le Commissaire de police pour que plusieurs unités de police soient postées aux abords du cimetière de Riche-Terre à l’occasion du Shab-e-Barat vendredi prochain. « Après le Shab-e-Barat, tout le monde doit s’asseoir à une même table pour discuter de la sécurité du kabarastan de Riche-Terre », indique le ministre.
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